Je ne pense pas que Jésus est Dieu, mais cela me donne le vertige d’abandonner ce dogme.

Par : pasteur Marc Pernot

Parapente au dessus d'un lac (illustration de vertige) - by Tomasz Szustek  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/41136313@N04/3858218325

Question d’un visiteur :

Monsieur le pasteur,

Arrêter de croire qu’il existait un système « tout cuit » qui permettait de comprendre le monde et d’articuler les différentes question de l’Homme a été un coup pour moi. Je ne savais plus comment articuler mon exigence de réalité et la radicalité de ma recherche de sens, de l’Eternel. Ma formation cette année m’a énormément fait réfléchir et le fait de vivre et de travailler dans un contexte culturel très différent, auprès de personnes en détresse n’arrête pas mon envie (bien au contraire) de mettre ma vie et ma foi à l’épreuve du sens.

J’ai bien lu vos articles « Christ » et « Jésus », j’ai aussi lu un certain nombre d’articles du blog traitant plus ou moins de ce sujet. Selon mon interprétation, l’Ascension est symbolique, Jésus est mort est bien mort. Mais alors, si Jésus est mort, la Résurrection elle-même serait symbolique ? Je surinterprète mais peut-être, mais ça correspondrait bien à ma foi. De plus, au détour d’un café après le culte, j’ai entendu (d’une oreille non initiée) que la tradition réformée faisait une différence entre Jésus (la personne) et le Christ (fonction). Tout ça me questionne. Dans l’Eglise catholique, il m’a toujours été répété que la Résurrection était le cœur, le sens de la foi chrétienne, de notre joie présente et de nos espérances. Alors qui est Jésus ?
Je peine aujourd’hui à croire à la divinité de Jésus. Il me semblerait plutôt que Jésus, sans être Dieu, transpire et rayonne de l’Eternel. Peut-être par la grâce reçue, par sa mission ou par sa vie. Peut-être parce qu’il a réussi à être davantage humain. Je crois que Jésus incarne réellement quelque chose. Mais peut-être qu’en n’ayant même pas existé il pourrait l’incarner tout autant. Un homme venu nous parler de l’Eternel, venu nous parler de nous-mêmes, d’une alliance.

J’ai du mal aussi à croire qu’il ait été nécessaire d’effectuer un sacrifice pour le salut du monde. J’ai été souvent retourné par l’annonce de la grâce en début de culte. La grâce non comme une conséquence mais comme un commencement, un point de départ, un possible possible. Dieu fait homme, le sacrifice, etc. pris tels quels me semblent être des réponses trop simples, n’allant pas assez loin.

C’est très personnel et je ne condamne aucune foi, je cherche. J’ai du mal à ordonner tout ça, car ça bouscule tout ce en quoi j’ai pu croire jusque-là. Si Jésus n’est pas Dieu j’ai l’impression de ne plus être tout à fait chrétien, que le reste du message s’émiette. Soit je me trompe complètement, soit il me manque une clef de lecture. Que faire de la trinité, de l’incarnation (« Dieu s’est fait Homme pour que l’Homme soit fait Dieu » ai-je pu lire) et du prologue de Jean par exemple ? En Jean 3, Jean parle du Christ comme venant du Ciel, que le Père a tout remis entre ses mains. Est-il le verbe qui était auprès de Dieu, « Dieu né de Dieu, lumière né de la lumière » , « Fils Unique engendré » qui donne la vie éternelle (Jean 3) ? Est-il seulement « le Christ, le Fils du Dieu vivant » comme le répète Pierre ? C’est une réponse suffisante pour moi et déjà immense. Pourquoi alors « fallait-il » qu’il s’en aille à Jérusalem, soit rejeté par les anciens, y souffre beaucoup et y meure (Matthieu 16, 21, Marc 8, 31). Il me semble qu’il y a une réalité derrière tout ça, mais que ce n’est peut-être pas la plus évidente. Qu’il me faut creuser et, peut-être, me laisser creuser encore. J’ai bien lu l’article qui parle de Jésus de Nazareth et de la mission reçue…

J’imagine qu’il faudrait une prédication, un livre ou une vie entière pour répondre à ces questions. J’en suis désolé mais je ne peux pas poser ma question à moitié, sans prendre aussi quelques lignes pour me présenter. Vous aurez peut-être quelques minutes pour me donner un petit éclairage, une orientation ou un conseil de lecture ?

