Nous sommes toutes et tous prêtre : le grand principe du sacerdoce universel ?

Par : pasteur Marc Pernot

une personne solitaire à la porte d'une église face à un beau paysage de nature - Image par fancycrave1 de Pixabay

Et si moi j’aime être seul pour prier Dieu ?

Question d’un visiteur :

Bonjour cher Marc ! 🙂

J’espère que vous allez bien !

De mon côté je vais très bien mais j’ai une petite question qui me taraude.. J’ai répondu cette semaine à une question sur le site de Théovie (le site de formation de l’Eglise Protestante française), la question était « Quel sens a pour vous aujourd’hui le « sacerdoce universel »? Et c’est vrai que je n’ai pas été très réceptive au sujet, pourtant passionnant ! J’ai bien compris le concept, je trouve ça très beau en théorie mais voilà, je ne me suis pas sentie concernée.

Nous sommes tous des prêtres donc, c’est bien. Mais je me suis retrouvée en révolte contre la notion de « communauté » présentée comme la panacée, une assemblée nécessaire, conséquence merveilleuse de la grâce reçue, lieu d’expression privilégié du chrétien mature et affirmé dans sa foi, responsable devant Dieu et j’en passe. Je bloque ! C’est vrai, pour vous décrire un peu ma personnalité, je suis plutôt une heureuse solitaire, je suis studieuse, j’aime le silence, je suis un peu du genre « contemplative »… Voilà. Je n’ai pas eu que des expérience plaisantes « en société » mais attention, je ne dis pas que je vis comme une ermite, je ne suis pas plus égocentrique que les autres et je n’agresse pas tout ce qui bouge ! J’essaye d’être toujours souriante quand je suis dehors, et j’essaye toujours de faire preuve de bienveillance envers mes élèves. MAIS. Si vous saviez à quel point je ne suis pas douée pour les rassemblements, les assemblées, les groupes, même pas douée pour les réunions de famille.. Je me force. Mais ça me coûte énormément. Et surtout, je ne suis pas du tout douée pour me plier à ce harcèlement continu.. : « Il faut être en groupe, il faut servir le groupe, il faut comprendre cela comme ceci, il faut chanter ceci comme cela, il faut célébrer dans la joie, il faut, il faut, il faut… » J’apprécie toujours une bonne suggestion constructive et bien intentionnée, mais j’ai du mal avec tout la notion de « communauté », et ça me rend triste parce que, évidemment, qui ne culpabiliserai pas à ma place d’être à ce point inadaptée pour ce qui semble être le Nirvana du chrétien ?

De ce fait, pour en revenir à mon sujet, j’ai répondu (c’est un extrait bien sûr) : « Pour comprendre et vivre la redécouverte du « sacerdoce universel » il faudrait donner à chacun la liberté d’exprimer Dieu selon ses moyens et ses aspirations, et non comme la communauté voudrait qu’elle soit exprimée, car Dieu nous a fait créateurs à son image, et non pas des copieurs à l’image des autres. » .. D’où ma question, car évidemment, j’ai l’impression d’avoir répondu une bêtise et je me sens très mal… Ok sur le fait que nous soyons tous prêtres. Mais Marc, comment cela se traduit-il concrètement ? Cela me paraît être une grosse responsabilité, je ne crois pas que je veuille de ça.. Et si on n’y arrive tout simplement pas ? Bref, le « sacerdoce universel » comment ça marche et est-ce que c’est obligé ?

Merci pour toutes vos réponses, aux miennes et à celles des autres.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Dans toute l’église, l’opinion d’un paroissien, d’un pasteur, d’un journal, livre, synode, grand président en chef de la commission spéciale, site d’église, formation, faculté de théologie… n’engage que celui qui parle, et pas les autres. Heureusement.

En ce qui concerne votre préférence pour le calme, la solitude, la contemplation plus que pour le groupe est tout à fait respectable, bien entendu. La diversité des personnalités est une richesse.

Par ailleurs, d’un point de vue théologique, j’attacherais le plus d’importance :

  1. à l’individu personnel, seul dans ses baskets, cœur à cœur avec Dieu dans son intimité, libre et responsable de sa vie et de ses engagements,
  2. à l’ensemble de l’humanité, voire même l’ensemble du vivant, plus qu’à la fabuleuse (hum) communauté qu’est l’église. Voir « Corps mystique du Christ« 

Je ne pense pas que vous soyez, du tout, obligée à forcer votre talent pour apprécier tellement de vivre les relations de groupes. Chacun son style. Et je ne suis pas du tout certain que ce soit là le plus important. De toute façon, ce qui compte est avant tout la conscience de faire partie d’un tout, d’un corps, que nous y avons notre place et que nous sommes important, personnellement, dans cet ensemble, que nous sommes appelés à trouver notre vocation si possible. Que les autres autour ont leur place, sont important.

C’est pourquoi il me semble pas inutile de fréquenter de temps en temps une assemblée de personnes qui se rassemblent pour chercher Dieu. Ce n’est pas un but en soi, ce n’est pas et ne doit surtout pas être un sommet de notre foi (cette panacée qui vous a été décrite me fait peur) au risque de devenir aliénante et au risque de relativiser ce qui est l’essentiel : le face à face avec son Dieu et avec soi-même, aimé et responsable. Ensuite, cette fréquentation d’un groupe n’est qu’un moyen, et en ce domaine il convient d’être pragmatique, un rythme et une activités sera bonne si elle vous aide à avancer, vous. C’est très personnel. Et finalement pas adéquat pour tout le monde. Il y a mil façons possibles : choisir sa paroisse, panacher entre plusieurs paroisses, plusieurs églises par exemple catholique et protestante, aller de temps en temps dans un monastère trappiste (par exemple, peut-être que ça vous conviendrait, dans le silence même à table, sans entretien avec un religieux (j’ai horreur des retraites dirigées), les promenades dans la nature et les 7 temps de célébration par jour)

Donc votre réponse est excellente. Le sacerdoce universel est pour moi le fait de pouvoir prier librement, face à face avec Dieu, faire sa propre lecture de la Bible, sa propre théologie. C’est aussi être porteur de la pensée pour d’autres auprès de Dieu.

Oui, cela semble une grosse responsabilité, mais non il n’y a rien à craindre car c’est sous le régime de la grâce (de toute façon, Dieu regarde cela avec bienveillance et tendresse, avec joie et émerveillement). C’est cela et cela seul qui permet la sincérité de la prière. Cette intimité (sans personne qui écoute les paroles et les silences, les distractions, et les circonvolutions de notre prière, son élévation et sa puérilité…). Et cette confiance en Dieu. Ensuite, c’est à lui d’en faire ce qu’il voudra et pourra, ce sera bien. On n’est donc pas sous le régime de la performance, juste de l’élan de confiance, ou au moins de recherche. C’est se sentir être soi. Exister. C’est quand même assez important.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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