Comment réactualiser le sens de ma prière, que j’ai perdu depuis la mort de notre fille.

Lumière du matin dans un sous-bois - Image par1195798 de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour du matin Marc
C’est la douleur de mes articulations (arthrose au genou, cou) qui m’a réveillé ce matin : est-ce une bénédiction ?
J’en arrive au sujet, la prière.
Je suis protestant (réformé par mon père, luthérien par ma mère danoise) et ma femme est catholique (baptisée, confirmée, non consultée, bref en révolte contre son Eglise officielle).
Nous ne prions qu’au temple ou à l’église, jamais chez nous.
Nous ne savons pas faire et ma femme n’est pas portée sur la prière.
Peut-être encore davantage depuis que nous avons perdu la 2ème de nos filles, Emmanuelle, âgée de 36 ans, il y a 5 ans. Elle s’est battue contre un cancer dus sein pendant 5 ans mais a été vaincue.
Elle laisse un mari et un garçon et une fille de 10 et 12 ans.
La semaine qui a précédé sa mort, notre fille avait demandé à un pasteur qui les avait mariés de venir la voir. Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, ni notre gendre, s’ils ont prié mais je suis tellement dévasté en écrivant ceci, que je ne sais pas quelle est l’importance de la prière.
Bien sûr Jésus nous a confié le « Notre Père » mais comment lui donner de l’importance alors que nous pouvons le dire machinalement ?
J’ai baigné dans un milieu priant où avant chaque repas on chantait ou priait mais cela c’était … avant, du temps de ma jeunesse.
Comment réactualiser ma prière ?
Je vous remercie pour votre réponse
Fraternellement

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

Quel belle intention ! Je suis persuadé que cela va « marcher », et quand ça marche, ça avance.

Terrible histoire que la mort de cette jeune femme, de cette fille de vrais parents, de la mère de deux jeunes enfants et la femme d’un homme. C’est évidemment un terrible gâchis, injuste et cruel. Dieu n’a rien à voir avec cela, au contraire, il est la source de la vie et il/elle a fait tout ce qui est en son pouvoir pour que la vie l’emporte sur ce chaos qu’est la maladie, et il a suscité des énergies et des intelligences humaines formidables autour d’Emmanuelle. Hélas, cela n’a pas suffi cette fois là. Vous pleurez et vous vous indignez de cette mort, et vous avez bien raison, Dieu aussi (si je puis dire). Malheureusement, inconsciemment, nous sommes imprégnés d’une conception de Dieu qui fait que nous avons (tous plus ou moins) tendance à rendre Dieu coupable au minimum de non assistance à personne en danger face à un accident stupide. Nous refusons que cela n’ait pas de sens. Or précisément, le chaos est ce qui n’a pas de sens et qui éparpille, détruit au lieu de créer des liens pour faire vivre. Dieu, et l’amour qui vous garde unis à cette personne que vous aimez, rassemble, donne la vie, garde en vie la vraie relation.

Prier est choisir de se tourner vers la source de la vie, du mouvement et de l’être (dit l’apôtre Paul). Et cela fait un bien formidable.

Je pense que le mieux est de prier tout seul, même pas en couple. Si vous vouliez prier ensemble, peut-être serait-il bon de prier physiquement ensemble et en même temps, mais en silence et intérieurement. Pas seulement parce que la prière solitaire est ce qu’a indiqué explicitement et qu’a pratiqué notre ami Jésus, mais parce que c’est ce qui est favorable à la sincérité la plus authentique, au rythme de chacun, au bredouillement et aux silences.

Ensuite, il me semble bon de chercher à prier régulièrement, à heure fixe, comme une routine qui fait partie de notre hygiène quotidienne, à l’exemple du brossage des dents. Notre être se prépare alors à ce geste de la prière, et c’est plus facile. La prière est comme un exercice physique : une pratique régulière muscle et assouplit cette articulation avec Dieu qui se fait alors assez rapidement plus vivante. Cela n’empêche pas de prier spontanément, en plus, quand et si cela nous chante. Une vraie prière peut durer une seconde, cinq minutes ou une heure, c’est selon chacun et chaque moment de la vie de chacun. Au delà : ce serait de la gourmandise, sauf dans une occasion exceptionnelle, bien sûr.

Il y a ensuite un million de façons de prier. Il faut se tranquilliser : la bonne façon de prier pour vous est votre façon à vous, comme cela vient. Il ne fat surtout pas se prendre la tête avec des il faut que je prie comme cela mais éviter de prier comme ça… Les conseils que je peux donner (moi ou d’autres) ne valent que ce que cela vaut : des pistes complètement facultatives, si cela aide quelqu’un, mais à oublier immédiatement dans un éclat de rire dès que vous trouvez ce qui vous convient le mieux au moment de l’exercice.

Le plus compliqué est d’avoir envie de prier et de savoir que nous ne savons pas prier (une fois dit, cela décomplexe). Vous êtes donc dans la situation idéale. Il n’y a plus qu’à. Et cela sera bien.

Je dirais que d’abord et avant tout est de penser à Dieu. Puisque la prière est connexion à la source de la vie, vous pouvez commencer par penser, volontairement, au meilleur de ce que vous pensez de Dieu, ce que vous espérez qu’il puisse être. C’est là que la théologie aide un peu, afin ne nourrir cette pensée, de l’affiner, mais progressivement la pratique de la prière nourrira cela aussi.

Ensuite, il me semble bon de penser à tout ce que l’on a dans le cœur et la tête, devant Dieu, de le raconter, et de laisser des temps de silence, d’aller et retour entre cette pensée de Dieu et cette pensée de ce que nous sommes, vivons, espérons. Personnellement, j’évite de dire à Dieu « fais ceci ou cela » : qu’il fasse ce qu’il a à faire, et ce qu’il peut faire aussi, cela lui appartient et ce sera le mieux possible. Cette attitude évite de se bloquer soi-même sur une solution, et de se préparer à accueillir des bénédictions qui sont toujours, par définition, si créatives qu’elles ne peuvent être prévues.

Et c’est tout.

J’ai mis effectivement, divers conseils sur ce site, si cela peut aider, et des textes (qui parfois peuvent nous aider à entrer en prière, comme un apéritif). Le « Notre Père » de Jésus est un de ces textes, mais rien de plus.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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1 réponse

  1. Yvette dit :

    Croyant à la Vie après la vie terrestre, il m’est réconfortant de penser que les êtres chers qui nous ont quittés, même très jeunes, ont accompli leur mission ici-bas et qu’une tâche plus importante leur est confiée dans l’Au-delà. Je vous transmets ce message que j’apprécie particulièrement : Ne croyons pas que ceux que la mort emporte nous quittent. Où sont-ils? Dans l’ombre? Non, c’est nous qui sommes dans l’ombre. Eux, sont à côté de nous, sous le voile, plus présents que jamais. Ils deviennent des invisibles, mais ne sont pas absents. N’ayant perdu dans ce glorieux changement ni la délicatesse de leur âme, ni la tendresse de leur coeur. La mort est la montée éblouissante dans la Lumière, dans la Puissance et l’Amour.

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