Bien sincèrement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

Bravo pour votre question si intéressante et fondamentale, et encore plus pour votre  démarche qui est belle, spirituellement, existentiellement et intellectuellement.

C’est vrai qu’il y a comme un vertige, souvent, à s’ouvrir à une foi qui est :

  • en cheminement plutôt que gardée en sécurité dans un écrin de dogmes,
  • mettant en tension, en dialogue fécond, la théologie et les sciences humaines, la foi et l’intelligence
  • s’ouvrant au dialogue respectueux avec les autres confessions chrétiennes, les autres religions, et les philosophies

Cela donne, comme à Pierre qui ose s’avancer hors de la barque pour marcher sur l’eau, parfois des moments délicats où l’on prend peur, car la mer est profonde et parfois agitée. Mais comme lui, la mystique nous est une dimension indispensable, et nous pouvons prier en Christ « Seigneur sauve-moi » et nous laisser prendre par la main, et sentir alors que ce vent qui nous faisait peur était le souffle de Dieu, souffle de création, de bienveillance, de bénédiction sur nous, et que nous n’avons rien à craindre, même du chaos du monde.

Oui, nous connaissons le doute et l’incertitude, mais la confiance dans l’amour de Dieu est plus forte que tout, et la sincérité que permet un tel enracinement, est une qualité essentielle, à mon avis pour laisser Dieu travailler en nous.

Mais la plupart du temps, cette difficulté de passer à une foi en cheminement ne dure pas bien longtemps, et au bout de peu de temps les bénéfices de cette nouvelle façon de vivre sa foi apporte d’extraordinaires fécondités. Car alors, notre sécurité, notre confiance repose sur la grâce de Dieu, et non plus sur des images humaines aussi belles soient elles (l’église, les dogmes éternels, la morale toute faite). Et il y a une vraie force à pouvoir constamment approfondir, réviser, améliorer sa pensée, l’enrichir de nouvelles connexions.

La Résurrection elle-même serait symbolique ? Certains chrétiens le pensent. On peut le penser. Personnellement, je ne pense pas que ce soit seulement symbolique, mais elle ne se situe seulement pas dans le domaine de la chimie des protéines. Si Jésus était seulement revenu dans son corps fais de sang et d’os, ce ne serait pas la « Résurrection », mais la réanimation d’un cadavre. Ce serait spectaculaire, certes, mais sans quelconque rapport avec notre salut. Ce serait juste un petit bonus de vie de 40 jours. C’est bon à prendre pour lui et ses proches, mais rien d’essentiel pour eux, et encore moins pour l’humanité et pour nous. Ce ne serait qu’une anecdote dans l’histoire. Or, comme vous le dites, dans les évangiles et dans la pensée chrétienne la résurrection du Christ est quelque chose de plus important qu’une simple anecdote mais quelque chose qui est présenté comme essentiel pour l’humanité.

Bien des théologiens catholiques et protestants lisant les évangiles et les autres écrits du Nouveau Testament en concluent que la Résurrection du Christ est une expérience de foi des disciples. Dans un sens ce sont les disciples de Jésus qui sont alors ressuscités dans ce qui s’est passé suite à l’exécution de Jésus sur la croix. Par exemple, Paul présente son expérience mystique sur le chemin de Damas comme un épisode de la résurrection du Christ (1Co 15:8) alors que cela se passe longtemps après « l’Ascension » où le corps du Christ est censé être monté au ciel (si on lit ce récit au sens matériel). Alors, le Christ ressuscité est-il vivant physiquement ? Lors des apparitions de Jésus aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, le Christ n’a pas une apparence physique qui ressemble au Jésus en chair et en os, et il disparait en un clin d’œil (Luc 24) alors que si les deux disciples avaient retrouvé physiquement leur maître bien aimé comment l’auraient-ils laissé s’évanouir dans la nature sans le suivre ???  Ailleurs le Christ ressuscité passe à travers les portes fermées… Mais finalement, qu’importe si Jésus a été ressuscité comme ceci ou comme cela, cela concerne la vie des témoins de l’époque, pour nous qui vivons 2000 ans après l’essentiel est que le Christ soit pour nous ressuscitant, comme le dit Jésus à Marthe (Jean 11:25), comme il l’a été pour Paul sur le chemin de Damas : vivant par la foi, par la mystique, et ensuite par la théologie et la philosophie, par une espérance vivifiante, par une théologie libérante, par un exemple inspirant. La question pour nous est donc de saisir que Christ est la résurrection et la vie, aujourd’hui pour nous, et d’en vivre, d’en être plus vivant, nous, maintenant, alors que nous sommes dans cette vie présente, dans ce monde, et que notre vie soit si profonde et vraie qu’elle soit même plus forte que la mort.

