Serait-il arrivé à Jésus de se tromper ?

détail d'un tableau de Rembrandt représentant lle visage de Jésus - Head of Christ (Rembrandt, Philadelphia - wikicommons)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur Marc,

Je vous félicite pour ce site qui m’aide beaucoup dans ma recherche de Dieu. Depuis quelques mois je vais de temps en temps  au culte dans une paroisse protestante, et j’aime bien les prédications.

Dans l’évangile selon Matthieu au chapitre 11, texte que je n’ai jamais lu avant avec soin, j’ai été un peu choqué par les mots de Jésus. Du coup je me suis demandé aurait il arrivé à Jésus de se tromper sur sa théologie?

Merci et bonnes vacances

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Dans la pensée biblique, la notion de vérité est bien plus dynamique et relationnelle qu’aujourd’hui, où la vérité est plus analytique. Ce n’est donc pas si facile de savoir de quoi on parle si l’on affirme que Jésus avait toujours raison ou non, s’il s’est parfois trompé.

Par exemple quand Jésus dit, sur la croix « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » c’est naturellement faux théologiquement car Dieu n’abandonne pas ses enfants, pas plus Jésus que qui que ce soit d’autre. C’est donc une erreur théologique mais quand Jésus dit cela, c’est vrai dans un autre sens : c’est une vérité existentielle, et c’est une vérité spirituelle profonde :

  • Jésus se sent abandonné par Dieu, c’est à dire que ce qui lui arrive ne cadre pas avec sa notion de Dieu, de son pouvoir, de son action, de sa volonté. C’est donc sa notion de Dieu qui l’abandonne, pour une autre notion plus fidèle encore à Dieu puisque priant le début du Psaume 22 c’est tout le Psaume 22 qui est évoqué, passant de ce cri de reproche à l’expérience de la présence de Dieu. Mais comme souvent dans les évangiles, la fin de l’histoire n’est pas écrite afin, me semble-t-il de laisser le lecteur se poser la question de la suite de l’histoire et de notre propre histoire. Nous aimerions bien que dans les évangiles selon Matthieu et Marc qui montrent Jésus dire « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »(Mt 27:46, Mr 15:34) le texte mette ensuite dans la bouche de Jésus « Père je remets mon Esprit entre tes mains », mais cette dernière phrase est dans un autre évangile (Lu 23:46), dans Matthieu et Marc, dans la suite, Jésus pousse un grand cri sans que nous sachions ce qu’il dit. Mais pour moi, c’est ça, Jésus se convertit encore sur la croix, montrant que la Vérité est un chemin.
  • Et c’est une vérité spirituelle profonde. Le doute est normal, la déception, la révolte contre Dieu peut arriver à tout homme surtout dans les situations de détresses et d’injustice, de trahison. Le sentiment de l’absence de Dieu est normal, sa présence n’est pas massive,rarement comme on l’attend (par définition, puisque Dieu est vivant, sans cesse en mouvement, sans cesse en train de créer du jamais vu). Mais Jésus dans cette situation de doute et de perte de contact, Jésus reste priant Dieu, l’interpelant comme s’il était là alors qu’il ne le sent plus présent. Son attitude spirituelle est donc juste.

Par conséquent, quand Jésus dit cela : il dit la vérité de ce qu’il sent et il a raison de l’exprimer.

Peut-on alors dire qu’il s’est trompé en disant cela ? Oui et non. Oui dans un sens mais non en le vivant et en l’exprimant ainsi. En le priant.

Par ailleurs, on voit Jésus hésiter parfois, dans les évangiles, les tentations de Jésus sont ses tentations à lui, Jésus, et il est donc à la marge de l’erreur, mais il choisit le bon côté (Mt 4). Il hésite à se détourner de sa mission prioritaire quand finalement il se laisse convaincre, peut-être, pas une femme étrangère de guérir sa fille (Mt 15:23). Il prend un temps de réflexion et de prière une nuit entière, seul quand la foule veut le nomme roi (Jn 6:15). Il hésite encore à Gethsémanée, dans la réflexion, dans la prière, cherchant le soutien de ses proches (Mr 14:34). Mais à chaque fois, me semble-t-il, les évangiles nous le montrent choisir bien, sans se tromper.

