15 juin 2018

Le culte chrétien suscite parfois des interrogations sur son utilité et son sens véritable. Loin d’être un rite figé ou une obligation imposée pour satisfaire le divin, il se présente d’abord comme un espace de respiration offert à l’être humain. Cet article explore la perspective réformée du culte, mettant en lumière la manière dont ce rassemblement agit comme un appui essentiel au développement spirituel, favorisant la conversion intérieure et l’ouverture du cœur plutôt que le simple formalisme religieux.
Jésus allait à la synagogue comme nous allons au culte : quand il le pouvait. C’est donc qu’il trouvait un sens à cette pratique. Mais lequel ? Une fois, justement dans une synagogue, il dit une phrase qui nous donne une piste d’explication et en même temps qui met à sa juste place la religion en général, et donc aussi du culte en particulier. Jésus dit : « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Marc 2:27). Il dit cela pour expliquer son attitude que certains trouvaient trop libérale par rapport à cette excellente pratique religieuse qu’est le Sabbat juif. Cette réponse de Jésus est lumineuse, elle remet parfaitement les choses en perspective dans notre existence.
- Ce qui importe dans la religion, ce n’est pas la religion elle-même, mais c’est le projet de Dieu pour l’humain.
- La religion est un moyen qui peut être utile, elle doit être « faite pour la personne humaine », pour son développement, son cheminement, la poursuite de sa création. C’est cela qui est sacré aux yeux de Dieu, pas la religion en elle-même.
Cette phrase de Jésus, nous pouvons la décliner pour chacun des éléments fondamentaux de notre religion. Le culte est fait pour nous aider, la prière est faite pour nous aider, la Bible est écrite pour nous. Ce sont des moyens qui nous sont donnés, comme on offre un vélo d’appartement à quelqu’un qui a besoin de faire de l’exercice pour être plus en forme.
Une juste place pour l’acte religieux
Le protestantisme réformé insiste sur cette juste place du culte dans la vie du fidèle : un simple moyen fait pour la personne, mais un moyen qui peut et doit être utile. L’expérience montre que la participation au culte est très efficace pour avancer, pour approfondir sa réflexion personnelle, mais aussi sa relation à Dieu et ses relations aux autres. Cela fait depuis le VIᵉ siècle avant Jésus-Christ, à la synagogue, que l’on expérimente cette efficacité de rencontres autour de la Bible, avec des chants et des prières.
Nous voyons dans la Bible des Psaumes et des prophètes qui critiquent le côté purement formel des rites qui étaient pratiqués au Temple de Jérusalem et dans les autres lieux de sacrifices. Jésus reprend plusieurs de ces paroles, par exemple : « C’est la miséricorde que j’aime et non les sacrifices, c’est la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. » (Osée 6:6, Matthieu 9:13). Tout, dans le Temple et dans les rites du Temple, était considéré comme infiniment sérieux, important, sacré. Les prophètes, et Jésus encore plus, remettent l’acte religieux à sa place. L’acte religieux n’est pas fait pour Dieu, comme le pensaient les prêtres du temple, mais l’acte religieux est fait pour la personne, nous dit Jésus, c’est un cadeau qui lui est offert pour se développer.
Le véritable culte rendu à Dieu : l’ouverture du cœur
Le culte est fait pour la personne, pour nous. En tout, le culte au sens d’acte religieux, le rite. Mais il y a quand même un culte que l’on peut rendre à Dieu. Ce culte, c’est la conversion personnelle. C’est ce que l’on voit dans la conclusion de la parabole de la brebis perdue. Jésus dit qu’il y a « de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui change d’orientation », que cela fait plus plaisir à Dieu que 99 justes qui seraient déjà en train de chanter des Alléluyah (Luc 15:7). C’est ainsi que le véritable culte (littéralement : le service) rendu à Dieu n’est pas l’acte visible et extérieur, mais ce qui se passe à l’intérieur de chacun. C’est ce que Jésus explique aussi à une femme samaritaine : Jésus lui dit qu’à partir de maintenant ce n’est plus sur tel ou tel endroit que nous adorerons le Père, mais « en Esprit et en fidélité » (Jean 4:21-24).
L’essence du culte, c’est donc notre conversion. C’est bien entendu sans cesse à faire dans notre vie. C’est cela qui rend service à Dieu. Car cette démarche nous fait du bien, et Dieu se réjouit de nous voir recevoir la vie. C’est pourquoi le culte doit être utile à cela : nous aider à faire un pas de plus vers Dieu, ce qui, alors, donnera de la joie à Dieu. Ce n’est pas le rite en lui-même qui est un service rendu à Dieu, c’est l’ouverture des cœurs.
Mais nous, humains, avons tendance à accorder trop d’importance à ce qui est visible, à l’écorce des choses. Pour ce qui est du culte, le réglage est assez fin :
- il est bon que le culte soit assez puissant pour nous aider à avancer réellement,
- mais, qu’en même temps, ce culte ne soit pas le sommet de la vie spirituelle du fidèle, qu’il reste un simple moyen au service de la progression de la personne : dans sa relation à Dieu, sa prière, sa réflexion, dans son rapport aux autres, à sa vie.
Enracinement et élan : la dynamique du culte réformé
Pour avancer en marchant, il est utile d’avoir un pied qui s’appuie sur le sol pendant que l’autre prend le risque de se lancer en avant. Il semble qu’il en soit de même pour notre cheminement personnel. Nous avons besoin d’un enracinement solide et nous avons besoin d’un élan, d’une prise de risque vers l’avant.