Et ce n’est pas symbolique. Parfois, cela se vit comme ce que certains appellent la résilience, c’est aussi une naissance à un état de soi-même plus vivant, unifiant les différentes dimensions de notre être, donnant une façon d’habiter ce monde, notre corps et nos faculté de façon qui apparaissent à ceux qui vivent cela comme plus vivante, mobilisant un enthousiasme et une créativité insoupçonnée… Mais je ne voudrais pas laisser penser en disant cela que nous pensons que les athées ou les croyants d’autres religions vivent une vie amoindrie. Peut-être y a-t-il d’autres façons de devenir soi-même, ce n’est pas la question, mais en tout cas la foi en Christ est un chemin formidable de naissance à soi-même. Et donc la résurrection n’est pas seulement symbolique, mais ce n’est pas seulement un fait qui est arrivé il y a 2000 ans, c’est quelque chose qui est en rapport avec cet homme Jésus et qui permet d’être éveillé, mis debout, guéri, rendu vivant plus intensément aujourd’hui. Et la résurrection, la nôtre grâce au Christ, et celle de l’humanité, est bien le cœur de la foi chrétienne.

Effectivement, « Jésus » est le nom d’un homme qui a existé historiquement, et « Christ » est une fonction. Avec une minuscule, « christ », il s’agit de quelqu’un qui est embauché par Dieu pour accomplir une mission, et nous sommes tous appelés à l’être, et nous le sommes tous au moins un peu. Avec une majuscule, « Christ », est le sauveur ultime de l’humanité, c’est une vocation unique dans l’histoire. Et oui, nous pensons que Jésus avait cette vocation et l’a assumée, et a reçu de quoi l’accomplir, et qu’il a fait le job. (voir cette prédication sur le Christ -avec une majuscule- et tout un peuple de christs – avec une minuscule).

Sur la divinité de Jésus, il existe plusieurs façon de la penser, et il est tout à fait possible, légitime et vivifiant de penser Jésus comme vous le dites, un homme qui transpire et rayonne de l’Eternel, ou d’une relation très profonde avec lui, qu’il incarne réellement quelque chose, l’homme véritablement humain, « à l’image de Dieu » comme le dit la Génèse, c’est à dire avec des qualités de bienveillance, de créativité, de liberté.

Les développement de la pensée chrétienne autour des notions de divinité du Christ, de Trinité sont certes légitimes, mais postérieurs à la prédication de Jésus, et même tardifs. Il n’y a donc pas de raison de se sentir obligé par cette façon d’exprimer sa foi. Les premières générations de chrétiens vivaient très bien leur foi sans cela, et cela n’est devenu obligatoire que plus de 300 ans après Jésus (quand malheureusement, un empereur romain a commencé à mêler la politique et la théologie, ce qui est toujours dangereux). S’il fallait absolument penser que Jésus est Dieu pour être chrétien, l’Evangile le dirait, non ? Or, dans l’es évangiles, il y a plein de passages qui insistent sur la différence entre Jésus et Dieu, de la bouche même de Jésus. Il n’est par conséquent pas possible de faire un absolu de passages qui pourraient faire penser que Jésus a une dimension divine. Il est donc possible de lire ces passages comme le prologue de Jean, avec l’incarnation du verbe (de la Parole de Dieu), comme parlant de l’homme a l’image de Dieu, ou d’un homme inspiré par Dieu, et non comme parlant d’un homme-Dieu.

