Le suicide est un meurtre, est-ce qu’il peut être pardonné par Dieu ?

Par : pasteur Marc Pernot

Illustration : une fille vue de dos. Image: 'A liberdade é azul' by Lucas Martins https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/75768875@N07/33425658825

Question d’un visiteur :

Bonjour
Ma fille s’est suicidée après une dépression, suite à sa mort je me suis tournée vers le seigneur et je suis maintenant  une chrétienne protestante pratiquante, malheureusement  ma fille n’a pas eu cette chance là, j’ ai peur que Dieu ne lui pardonne pas son geste car le suicide est un meurtre. Je voudrais tant la retrouver un jour, je prie le seigneur pour avoir cette grâce car c’est moi la plus coupable je ne lui ai pas donné l’enseignement de l’Evangile.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Alors là, vraiment, vous pouvez faire confiance en Dieu dont l’amour dépasse tout ce que l’on peut imaginer.

En plus, je pense que l’on ne choisit pas de se suicider. Au contraire, on se suicide quand on a l’illusion que l’on n’a plus de choix. Ce qui, objectivement, est en général faux, mais c’est pour cela que l’on voit bien que le suicide est une maladie. C’est comme un cancer du moral.

Donc Dieu abandonnerait quelqu’un qui souffre profondément de sa maladie ? Non, jamais.

Manifestement, vous n’êtes pas coupée de votre fille. Vous l’aimez et lui voulez du bien encore aujourd’hui, évidemment. Le lien n’est donc pas rompu. La Bible dit que c’est l’amour qui est plus fort que la mort, et c’est une expérience, ce n’est pas seulement un espoir. Dans la vie future, ce lien restera, à mon avis. Ce lien d’amour qui n’a jamais été coupé. Ce lien se vivra autrement, car nous serons transformé, vivant autrement que dans un corps. Mais ce sera ce même lien qui vous lie aujourd’hui. Vous recevez d’elle, et elle reçoit de votre amour aujourd’hui encore et que d’une certaine façon cela l’aide à avancer, je pense. Comme nous avons besoin ici bas d’amour et que cela nous fait avancer.

En tout cas, vous aimez manifestement votre fille et vous continuez à lui vouloir du bien. Dieu ne l’aime pas moins. Dieu aussi il lui voulait tout le bien possible et il continue à lui vouloir du bien pour la suite de son chemin dans la vie.

Bien sûr, vous auriez pu donner à votre fille l’enseignement chrétien et cela aurait été une bonne idée. Est-ce qu’elle serait devenue chrétienne pour autant ? Il y a, mettons, une chance sur deux, au mieux (d’expérience). Car ce n’est pas la connaissance qui fait la foi, la connaissance aide. Ensuite, si elle était devenue chrétienne est-ce que cela l’aurait empêchée de subir une dépression ? La foi aide, c’est vrai, mais ce n’est pas une garantie contre la dépression non plus. Est-ce que la foi l’aurait empêchée de se suicider ? J’espère, mais parfois, cette maladie du moral est comme un cancer, vraiment, et la maladie est la plus forte. Comme je vous le disais, de toute façon il est totalement déraisonnable de se suicider, c’est comme de jeter une superbe Maseratti à la poubelle parce que le cendrier est plein.

Alors oui, bien sûr, il y a un million de choses que nous n’avons pas faites, ou que nous avons faites et qui étaient une erreur, ou qui auraient pu être mieux faites pour nos proches : passer plus de temps, montrer plus d’amour… oui, d’accord, mais bon. La mission des enfants est de faire avec ce qu’il y a eu de bien dans ce qu’ils ont reçu des parents (et des autres), et de gérer les manques, les erreurs et les blessures comme ils le peuvent, en acceptant de nous faire aider, aussi, car personne n’est Superman, et même Jésus s’entoure de ses amis dans les moments difficiles. Grandir, c’est un travail de digestion. La mission des parents est de faire ce qu’ils peuvent, comme ils le sentent au moment où ils ont à le faire. On ne peut pas demander plus aux parents. Et je suis certain que vous avez fait cela. Alors oui, vous n’êtes pas Dieu, ce n’était pas parfait, mais il y avait plein de bonnes choses. J’en suis persuadé.

Donc, je suis d’accord pour votre repentance. C’est bien. Vous l’avez placée devant Dieu, c’est très bien. Mais maintenant c’est assez. Vous allez au culte, l’annonce de la grâce de Dieu qui commence le culte, cette annonce est pour vous. Après la repentance, il y a l’annonce du pardon de Dieu, ce pardon est pour vous. A la fin du culte, la bénédiction de Dieu est proclamée, cette bénédiction est pour vous. Le temps de la repentance, des remords et des regrets doit se clore un jour. Ressusciter et vivre. Je sais que ce n’est pas facile. Et c’est là que Dieu aide. Il est source de résurrection.

Pour le reste, il ne faut pas non plus en rester au seul suicide de votre fille. Elle est autre chose que cela pour vous, il serait bien dommage que cet acte horrible vienne pour vous effacer sa belle personnalité et ses beaux gestes.

Amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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41 réponses

  1. Isabelle dit :

    J’ai perdu un être chère à mon cœur il y a 4mois.il s’est suicidé au fusil.
    Je n’arrives pas à passer et à arrêter mon chagrin.
    Je n’acceptes pas,je ne comprends pas et je voudrais tellement des réponses.
    Il avait tout,femme,enfants,petits enfants,amis,argent,maison etc….50annees de mariage avec ma mère et il a mis fin à ces jours.
    Je ne sais pas quoi faire et j’ai besoin d’aide.
    Merci.

    • Marc Pernot dit :

      Chère Isabelle
      Je pense qu’il faut considérer le suicide comme un cancer mortel. Il y a parfois des facteurs déclenchant, mais dans le fond, c’est une maladie. C’est du chaos. Car quelle que soient les difficultés, ce geste n’a pas de sens. C’est comme de jeter à la casse une Ferrari superbe parce qu’un pneu est un peu dégonflé.
      Seulement il est très fréquent que l’entourage cherche des causes, se sente coupable, se culpabilise. Hélas. C’est sans raison d’être
      C’est tout à fait important de réagir comme vous le faites, car cette culpabilité est destructrice. Elle ronge, détruit. Elle ajoute du malheur au malheur.
      Bravo de réagir, de regarder vers le haut. C’est cela qui permet de ne pas laisser la mort victorieuse. Mais que la vie l’emporte.
      De la vie, de la lumière, de la bénédiction il y en a certainement à recueillir dans cet homme. C’est cela qu’il convient de garder.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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