Pourriez vous développer cette notion des DEUX arbres dans le jardin d’Eden … Et où est l’amour de Dieu dans les conséquences de la chute ?

Par : pasteur Marc Pernot

tête de serpent bizare - Photo by David Clode on Unsplash

mille livres ne suffiraient pas à épuiser la lecture de ce texte génial et fondateur

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Pourriez vous développer cette notion des DEUX arbres dans le jardin d’Eden …On ne parle souvent que de celui qui a fait « chuter » Adam et Ève , ce jardin est-il seulement symbolique?
Les conséquences pour la femme des douleurs de l’accouchement, que l’homme DOMINERA SUR ELLE …et pour l’homme qu’il devra suer pour obtenir que la terre les nourrisse …présentés ainsi ne me donnent plus l’impression d’un Dieu d’amour comme je le vis au quotidien…
Je n’arrive pas à comprendre ce que je peux en tirer ???
Par contre je peux comprendre que Dieu ne veuille pas que nous soyons éternels ! Ouf!
Merci pour ce site ,
qui nous permet d’être vrai devant cette Bible ( pour moi bien souvent choquante, même si elle me nourrit aussi!) et vrai aussi avec nos tentatives de vie avec Dieu

Merci à vous pour vos éclairages et votre accueil sans jugement
Salutations

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo de lire la Bible et de vous poser des questions.

Ces textes ne sont pas des reportages sur des événements historiques, mais ce n’est pas seulement des fictions non plus. En effet, ils parlent de notre propre vie, de notre vie à chacune et à chacun, dans le présent de notre vie. Donc, oui le récit est symbolique mais il est en même temps bien réel, infiniment réel puisqu’il s’actualise dans toute vie. Dans ce texte, nous sommes à la fois Adam, Eve et le serpent qui parle, et le jardin est notre être et notre vie.

Je suis bien d’accord avec vous que la base de la base de la théologie c’est un Dieu qui est aimant, et même qui est amour c’est à dire qu’il est systématiquement et toujours positivité dans chacune de ses espérances et de ses actions pour chacune de ses créatures, et en particulier pour nous même. Cette théologie qu’a incarné le Christ est bien pour nous la clef de lecture de la Bible, des évangiles, du nouveau testament, et aussi de l’ancien testament. A travers cette diversité de styles et de sensibilités théologiques et spirituelles qui s’expriment dans ces textes anciens, nous nous attachons à faire une interprétation qui se fonde sur cette fondation.

En ce qui concerne ce récit fondateur de l’humain dans le jardin d’Eden (Genèse 2 et 3), c’est un texte absolument génial ouvrant à mil interprétations dont beaucoup sont passionnantes, nourrissantes, inspirantes (et d’autres moins, évidemment).

Je suis bien d’accord pour appeler « conséquences » et non « punitions », ce qui est annoncé par Dieu après la chute d’Adam et Eve. Pourquoi Adam et Ève ont mangé de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, alors qu’ils savaient que c’était interdit (déconseillé) par Dieu ? Le texte nous dit que c’est parce qu’ils l’ont trouvé doux à l’œil et agréable à manger, et qu’ils ont décidé que cette observation prévalait sur la façon de voir de Dieu. Voilà ce que c’est que manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : c’est vivre en prenant comme critère sa propre satisfaction momentanée pour décider si une chose est bonne ou mauvaise. Ce n’est pas que Dieu soit contre le plaisir, évidemment, puisque le jardin est appelé Eden, jardin des délices.

Seulement, il est question alors de prendre son propre plaisir comme dieu. Que ce soit pour nous le critère, la priorité ultime de notre vie. Et effectivement celui qui oriente toute son existence sur soi-même : celui-ci est condamné à souffrir et à mourir, à être bien seul. C’est ce que nous dit la théologie mais c’est également ce que nous disent d’autres branches de recherche concernant la vie humaine. La biologie nous expliquerait pourquoi celui qui ne mange que des bonbons tombera malade. La psychologie ou la sociologie nous diraient comment celui qui ne pense qu’à son propre plaisir personnel ne va pas bien et est invivable en société… C’est là dessus que Dieu, nous visitant, nous appelle à examiner quand il dit à Adam « où es-tu ? » (3:9); Où en es-tu. Une clairvoyance simple devrai nous permettre de saisir qu’en se prenant soi-même pour Dieu, un tant soit peu, on n’est pas sur la meilleure des voies possibles. Ce n’est
pas que Dieu nous en garderait rancune (ce n’est pas son genre), mais c’est nous-même qui sommes alors à côté de la plaque. Les conséquences annoncées sont à mon avis dans ce registre :