Peut-être s’est-il trompé en choisissant Judas comme apôtre, et les 11 autres pour faire le lot (Jn 6:70)? Peut-être aurait-il dû ne choisir que des femmes dans cette équipe emblématique de 12 puisque les femmes m’ont l’air plus fidèles quand l’histoire devient dure. Peut-être Jésus corrige-t-il cela en nommant finalement Marie-Madeleine apôtre des apôtres, chargée de les initier à sa résurrection (Jn 20:17)?

Albert Schweitzer, que j’admire par ailleurs beaucoup, a émis une hypothèse selon laquelle Jésus aurait pensé qu’en acceptant de mourir sur la croix il provoquerait la venue du Royaume de Dieu. Il me semble que pendant quelque années les premiers disciples de Jésus ont effectivement entretenu cette espérance, et l’on voit la communauté de Jérusalem arrêter de travailler, vendre leurs outils de travail et leurs champs (Ac 2:45)… avant de devoir faire la quête dans tout le bassin méditerranéen pour survivre après cette erreur de théologie (Ro 15:26). Mais personnellement, je ne pense pas que Jésus était dans cette erreur. Pour lui, le Royaume est déjà là et encore en train de venir, ce Royaume ne vient pas de façon spectaculaire, il est en nous et dans les relations qui existent entre nous (Lu 17:21). Il est dans la présence de Dieu en nous et notre investissement en Dieu (Jn 14:20-23)…

Mais votre question est excellente car elle nous dit que nous avons le droit de nous tromper.

Avec mes amitiés fraternelles
Et merci pour les bonnes vacances, on s’y applique.

Marc

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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2 réponses

  1. Laura dit :

    Bonsoir Pasteur,
    Je n’arrive pas à comprendre quand vous dites que ce qui arrive à Jésus « ne colle pas avec sa notion de Dieu ». Est-ce que ça signifie que Jésus s’est trompé sur son père, qu’il ne le connaissait pas si bien même si c’est son père ?
    Et pourquoi dites-vous qu’il s’est peut-être trompé en nommant Judas comme apôtre ? Il me semble qu’il savait qu’il allait le trahir, car c’était prévu dans les écritures.
    Je ne remets pas du tout en question ce que vous dites, j’essaie juste de comprendre.

    Merci d’avance pour votre réponse.

    • Marc Pernot dit :

      Quand Jésus dit « mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? », on comprend qu’il dise cela dans la souffrance, mais oui, Dieu est fidèle et il n’abandonne pas ses enfants. Ce qui me semble intéressant, c’est que même alors, Jésus s’adresse à Dieu, l’appelle, prie. Quand nous ne comprenons plus Dieu, la meilleure réaction est de le prier pour lui poser la question. C’est aussi ce que fait Jésus à Gethsémanée, par trois fois il lui demande « Père, éloigne de moi cette coupe ».

      En ce qui concerne Judas, comme nous le voyons dans le passage que je viens de citer, Jésus n’a pas du tout envie de mourir, il a envie de transmettre l’Evangile le mieux possible. Il semble invraisemblable de penser qu’il aurait choisi délibérément un méchant homme pour qu’il finisse par le trahir et le faire tuer. Il semble que Judas était pas mal au début, puis qu’il se déconvertisse à un certain moment et tourne mal (Luc 22:3).

      Mais vous avez tout à fait le droit de remettre en question ce que je dis, un petit peu, à moitié, ou tout. Manquerait plus que ça ! Tout ce que je mets ici est un témoignage personnel de ce que je pense sincèrement aujourd’hui. Si cela vous poser des questions, c’est de qui nous fait avancer. Mais ensuite, c’est à chacun de faire son miel.

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