Pourquoi « Christ seul » est souvent oublié dans les « principes » du protestantisme ?

Luther prêchant, se référant au "Christ seul" - Stadtkirche Wittenberg

Luther prêchant, se référant au « Christ seul » – Stadtkirche Wittenberg

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

J’ai parcouru votre blog. Vous représentez donc l’église protestante de Genève. J’aurais une question concernant le protestantisme en général. Parmi les bases du protestantisme, A Dieu seul la gloire – Christ seul – La grâce seule – La foi seule – l’Écriture seule – (Tous les chrétiens sont prêtres – L’église doit se réformer sans cesse) les sites Internet des écoles de théologie en Suisse et protestants/réformés en Suisse et en France ne reprennent plus « solus christos » lorsqu’ils énumèrent les 5 solas. A la place de seulement Christ, ils reprennent l’église doit se réformer sans cesse, formule qui ne fait pas partie des 5 solas de base ou bien, ils ne reprennent que 4 solas (foi seule, grâce seule, gloire à Dieu seul, et Ecritures seules).

Pourquoi ne plus mentionner Christ seul ?

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Grand grand merci pour cette question fruit d’un esprit d’observation et d’intelligence. Bien entendu, je me suis précipité sur Google pour chercher, creuser, et je dois dire que vous avez bien souvent raison. C’est vrai que c’est assez étonnant.

Une hypothèse, presque une excuse (pour être honnête), serait de répondre que « Christ seul » n’est absolument pas une spécificité protestante puisque c’est en réalité le seul point qui réunisse absolument tous les chrétiens : le Christ et le Christ seul. Comme vous dites, c’est une confession de foi particulièrement essentielle : ce qui nous rassemble est cette personne, Jésus, et sa fonction qui est d’être le Christ avec un CH majuscule, c’est à dire le salut ultime que Dieu donne à l’humanité tout entière à travers les générations. Puisque le Christ seul est commun à tous les chrétiens de toutes sortes, de toutes croyance, rites, églises, époques, il faut trouver autre chose pour dire qu’est que le protestantisme a comme caractéristique. Ce n’est pas facile car il y a à peu près autant de protestantismes que de protestants, par définition aussi puisque nous sommes attachés à la liberté du chrétien, qui a pour seul chef le Christ, et qui ne se soumet donc pas nécessairement à ce que dirait son église, son petit pasteur, ou son voisin de palier.

J’espère que c’est la bonne réponse. Il n’est pas impossible que certaines églises n’osent plus trop parler du Christ et se disant que cela serait devenu un peu ridicule, que l’on a déjà trop parlé du doux Jésus, de l’enfant Jésus, de « Jésus t’aime », et que cela va faire passer le christianisme pour un conte pour enfants (et enfants d’un autre millénaire). Ce ne serait pas une bonne raison. Ce serait comme d’envoyer une magnifique Ferrari à la casse parce qu’elle est salie par une fiente de mouette ou que notre petit neveu a une copie en plastique vert pomme du même modèle. Au contraire il me semble que plus que jamais le Christ et son message, sa vision de l’humain, sa façon d’être, ce qu’il nous montre de Dieu… tout cela est extraordinairement inspirant et actuel.

Donc d’accord avec vous sur l’importance du principe « Christ seul ». Je pense même que c’est le seul véritable principe chrétien, avec celui d’avoir une recherche sincère et personnelle inspirée par cette confession de foi. Je pense que c’est cela que je propose dans cet article, par exemple : « choisir sa religion et son rapport avec la religion » Par ailleurs, j’ai recherché mais je n’ai pas trouvé dans les éléments de base que j’ai mis en ligne ces fameux 4 ou 5 « principes du protestantisme ». Parce que je ne soit pas particulièrement convaincu que ce soit si important que cela sur ce site. La question est d’aider le visiteur à commencer à nourrir sa foi, sa recherche de sens, sa prière. Qu’il se sente autoriser à se construire une pensée sur Dieu, sur la vie humaine, les rapports entre nous tous… La question n’est pas de lui « vendre » une église, c’est à dire le laisser penser : si vous voulez venir, soyez le bienvenu, mais il faut signer cela, entrer dans ce système, rester dans cette frontière.

Je ne suis pas totalement convaincu que ces « solæ » soient une bonne façon de définir le christianisme, en tout cas peut-être pas aujourd’hui. Ni la façon d’être chrétien qui me réjouit.