  • Quand on se prend soi-même et son plaisir comme dieu, il est insupportable de donner de la vie, d’accoucher c’est à dire de créer un autre être vivant qui a une valeur en dehors de nous-même.
  • Quand on se prend pour dieu, tout devrait nous être dû : travailler un tant soit peu est une souffrance, une peine.
  • Adam représente la dimension terrestre de l’humain (Adam vient d’adamah, la terre en hébreu), et Ève est la vie, la vie vivante de l’humain. Quand on se prend soi-même et son petit plaisir comme dieu, notre vie vivante, notre souffle est comme asservi par les désirs de notre corps, nos instincts. Adam domine sur Ève au lieu d’être en duo.

Ce n’est donc pas une question de « péché originel » (légende inventée au IVe siècle par Augustin), mais c’est le péché ordinaire d’égoïsme, d’égocentrisme qui est notre lot à tous, et dont le projet de Dieu est de nous aider à nous en libérer.

Toute la question est de savoir ce que nous avons en réalité au milieu de notre jardin. Qu’est-ce que nous plaçons au centre de notre être, de notre souffle, de notre vie. Les deux arbres présentent une alternative.

  • Au départ, l’arbre qui est au milieu est l’arbre de vie (2:9). C’est avoir la source de la vie, Dieu, au centre de notre être, de notre vie très concrètement. Ce n’est pas vivre qu’en Dieu, mais c’est le fait de l’avoir au centre, comme cœur.
  • Au moment de la chute, l’humain place au centre (3:3) l’arbre interdit de la connaissance du bien et du mal. C’est placer au cendre de sa vie, de ses choix, de son inspiration notre seul plaisir perso.

Donc, dans un sens, il y a un seul milieu dans notre jardin, et ce qui est en question est de savoir quel de ces deux arbres nous avons choisis comme centre de notre jardin. Bien entendu, nous avons tous à la fois plus ou moins les deux, au centre de notre jardin. Car nul être ne pourrait vivre sans avoir au moins un peu en lui de la source de la vie, et nul ne pourrait subsister concrètement s’il n’y avait pas des moments où il devait se centrer sur lui-même, nbe serait-ce que par un instinct de survie qui est bien nécessaire parfois.

Donc, ayons tranquillement, sereinement confiance dans l’amour de Dieu. Il ne nous interdit pas l’accès à l’arbre de vie, la fin du texte peut être comprise comme disant que Dieu en garde l’entrée et la balise d’anges de lumière, pour nous guider. Dieu est à son affaire. Il vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. F. dit :

    Bonjour M. Pernot,

    D’abord merci de m’avoir répondu aussi rapidement et individuellement!!
    Je ne sais pas comment vous faites pour répondre à chacun et j’espère pour vous que vous n’êtes pas envahi de questions?

    « nous sommes à la fois Adam, Eve et le serpent qui parle, et le jardin est notre être et notre vie. » je vous cite….
    – Effectivement j’avais oublié cette clé de compréhension pour entrer dans le texte et qui me parle beaucoup mieux!
    J’ai remarqué aussi que Ève reprend la tromperie du serpent ( 1ère question à Ève ) en répétant ce qu’elle avait entendu de Dieu directement (?) ou de son homme Adam (?) mais Ève y rajoute un « ne pas y toucher »
    Dans ma vie, je me dis aussi que je pourrais renforcer les avertissements que je peux comprendre de la part de Dieu et rajouter ce que Dieu ne dit pas, peut-être pour me rassurer?

    Merci encore pour ce texte-réponse-réflexion, Ça devient plus clair pour moi.
    A une prochaine, peut-être

    • Marc Pernot dit :

      Merci pour ces encouragements !
      Vous avez raison, c’est aussi un problème d’imaginer des interdictions et des devoirs au-delà de ce qui nous est donné par Dieu. C’est une tentation religieuse, ou plutôt par une certaine façon de considérer la religion, quand on la confond un petit peu (ou beaucoup) pour Dieu.
      Lui, il vous bénit et vous accompagne.

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