Il y a une doctrine traditionnelle qui concerne le sacrifice du Christ sur la croix pour racheter le péché originel et autres péchés… c’est vrai. Mais cela me semble être un concept qui est absolument indéfendable au point de vue théologique et au point de vue éthique. Je pense plutôt que Jésus s’est donné entièrement pour sa mission, comme un pompier, comme un artiste, comme sœur Emmanuelle et bien d’autres… mais que sa mort n’était pas nécessaire pour que Dieu aime et pardonne, que cette exécution cruelle et injuste n’était pas voulue par Dieu. Par contre, il est vrai qu’en méditant sur ce don de soi par amour, nous pouvons un peu mieux saisir ce que c’est que la grâce de Dieu. Et cela est salutaire pour comprendre Dieu, et pour comprendre ce que c’est que vivre.

Mais je suis prêt à en discuter, bien entendu, et même avec joie.

Ce qui est certainement chrétien et vivifiant, et ressuscitant, c’est de faire comme vous le faites : de se poser des questions, de chercher Dieu, de chercher à saisir l’importance du Christ, de chercher avec cette belle sincérité, intelligence, et confiance dans la grâce de Dieu. Car c’est en se posant ainsi des questions que l’on avance, et c’est par cette sincérité que Dieu peut travailler en nous. Alors qu’en se cramponnant à des doctrines toutes faites, même si elles étaient parfaites, notre cœur et notre esprit seraient plus fermés au souffle vivant de Dieu.

Donc Dieu vous bénit

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Marc dit :

    Bonjour,

    merci pour la question et la réponse.

    Les Conciles comme le Concile de Nicée sont a priori postérieurs à la rédaction des manuscrits du Nouveau Testament à la fois les plus anciens et suffisamment complets qui nous soient parvenus, comme les papyrus P66 (Jean, en miettes sur la fin) et P75 (Luc et Jean, également en mille morceaux sur la fin). En revanche les premiers conciles sont sauf erreur de ma part à peu près contemporains des plus anciens grands parchemins de référence en majuscule grecque (codex Sinaïticus, Vaticanus…), et aussi des décisions, interventions et commandes de l’Empereur Constantin ( le Sinaïticus si bien rédigé d’une facture si propre et correspond a priori justement à une commande impériale). Et les autres manuscrits leurs sont postérieurs (notamment les manuscrits en minuscule grecque ayant servi de référence pour l’établissement du « Textus Receptus »), donc potentiellement influencés par eux selon comment les copistes ont travaillé ou selon comment leurs commanditaires leurs demandaient de travailler.

    Je ne sais pas exactement comment les manuscrits sont datés, selon des méthodes graphologiques, ou de typologie des encres, ou par des datations plus scientifiques à base de décroissance d’isotopes radioactifs ? Le papyrus P66 est néanmoins daté d’environ 200 après JC et le P75 du IIIème siècle (entre 200 et 300 après JC). On peut donc essayer d’établir ce que disent les parties des Évangiles de Luc et de Jean qui nous parvenues dans ces manuscrits, sur Jésus et sur sa distinction d’avec celui qu’il appelle son Père (Céleste) et par ailleurs Notre Père (Céleste).

    Il faut passer par le grec pour établir le texte, puis le retraduire en mot à mot.

    Jean 1,17-18 selon le papyrus P66, avec traduction rendue sans majuscules sauf pour les noms propres, comme en grec dans le texte :
    17: οτι ο νομος δια μωυσεως εδοθη η χαρις δε και η αληθεια δια ιησου χριστου εγενετο
    En effet, la loi a été donnée à travers Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues à travers Jésus-Christ.
    18 : θεον ουδεις εωρακεν πωποτε ⸆ μονογενης θεος ο ων εις τον κολπον του πατρος εκεινος εξηγησατο
    Personne n’a jamais vu dieu; dieu fils unique, qui est dans le cœur du père, est celui qui l’a fait connaître (qui en a fait l’exégèse).

