Vivre maintenant nous ouvre-t-il pas le chemin de l’Etre et du bonheur ?

un agriculteur laboure un champ avec l'aide de chavaux - Image par David Mark de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

Voila quelques questions m’interrogent depuis un moment, et j’aime beaucoup l’ouverture d’esprit chrétienne de ce site.
Vivre l’instant présent, en Dieu et par le Christ, est-ce quelque chose d’essentiel?
Faut-il laisser le passé derriere nous, et le futur à l’espérance?
Y a-t-il un lien entre Vie présente et prière de vie?
Enfin vivre maintenant nous ouvre-t-il pas le chemin de l’Etre et du bonheur?

Merci d’avance pour vos précieuses réponses…

Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour ces questions fort intéressantes, et même inspirantes. En fait, elles me semblent former toutes ensemble un joli programme, une belle façon d’être. En les commentant, j’ai un petit peu l’impression, à vrai dire, de les casser un peu. Tant pis, je me lance :

Vivre l’instant présent, en Dieu et par le Christ, est-ce quelque chose d’essentiel?

Oui, je pense. Vous avez raison. c’est bien ainsi que je résumerais l’essentiel, en réalité, car le reste en découle. Peut-être ajouterais-je la confiance en Dieu : « vivre l’instant présent dans la confiance en Dieu, par le Christ ? Car c’est cette confiance qui libère, qui permet d’oser, de chercher, d’inventer du neuf, de prendre le risque de la rencontre avec les autres, et aussi de prendre du temps pour soi sans se culpabiliser …

Faut-il laisser le passé derrière nous, et le futur à l’espérance?

Oui, et non. D’abord parce que l’on fait ce que l’on peut et que parfois le passé est très lourd pour nous, ou que l’avenir plein d’une terrible menace. Peut-être serait-il préférable de mettre « Serait-il bon de laisser le passé derrière nous, et le futur à l’espérance ? »

Oui, le Christ nous libère de ce qui peut vraiment être lourd et souffrant dans le passé comme blessures et comme rancunes, comme regrets et comme emprisonnement… Mais en même temps le passé est comme une terre qui est plus ou moins pierreuse, passante, embroussaillée, mais aussi bonne et féconde, et c’est l’ensemble de ce passé qui peut être ensemencé de ce que demain gerbe de bons fruits. Notre passé n’est donc pas tant à laisser derrière qu’à être rendu vivant, à être digéré, a être ressuscité. Le Christ nous parle ainsi de façon imagée d’un semeur, qui est une figure de Dieu, bien entendu, mais aussi de nous-même. C’est comme cela, peut-être que nous pouvons faire que le passé nous porte, est en dessous de nous plutôt que derrière ?

Et en ce qui concerne le futur, je dirais plutôt, là encore, qu’il faudrait le laisser à la confiance. Cela me semble plus exact que l’espérance, plus profond, plus dans la qualité de l’instant présent. La confiance permet de chercher à faire dans le présent ce qui nous semble juste, ce qui nous semble prometteur, constructif. Le futur n’est donc pas vraiment abandonné, seulement on s’en dépréoccupe enfin un petit peu. Mais je suis d’accord avec vous que ce serait assez catastrophique de vivre le temps présent en pensant à « faire son salut futur ». Car alors, le présent est mal considéré dans notre cœur, il est sacrifié. Et puis cette motivation (de faire son salut éternel) est de l’égoïsme, c’est alors à soi-même que l’on pense en faisant le bien, ou en priant Dieu. C’est tout le contraire de la grâce, et de la foi (= « la confiance »). C’est pour le bien que l’on fait le bien. C’est pour Dieu que l’on va vers Dieu. C’est pour le pauvre qu’on aide le pauvre… Comme le dit Paul, la théologie, la foi, le service de l’autre… sans amour ne sert vraiment à rien du tout (1 Corinthiens 13)

Y a-t-il un lien entre Vie présente et prière de vie?

Je ne sais pas ce que vous entendez par « prière de vie », je ne pense pas que ce soit un terme tiré de la Bible. En tout cas je trouve que cette expression est belle. La prière est un exercice tourné vers la vie. Sinon, ce ne serait pas sain (ni saint avec un t, d’ailleurs). C’est peut-être un bon indicateur à se donner à soi-même pour sa façon de prier ou de philosopher : est-ce que cela produit des fruits de vie, dans cette vie présente : un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ? Je pense que cela devrait être vraiment le cas, et que c’est souvent le cas : la prière rend fécond notre passé, notre présent, notre être : car elle nous permet de nous replacer devant l’essentiel pour nous, ce qui est déjà excellent. De plus, la prière nous ouvre à l’action de Dieu en nous (dans la mesure où l’on pense quand même un peu à Dieu dans la prière et pas seulement à soi-même).

Vous avez raison dans cette définition de la prière comme un lien avec la vie présente : en se plaçant devant Dieu (devant son idéal s’il arrive qu’un jour on soit un peu moins croyant), en plaçant devant lui : soi, soi dans sa vie présente, son être tel qu’il est, sa propre vie, placer devant lui ceux auxquels on pense, ce monde où nous vivons… effectivement peu à peu, notre être est façonné à l’image du Dieu auquel nous croyons. C’est donc particulièrement important de faire de l’espace pour Dieu dans le silence de notre prière, et c’est particulièrement important de faire de la théologie pour affiner l’idée que nous nous faisons de Dieu. C’est un vrai travail, utile et passionnant, très fécond. À faire sans tabous, dans la liberté et la sincérité. Dans la confiance. Dans la prière aussi.

Enfin vivre maintenant ne nous ouvre-t-il pas le chemin de l’Etre et du bonheur?

Je pense que ce que vous proposez ici peut être vrai. Si vivre maintenant est effectivement vivre dans la vie, ouvert à la source de la vie. Car cette source est en même temps source « de vie, de mouvement et d’être », et donc de bonheur car le bonheur, en tout cas pour l’humain, est d’être dans cette dynamique. D’y participer.

Encore merci pour cette belle façon d’être que vous proposez, à travers les différents points de votre question.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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