Par exemple « Sola Scriptura » (l’Ecriture seule). C’est vrai que la Bible est essentielle pour tous les chrétiens, mais cette formulation est problématique. Avec un texte si riche, si divers et si fort que la Bible, il est possible de tirer le meilleur et le pire. Il a inspiré de merveilleuses façon d’être et été utilisé pour justifier la ségrégation des noirs par les blancs, par exemple, ou l’esclavage, ou le viol conjugal… C’est donc sous l’inspiration de l’Esprit Saint que la Bible lue et interprétée pourra être l’occasion de recevoir quelque chose qui vient de Dieu, et qui sera donc source de vie. Cette locution « l’Ecriture seule » est donc pour le moins ambiguë et peut servir d’arme pour justifier diverses horreurs.

Avec mes amitiés & mes vœux de bénédiction

par : pasteur Marc Pernot

PS. Un résumé de ces fameux (?) « principes » du protestantisme, avec des définitions fréquemment données, et bien entendu discutables…

Cinq « solæ » :

À Dieu seul la gloire « soli Deo gloria »

Rien n’est sacré, divin ou absolu en dehors de Dieu. Les chrétiens protestants sont donc vigilants envers tout parti, valeur, idéologie, ou entreprise humaine prétendant revêtir un caractère absolu, ou universel. Parce que Dieu est un Dieu de liberté,
qui appelle une libre réponse de la part de l’être humain, les protestants sont favorables à un système social qui respecte la pluralité et la liberté des consciences.

La grâce seule « sola gratia »

Les chrétiens protestants affirment que la valeur d’une personne ne dépend ni de ses qualités, ni de son mérite, ni de son statut social, mais de l’amour gratuit de Dieu qui donne à chaque être humain un prix inestimable. L’Homme n’a donc pas à mériter son salut en essayant de plaire à Dieu. Dieu lui fait grâce, sans condition. Cet amour gratuit de Dieu rend l’Homme capable, à son tour, d’aimer ses semblables, gratuitement.

La foi seule « sola fide »

La foi naît de la relation personnelle avec Dieu. Cette relation est d’abord une recherche, mais une rencontre peut surgir brusquement dans la vie d’un individu. Le plus souvent, elle est l’issue d’un cheminement parsemé de doutes et d’interrogations. Mais la foi est offerte par Dieu, sans condition. Tout être humain est appelé à la recevoir dans la liberté. Elle est la réponse humaine à la déclaration d’amour faite à tous par Dieu en Jésus-Christ.

Les Ecritures seules (Bible seule) « Sola scriptura »

Dans le domaine de la pensée, les chrétiens protestants ne reconnaissent que la seule autorité de la Bible. Elle peut nourrir leur foi ; elle est la référence en matière de réflexion théologique, philosophique, et morale. À travers les témoignages humains qu’elle nous transmet, la Bible peut être la Parole de Dieu, éclairée par le Saint-Esprit. Chaque chrétien est appelé à la lire par lui-même pour rechercher à progresser dans sa fidélité.

Christ seul « solus Christus »

Il est le seul intercesseur et sauveur et non d’autres médiations comme l’église, les saints, les reliques. Il est la clef d’interprétation des Ecritures.

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En prime, deux autres « principes » du protestantisme souvent évoqués :

L’église est toujours à réformer « Ecclesia semper reformanda est »

Les Églises rassemblent dans une même foi tous ceux, hommes, femmes et enfants, qui reconnaissent explicitement le Dieu de Jésus-Christ comme celui qui donne sens à leur vie. Les institutions ecclésiastiques sont des réalités humaines, elles peuvent se tromper.
En référence à l’Évangile, les Églises doivent sans cesse se réformer pour une plus grande fidélité, et un meilleur service de chacun.

Le sacerdoce universel

Chaque homme, chaque femme est prêtre, fils ou fille de Dieu, héritier du Royaume avec Jésus-Christ. Les pasteurs sont des membre de l’Église comme les autres. Même s’ils y exercent une fonction particulière à laquelle des études universitaires de théologie les ont conduits. Le témoignage de la foi et de l’engagement dans la société est donc la responsabilité de chacun.

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1 réponse

  1. Anonyme dit :

    Vous écrivez dans votre PS: « Un résumé de ces fameux (?) “principes” du protestantisme, avec des définitions fréquemment données, et bien entendu discutables… »
    Vous écrivez fréquemment données et non pas historiquement données. Par exemple, par la foi seule, dans l’histoire, c’est le salut par la foi, et non pas le salut par l’église ou par les sacrements. Ce qui ne se voit pas dans les définitions actuelles.

    Très peu de personnes reprennent ces sola comme énoncés dans l’histoire en expliquant leur pourquoi au départ. Pourtant c’est ce qui serait attendu du « public » surtout en 2017, année des 500 ans de la réforme.

    Il n’est pas possible de « broder » autour de Christ seul, comme vous (les protestants actuels) le faites pour la foi seule et les autres formules. Ceci explique certainement cela.

    Pourquoi avoir transformé ces définitions ? Il suffirait de ne plus les mettre du tout, plutot que de les transformer, non ?

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