Je tiens mon bébé dans les bras, je pense aux enfants gazés, crimes rendant toute la création absurde.

Par : pasteur Marc Pernot

Auschwitz, chaussures - Photo by Frederick Wallace on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le pasteur,

Merci pour ce que vous faites.

Comme vous, je doute de la réalité de la réincarnation. Pourtant, y croire me soulagerait. J’ai sangloté, vomi, en lisant ce qu’ont connu d’impensable, dans la chair et dans l’âme, des enfants et des bébés juifs et chinois, à Auschwitz, à Nankin. Je tiens mon fils de neuf mois contre moi et quand je ferme les yeux je nous vois à leur place, découpés, gazés, brûlés, et avant cela privés de toute capacité d’agir et d’être Homme, petit ou grand. J’ai l’impression que ces crimes rendent toute la création entièrement et définitivement absurde. Est-ce qu’être avec Dieu lave vraiment ces petites âmes de l’impensable qu’elles ont traversé ? S’il n’y a qu’un seul passage terrestre, est-ce qu’être avec Dieu soulage vraiment ces petites âmes de se savoir définitivement privées d’une existence normale en longueur, en accomplissement et en bienfaits ?

Si l’on se situe à l’intérieur de toute logique chrétienne, la réponse devrait être oui, mais je réalise que je ne parviens pas à cesser de gamberger et à me laisser emmener par la foi. Cela me cause une souffrance qui souvent me coupe le souffle et me renvoie à une désespérence sans fond.

Merci de m’accorder votre oreille et vos mots.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

Bravo pour cette pensée de compassion et de miséricorde. Et cette volonté de justice.

Quoi qu’il se passe après notre mort, rien, ou une vie qui continue autrement (ce que je pense), soit des réincarnations, la souffrance subie, la perte de chance, notre vie écourtée : rien ne pourra effacer cela, ni rattraper cela.

C’est pourquoi il me semble si important de travailler maintenant pour qu’il y ait plus de justice, de paix, de santé en ce monde et que personne ne soit oublié. Chaque personne étant si importante, chaque journée de chaque personne. C’est une merveille que chaque bel instant vécu, par l’émotion, l’intelligence, une relation à une autre personne ou à Dieu. Comme le dit le personnage d’Orphée dans une pièce de Rilke « être ici est une splendeur ». Il n’y a pas que de la tragédie. Même courte et troublée, une vie en vaut la peine, car elle est, a été et restera une vie bien réelle, une vie qui a été aimée, ne serait-ce que par Dieu, et par une ou deux personnes de cœur. Votre pensée participe à cette pensée aimante.

Dieu cherche à consoler l’âme blessée, et cela ne reste pas sans effet. Il garde la suite du cheminement. Et oui, Dieu console, et il cherche aussi (si je puis dire) à inquiéter les âmes trop confortables dans leur petite bulle, se soucier de leur prochain. Chacune et chacun à sa façon, selon l’occasion, son charisme propre, sa force, ses moyens.

Le moindre petit bon geste me semble être une négation de l’absurde, un élan de vie. Et cela commence par cette compassion que vous ressentez vivement, elle aussi est une résistance contre le mal, le néant, l’absurde, la violence et la haine. Cela marque une direction, comme la plante s’oriente vers la lumière. Tout commence ainsi.

Avancez, tranquillement si possible, mais avancez en confiance.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. L'auteur de la question dit :

    Monsieur, qu’entendez-vous par Dieu « gardant » la suite du cheminement ?

    Merci

    • Marc Pernot dit :

      Par « garder » j’entendais une fidélité envers et contre tout -> Dieu accompagne fidèlement quoi que nous soyons et faisons, afin d’aider, soigner, soutenir, éclairer la route afin de libérer le discernement et les choix ?

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