une femme seule, de dos, regardant le choeur d
Foi

Je fais donc mon parcours spirituel seule, mais les images que l’on se donne de Dieu me dérangent.

Par : pasteur Marc Pernot

une femme seule, de dos, regardant le choeur d'une église, les vitraux, l'autel - Photo de Kenny Eliason sur https://unsplash.com/fr/photos/b7YCNt1vihM

Question posée :

Bonjour

Je me permets de vous partager des interrogations qui me taraudent, j’espère que ce que je m’apprête à écrire sera compréhensible.

Il y a quelques semaines, je suis entrée dans une église dans laquelle je suis entrée pour, si ce n’est prier, au moins me mettre au calme. C’était une petite église dans une petite commune et il y avait quelques représentations de Jésus, de Marie et des Saints. En les regardant, j’ai réalisé que ces représentations ne m’avaient pas aidé à me sentir proche de Jésus. Alors, en écrivant ça, j’ai conscience que c’est puéril de penser que notre relation à Jésus et à Dieu puisse dépendre de choses aussi triviales, mais il n’empêche que j’y pense.

Je n’ai pas eu vraiment d’éducation religieuse et je n’ai pas grandi dans une famille croyante ou pratiquante. Je fais donc mon parcours spirituel seule (il m’arrive d’aller au culte le dimanche, mais je ne m’y sens pas très à l’aise autour de tous ces inconnus qui ont l’air de se connaître. J’aimerais faire partie de ceux-là, mais les relations sociales ne sont pas choses aisées pour moi). En fait, j’ai l’impression que les représentations picturales religieuses « parasitent » ma réflexion, et croyez-moi que je ne cherche à offenser personne en disant cela. Je pense notamment aux tableaux représentant Dieu comme un homme barbu aux cheveux blanc ou à ce genre de statue de Jésus (https://images.centrepresseaveyron.fr/api/v1/images/view/5fd7ad58d286c24fb23e18a4/full/image.jpg?v=1). Je crois que c’était un vrai blocage pour moi quand j’étais enfant.

Il y a aussi autre chose : on considère souvent Dieu comme un père, mais pour moi qui ai été victime d’un père maltraitant et abuseur, j’ai beaucoup de mal à utiliser ce mot dans ma prière personnelle. Pendant un temps, j’ai utilisé le mot Abba qui m’allait mieux mais je ne sais, j’ai l’impression de bloquer sur la question de mon adresse à Dieu. Peut-être pensez-vous que justement, avoir un père « céleste » serait une manière de guérir mes plaies mais je bloque vraiment sur l’idée d’une figure paternelle.
En fait, j’aimerais être vierge de tout ce que j’ai pu voir de Dieu pour recommencer à zéro. En écrivant cela, je me dis que ça peut vouloir être comme faire sa propre tambouille et que ce n’est peut-être pas bien.

Je me retrouve beaucoup dans la personne qui a posé la question « J’ai l’impression que Dieu est seulement pour moi une sorte de bonus en fin de journée ». J’ai l’impression qu’il me manque une substance dans ma relation à Dieu. J’ai découvert il y a quelque temps une application de méditation chrétienne qui s’appelle Meditatio et qui offre de courtes méditations quotidiennes. Je suis fière de moi de réserver un temps à cela tous les jours mais je sens qu’il me manque quelque chose, comme si j’oubliais le message du jour une fois le moment terminé. C’est comme quand je lis la Bible. Déjà, je ne le fais pas régulièrement mais quand l’envie me prend et aussi, je crois que je la lis un peu comme une étude et pas comme une parole au cœur. Je regarde les différentes traductions de certains passages, je lis certains commentaires. En fait, c’est plus quelque chose de cérébral que de spirituel.

Tout ça pour dire que je ne sais pas comment me représenter Dieu ni comment m’adresser à lui dans ma prière. J’essaie différentes formes de prières aussi car je ne me reconnais pas dans une prière « classique » que je trouve trop formelle, mais chaque fois, j’ai l’impression qu’il manque du cœur.
Je crois avoir fait le tour de mes questionnements.

