La confession est-elle obligatoire pour participer à la Cène ?

Le pain et le vin à partager

Par : pasteure Sandrine Landeau

Question d’un visiteur :

Question de mon coiffeur
C’est la première fois que j’ai une pasteure sous la main alors j’en profite. Je suis catholique et je me pose des questions sur le protestantisme. En particulier en ce moment : est-ce qu’il y a une confession obligatoire avant de prendre l’eucharistie chez les protestants ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir
(réponse un peu plus détaillée que pendant la séance de coiffure!)

Bravo de vous intéresser ainsi aux autres, à ce qui fait sens pour eux, c’est une belle ouverture !

Pour ce qui concerne la confession avant l’eucharistie (nous parlons plutôt de Cène ou de repas du Seigneur, mais toutes ces expressions désignent la même chose), il faudrait préciser si vous parlez de confession de foi ou de confession du péché, même si la réponse est la même pour les deux : non.

La confession du péché, c’est cette démarche dans laquelle on dépose devant Dieu ce qui nous pèse, ce qui nous fait nous sentir coupable, ce qu’on se reproche, mais aussi tout simplement notre impuissance et nos limites. Il n’y a pas dans le protestantisme de rituel individuel institué pour la confession, qui n’est pas non plus un sacrement. Cela n’empêche pas que les pasteurs reçoivent beaucoup de ce qu’il faut bien qualifier de confessions, parce qu’on a parfois besoin de déposer nos fautes, nos erreurs devant un vis-à-vis. Une telle confession individuelle n’est absolument pas obligatoire pour participer à une Sainte Cène. Par contre, la Cène prend place dans un culte, donc dans une liturgie, dans laquelle il y a une confession du péché communautaire, parfois aussi appelée prière d’humilité (même si cette confession du péché peut être dite en « je » par la personne qui préside la liturgie, toutes les personnes présentes sont invitées à s’y joindre et à y adjoindre en silence ce qui leur pèse plus particulièrement). Chaque personne qui préside un culte jouit d’une assez grande liberté pour le construire, alors la confession du péché est parfois absente, mais elle se trouve le plus souvent là, sous une forme ou une autre, quand il y a Sainte Cène. Non pas que Dieu exige cela pour nous permettre d’accéder au repas partagé (il n’y a qu’à se souvenir de Judas, qui s’est vu offrir le pain et le vin comme les autres, et des autres disciples qui se se demandent tous si ce n’est pas eux qui vont trahir Jésus)… non pas non plus qu’il y ait un contrôle au moment de la Cène pour savoir si vous étiez bien là depuis le début et avez bien suivi toute les étapes, y compris la prière de confession du péché. Mais simplement parce que le culte, qui commence par une parole d’amour inconditionnel dite de la part de Dieu et se termine par une bénédiction sur l’assemblée et chacun de ses membres, ce qui est une autre forme de parole d’amour inconditionnel, propose une sorte de cheminement « idéal » dans lequel nous sommes invités à déposer devant Dieu ce qui est sombre, ce qui nous tient éloigné de lui et de nous pour qu’il le visite, l’éclaire, le guérisse. C’est parce que nous sommes aimés en premier que nous pouvons faire cela, à la lumière de cet amour.

La confession de foi, c’est un texte dans lequel une communauté ou un individu met en mot sa façon de comprendre Dieu et sa relation avec lui. Elle a le plus souvent une place dans la liturgie réformée, sans être systématique. Elle est donc souvent dite, soit par la personne qui préside l’assemblée seule, soit par cette personne accompagnée de l’assemblée, avant ou pendant la célébration de la Cène. Rien d’obligatoire en tout cas, comme pour la confession des péchés. La Cène n’exige pas de confesser d’abord une foi juste pour vérifier qu’on est digne d’y participer, elle est un signe de la grâce offerte gratuitement à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent. La confession de foi est un effort pour dire sa foi, un effort qui nous fait avancer, mais elle n’est pas une condition d’accès.

Donc non, ni la confession des péchés, ni la confession de foi ne sont des pré-requis pour participer à la Cène.

A la prochaine fois !

par : pasteure Sandrine Landeau

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4 réponses

  1. Pascale dit :

    Ça, c’est l’avantage (ou l’inconvénient, c’est selon) d’être pasteure. Jamais ma coiffeuse ne me poserait une question pareille ! Cela dit, heureusement car je n’aurais jamais aussi bien répondu 🙂

    • Sandrine Landeau dit :

      Merci 🙂 Je le prends comme un avantage : quand j’annonce « ce que je fais dans la vie », ça laisse rarement les gens indifférents !

  2. Émile Morantin dit :

    Bonjour pasteure Landeau,
    A propos de la confession,j’ai lu dans différents ouvrages que ,même une fois le pardon accordé ,il n’y a pas « oubli »c’est à dire que les « cicatrices » restent!
    C’est certain qu’à travers les vicissitudes de l’histoire(exterminations,esclavages….)il est ,sans doute,difficile d’admettre l’oubli,les commémorations en sont la preuve! en ce qui me concerne j’ai du « mal » à intégré le pardon sans oubli,l’ardoise que l’on efface pour un vrai recommencement!
    Dieu,contrairement aux humains oublie-t-il après son pardon? ou est-ce se « moquer »de Dieu que de penser cela?
    Quel est pasteure votre sentiment?
    Merci!

  3. Sandrine Landeau dit :

    Bonjour,

    Je ne crois vraiment pas que ce soit se moquer de Dieu, ou lui manquer de respect, que de chercher, de réfléchir à son pardon et à ce qu’il est pour nous. Donc n’ayez pas peur de vous interroger, et de (vous) poser des questions !
    Concernant le pardon et l’oubli, je crois qu’avec Dieu, nous avons toujours devant nous une page blanche au sens où il nous regarde toujours avec des yeux aimants, et où il ouvre de nouveaux chemins. Avec Dieu, nous ne sommes pas déterminés par notre passé qui nous enfermerait dans un chemin dont il serait impossible de sortir. Avec Dieu nous sommes déterminés par l’avenir qu’il nous ouvre sans cesse à nouveau vers la vie en abondance, par son regard qui voit en nous la graine de bonté et d’amour, même minuscule, à faire grandir.
    Soyez béni !

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