    Jean 1,18 selon papyrus P75 :
    17 : idem + o dans « ο μονογενης θεος » : dieu le fils unique
    18 : idem – δε dans « η χαρις δε και η αληθεια » (δε particule de connexion, renforçant le « kai » (et), souvent non traduite)

    confirmation/divergence dans d’autres manuscrits :
    Les grands codex-parchemins en majuscule grecque confirment ce texte : Sinaïticus et Vaticanus, d’autres codex ainsi qu’un tiers environ des citations patristiques (dont Irénée de Lyon).
    En revanche, l’Alexandrinus (un peu plus tardif), la plupart des manuscrit suivants selon la critique textuelle (Novum testamentum Graece, The Greek New Testament…), et en particulier le Textus Receptus, ainsi que les deux tiers environ des citations patristiques (dont également une autre variante attribuée à Irénée de Lyon) écrivent :
    « ο μονογενης υιος », soit « Personne n’a jamais vu dieu; le fils unique, qui est dans le cœur du père, est celui qui l’a fait connaître ».

    => sur la base de ces papyrus P66 et P75, selon ces versets, Jésus Christ est donc appelé « dieu fils unique » ou « dieu le fils unique » si comme en grec on ne met pas de majuscules, dieu fils unique de Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï.

    D’autres versets insistent il me semble sur la distinction entre Jésus et Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï comme par exemple Marc 13:32 :
    περι δε της ημερας εκεινης και της ωρας ουδεις οιδεν ουδε οι αγγελοι ⸆ εν ουρανω ουδε ο υιος ει μη ο πατηρ
    « Quant au jour et à l’heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel ni le Fils: le Père seul les connaît. »
    ou encore quand Jésus dit en araméen de façon dramatique « ελωι ελωι λεμα σαβαχθανει » (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?) en Matthieu 27:46:
    περι δε την ενατην ωραν ανεβοησεν ο ιησους φωνη μεγαλη λεγων ελωι ελωι λεμα σαβαχθανει τουτ εστιν θεε μου θεε μου ινατι με εγκατελιπες
    Vers trois heures de l’après-midi, Jésus s’écria d’une voix forte: «Eloi, Eloi, lema sabachthanei ?» – c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

    Enfin Luc 10:22 est également un verset que l’on peut lire dans le papyrus P66 :
    παντα μοι παρεδοθη υπο του πατρος μου και ουδεις γινωσκει τις εστιν ο υιος ει μη ο πατηρ και τις εστιν ο πατηρ ει μη ο υιος και ω εαν βουληται ο υιος αποκαλυψαι
    Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
    Ce verset insiste non seulement sur la relation Père-Fils entre Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï et Jésus, mais aussi sur une sorte « d’enchantement » (suprasensible, métaphysique) lié à Jésus lui-même : Jésus le Fils a le pouvoir de révéler ou non à qui il veut, qui est Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï.

    En conclusion, sur la base de cette petite étude, avec notamment les papyrus P66 et P75 comme référents antérieurs il me semble à la plupart des grands conciles, il est possible de proposer une théologie proche sauf erreur de ma part des textes des évangiles les plus anciens qui nous soient parvenus autrement qu’en petits morceaux de papyrus : Jésus serait « dieu le Fils Unique de Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï », ou encore « dieu monogène, Fils de Dieu-le-Très-Haut-Notre-Père-Céleste-YHWH-Adonaï-Abinou-El Shaddaï ».

    On peut bien sûr croire comme on le souhaite, mais pour ma part, je ne souhaite me baser ni sur des Conciles, ni sur une Tradition orale, ni sur un corpus philosophique-théologique (philosophie/théologie du process par exemple) qui donnerait certains éléments d’un paradigme de départ impliqué dans l’interprétation de la Bible.
    Il me semble que ceci aboutît à une théologie subordinationniste peut-être conforme au christianisme des premiers siècles ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Subordinatianisme , https://en.wikipedia.org/wiki/Subordinationism ). En tout cas aussi proche possible il me semble des textes. Tout ceci en validant toutefois si on est d’accord ou non avec les textes, phrase par phrase, verset par verset, fussent-ils bibliques. Comme il s’agit de métaphysique, où rien n’est démontrable, pour ma part je choisis de me référer en priorité aux textes des évangiles les plus anciens-et-cependant-bien-conservés à ce jour (papyrus P66 et P75, puis codex Sinaïticus, puis codex Vaticanus, puis Alexandrinus, Ephraemi Rescriptus, et Bezae, le codex Bezae semblant remonter à une tradition (Irénée de Lyon ?) présentant des variantes assez importantes et intéressantes).

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