Merci de m’avoir lu et bonne journée,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour votre excellente démarche, je trouve. Toute en sincérité, recherche, souplesse, lucidité.

Il y a autre chose qui est bien, c’est de savoir être fière de vous d’arriver à réserver chaque jour un temps pour penser à Dieu. Cette régularité est bonne, et de savoir être fière quand il le faut est une bonne chose.
Ensuite, peut-être que vous voyez trop négativement le fait de ne pas avoir la foi que vous pensez être la foi « normale », à l’aise au culte, touchée par la formule de Dieu-Père et du Dieu barbu assis sur un nuage, intégrant bien rangé dan votre mémoire tout ce que vous avez entendu… et donc amenée à faire votre propre tambouille. Alors que c’est parfait !!! Toute la religion : le culte, le langage (nécessairement maladroit pour parler de Dieu) et autres représentations (rares dans le protestantisme), les prédications et messages : tout est fait pour stimuler votre foi et votre réflexion personnelle. Effectivement.

Et c’est pour l’église, et le pasteur que je suis, une question essentielle, un soucis permanent. Donc vraiment tant mieux que vosu ayez votre foi, votre façon de la vivre, de vous approprier cette recherche. Heureusement, que les prédications ne restent pas gravées dans votre cerveau, elles sont faites pour être digérées, déconstruites, et nourrir un moment votre démarche, mais ensuite, c’est bien que votre digestion la fasse disparaître, la convertisse en énergie pour votre propre cheminement, et que vous rejetiez ceq ui, dans cette parole, ne vous correspondait pas ce jour là.

Par exemple la figure du Père. Vous pouvez tout à fait préférer la figure de la mère (on parle souvent de la « miséricorde » ou de la « compassion » de Dieu, cela correspond dans cette culture à une figure féminine de tendre amman prenant son enfant dans les bras pour l’allaiter, le cajoler, le réchauffer), vous pouvez préférer la figure de l’amie fidèle, car Dieu est cela aussi. Et donc, à la volée vous pouvez transposer dans votre écoute « Notre Père qui est aux cieux… » par « Notre Amie fidèle que nous avons aux cieux… » et ce sera très bien aussi.

Vous êtes plus cérébrale que sentimentale dans votre recherche ? On est ce que l’on est, à un moment donné de sa vie, vous n’avez pas à vous le reprocher et ce n’est certainement pas Dieu qui vous le reprochera. Le message de Jésus est manifestement fait pour stimuler la réflexion, en particulier avec ses paraboles et ses paroles extrêmes, qui sont un véritable défi pour la réflexion personnelle du lecteur des évangiles. S’il avait voulu, il aurait pu écrire de zoulis poèmes qui font chaud au cœur, mais non, ce n’était pas son syle. Il y a sans doute une raison à cela. C’est que stimuler la réflexion libère son disciple, alors qu’un poème est fait pour embarquer le lecteur dans une émotion qui le dépasse, cela peut faire du bien en passant, mais dans le fond : c’est plus aliénant que libérant.

A mon humble avis, vous pouvez poursuivre comme cela votre cheminement, et je pense pouvoir vous promettre que cela donnera de beaux fruits.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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2 Commentaires

  1. Guillaume dit :

    Bonjour.

    J’étais là personne qui a posé cette question parlant du  » bonus en fin de journée ».

    Malheureusement, je trouve que dans ce genre de quêtes, avec cette époque, il est difficile de trouver une stabilité d’âme tout en se sentant honnête intellectuellement.

    Guillaume.

  2. Thomas dit :

    Bonjour,
    Je suis l’un des fondateurs de Meditatio, et je me réjouis de lire que l’application vous aide dans votre parcours !
    Nous serions ravis d’en savoir plus, n’hésitez pas à nous en faire part

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