Pour ce qui est du culte, s’il doit nous aider à avancer, quel sera le pôle d’enracinement et quel sera le pôle d’avancée ?
- Il me semble que le plus favorable est que le pôle d’enracinement soit dans la forme du culte : les textes de la Bible sont millénaires, les textes de prière et les chants sont centenaires. Et l’enracinement est dans la personne de Jésus Christ et dans ce qu’il a manifesté : l’amour inconditionnel de Dieu, rappelés dès les premières paroles du culte jusqu’aux dernières.
- Et que le pôle d’avancée, plus dérangeant, soit dans la prédication, avec qui les fidèles ne sont absolument pas obligés d’adhérer. Des prières peuvent aussi nous ouvrir une fenêtre de conscience nouvelle. Ainsi que le fait que nous formons alors une assemblée de personnes diverses.
D’autres églises, et c’est leur droit, ont une forme de culte moderniste sur la forme et un fond très conservateur (sur les doctrines et les morales). C’est pourquoi notre culte est délibérément dépouillé, presque austère. Nous évitions de jouer sur l’ambiance ou la sensiblerie, l’atmosphère est recueillie. La liturgie du culte cherche à exprimer cet enracinement. À travers un cadre stable et des paroles essentiellement tirées de la Bible elle-même. La prédication cherche à partir de la Bible mais en portant sur des questions profondes, abordées sans complaisance, parfois dérangeantes, le but étant plus d’aider chacun à se poser des questions, à se remettre en question que d’apporter des réponses.
Le culte comme choix et témoignage
Mais le fait même de se déplacer (un dimanche matin !) pour aller dans ce lieu étrange, avec des personnes que l’on n’a pas choisies et très diverses, pour participer à ce culte est déjà un exercice spirituel en soi, une avancée, c’est un pas de côté dans notre vie quotidienne. On peut se dire à soi-même : « Montre-moi ton agenda et je te dirai qui tu es, ce que tu vas devenir ! » Si l’on accorde une importance au fait de cheminer vers Dieu, il est normal d’y consacrer le temps qui nous semblera adéquat. C’est ainsi que des personnes parmi les plus grands intellectuels comme Paul Ricœur et Théodore Monod, qui avaient déjà quelques moyens de penser par elles-mêmes, allaient au culte régulièrement. C’est un choix, celui de faire une place à Dieu. C’est une démarche, et c’est un témoignage.
Quand nous allons au culte, peut-être que ce jour-là, les chants ne nous plairont pas, peut-être que la prédication ne nous parlera pas, mais le fait même d’avoir creusé un espace dans notre emploi du temps, le fait même d’avoir espéré avancer grâce à Dieu et d’être sorti de chez nous pour aller avec les autres, cette démarche portera son fruit en nous et pour les autres.
Finalement, le succès indéniable du culte dominical est peut-être là. Cela expliquerait que parmi les activités de notre église, la plus suivie ait toujours été le culte, et cela reste ainsi aujourd’hui. Les techniques modernes de communication élargissent encore ce succès, puisque sur notre site Internet aussi, les textes, vidéos et audios de culte ou de prédications sont de très loin les pages les plus visitées.
Le rassemblement spirituel au-delà du temple
Et pour la personne qui a du mal à venir physiquement au culte, ou qui aurait du mal encore à franchir le pas en se déplaçant physiquement ? Ce site internet peut aider, la radio Suisse romande (RTS) peut aider. Mais c’est vrai que cela ne remplacera jamais la puissance qu’a le rassemblement physique dans un temple.
Rien de tout cela n’est possible sans votre participation. C’est ensemble que nous faisons le culte. Et c’est par la foi, dans le secret de notre espace intérieur, que nous rendrons un culte à Dieu, celui de la miséricorde et de la conversion.
En pratique : toute personne qui le désire, croyante ou non, en recherche ou par simple curiosité, une fois ou à son rythme… peut participer à n’importe quel culte protestant. S’il y a une Sainte-Cène (communion) au cours de ce culte, il peut participer ou non. Voir cette page pour plus de détails.
Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3),Voir aussi le Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)
Études
- À quoi sert le culte ? Un moyen au service de l’homme – En pratique comment ça se passe.
- Une femme conduisant le culte au IIIe siècle (catacombes de Rome)
- Être chrétien pratiquant : Trouver son rythme, rester souple et tenir bon
- « Tout ce que vous faites, faites-le de toute votre âme, comme pour le Seigneur » (Paul aux Colossiens 3:23 )
Vos questions concrètes
- Quelles sont les différences dans les différents cultes protestants et catholique ?
- Organiser un culte entre amis : guide pour une vie spirituelle partagée
- Le culte, c’est obligatoire ?
- Je vais au culte, on lit la Bible et partage la Cène, puis on se dit au revoir, ce n’est pas comme une famille ?
- Pourquoi aller au culte est une pleine expérience de vie, par le philosophe Olivier Abel
- Culpabilité et foi : est-ce grave de ne pas aller à la messe ?
- Dieu a-t-il besoin qu’on l’adore, qu’on le loue. Et si oui, pourquoi et de quelle manière ?
- Je n’assiste plus à une quelconque célébration, j’ai pourtant essayé diverses formes…
- Pourquoi les chrétiens se réunissent-ils le dimanche et pas le samedi comme dans le Décalogue ?
En écho à ce texte :
-
À quoi sert le culte ? Un moyen au service de l’homme – En pratique comment ça se passe.
-
Jésus leur dit « Le sabbat a été fait pour l’humain et non l’humain pour le sabbat… » (Marc 2:27)
-
Le culte, c’est obligatoire ?
