A ton vraiment le libre arbitre dans notre vie ? Ou elle est juste comme un film qui se déroule ?

Par : pasteur Marc Pernot

un homem hésite entre deux chemins entre des grands arbres - Photo by Caleb Jones on https://unsplash.com/photos/J3JMyXWQHXU

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur.
Depuis un certain temps je me pose cette question de savoir si on vraiment le libre arbitre dans notre vie. Si on part du fait que Dieu est le tout puissant alors cela impliquerait qu’il sait ce qui arrivera dans ce monde futur. Cela impliquerait alors que notre vie est alors déjà toute tracé et qu’en réalité on n’a pas d’influence sur notre vie mais que c’est juste comme un film qui se déroule. Peut on alors dire alors que c’est nous qui décidons dans notre vie?
Junior

Réponse d’un pasteur :

Cher Junior

Que Dieu soit « tout puissant » est une légende urbaine. Ou un fantasme très, trop humain. Avec l’image d’un Dieu qui peut faire tout en n’importe quoi selon son bon désir.
En réalité la Bible ne dit pas que Dieu est tout puissant. Sauf en ce qui concerne la fin des temps, alors là oui : cela veut dire que le but est qu’en définitive tout entre dans le plan de Dieu, tout soit bon, juste et parfait. Mais ce n’est pas demain la veille. C’est ce que dit Jésus dans son « Notre Père », il espère que la volonté de Dieu soit faite, ce qui suppose qu’elle ne l’est pas. Que Dieu ne soit pas TOUT puissant ne veut pas dire qu’il ne serait pas puissant. Il est seulement en train de créer l’univers entier, c’est quand même une sacrée puissance. Mais pas une TOUTE puissance. Il appelle une évolution, et à notre échelle de temps, à nous dont le passage est si éphémère cela parait un temps long. Sa puissance est une puissance de suggestion, de soin, d’appel. Il ne tire pas si directement les ficelles. Ni avec l’humain, ni avec le climat. Quand il pleut ce n’est pas Dieu qui a fait pleuvoir, ce sont les phénomènes météo et les circonstances, avec une part de hasard, d’indétermination.

Certaines personnes disent que Dieu aurait abandonné une part de sa (toute)-puissance pour que l’humain ait la liberté. C’est au moins cela. Mais là aussi, c’est exagéré de dire cela, car cela porte une accusation grave contre Dieu : celle de non assistance à personne en danger. Quand un enfant meurt de faim (il y en a hélas des millions), ce n’est pas que Dieu ne fait rien, c’est que dans l’immédiat il ne peut pas mettre un pain et un poisson sur la table devant cet enfant. Quelle liberté de l’humain protège-t-il en laissant cet enfant mourir de faim ? A mon avis ce n’est pas cela et c’est même précisément l’inverse. Dieu a besoin de nous pour augmenter sa puissance de faire du bien à très court terme. Il a besoin de nos mains, de notre créativité, de notre liberté d’entreprendre pour faire du pain, pour pécher des poissons et pour penser précisément à cet enfant qui meurt de faim.

C’est ainsi que Dieu a créé des créatures capable de créer, à son image. C’est infiniment mieux que des machines qui fonctionneraient impeccablement, car la liberté de l’humain démultiplie la créativité, et donc le bien et le beau. Potentiellement, si l’humain n’en profite pas pour faire n’importe quoi. Bien sûr. De sorte que Dieu est parfois bien surpris sur ce décide de faire la personne. C’est ce que nous montre bien des passages de la Bible, où Dieu laisse la liberté à l’humain, et est par la suite fort étonné de ce que l’humain a fait, ce qui amène Dieu à réagir. C’est le cas par exemple pour Adam et Eve en Eden, mais aussi pour l’humanité au temps de Noé avant et après le déluge, ou l’humanité à Babel, et vis à vis d’Abraham dans son lent processus d’intégration de la promesse dans son propre cheminement. C’est le cas aussi à la fin d’Exode 2 quand Dieu entend les gémissements des hébreux, ou avec Samuel quand les hébreux demandent un roi ce qui semble une fort mauvaise idée à Dieu…

Donc notre avenir n’est pas tracé, n’est pas écrit d’avance.
Dieu nous laisse libre, espère notre créativité, accompagne ce que nous avons choisi de faire, afin d’améliorer encore, ou de revenir vers de meilleurs sentiments, parfois.

Ensuite, est-ce que nous décidons de notre vie ?
Quand nous décidons, nous faisons ce qui nous passe par la tête, mais est ce que nous avons choisi ce qu’il y a dans notre tête au moment où nous décidons ?

  • Peut-être pas tellement à court terme, je le reconnais. Un peu quand même.
  • Par contre, à moyen et long terme, oui. Ce qui sera dans notre tête demain, nos références, ce qui qui compte pour nous, notre élévation de sentiments, de réflexion, de pensée : tout cela se travaille aujourd’hui et fera que demain je serai légèrement différent, et la personne que je serai dans un an : je ne la connais pas encore, et elle dépend, elle, profondément de ce que j’aurai choisi de vivre et de chercher. D’un travail sur moi-même, des personnes que j’aurai rencontrées, de l’effort de lucidité et d’orientation que j’aurai fait dans la prière. De ce que j’aurai permis à Dieu de soigner et de nourrir dans non être intérieur tout au long de cette année.

Donc oui, absolument, on peut dire que nous sommes partie prenante de ce que nous devenons. Et de là : que nous avons une grande influence sur la suite de notre vie.
Et c’est une chose sur laquelle que nous pouvons grandement aider nos enfants : à les encourager à travailler cette démarche d’intérioroté, de prière et d’élévation par laquelle ils seront acteurs de la personne qu’ils deviendront. Co-acteur de leur propre genèse avec Dieu.

Que Dieu vous aide, et vous accompagne, excellent Junior.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. Visiteuse dit :

    Cher Marc,

    Je voulais vous remercier pour la réponse à cette question. J’ai lu la question, j’ai lu votre réponse. Et m’est venu à la mémoire une situation vécue par notre fils lors d’un camp dit « chrétien » à l’âge de 16 ans. Torturé par des questions religieuses et en quête d’identité, il avait posé la question à son moniteur : Dieu a-t-il un plan pour nous ?

    Le moniteur lui avait répondu : tu ne poses pas les bonnes questions. Y aurait-il donc des bonnes et des mauvaises questions en théologie ? J’étais mal pour mon enfant. De plus, je n’avais pas les outils théologiques pour répondre à cette question qui me préoccupait moi-même.

    Aussi, près de vingt ans après cet incident, j’ai envoyé le lien ci-dessus à notre fils. Il a lu votre commentaire sur cette notion de libre arbitre et m’a écrit : c’est chouette sa réponse

    Tout ceci pour vous remercier de prendre la peine de répondre aux questions posées sur votre site. Comme quoi, l’Esprit de Dieu souffle où il veut, quand il veut, même vingt ans après, au moment opportun.

    Avec mes cordiaux messages et mes remerciements réitérés

    • Marc Pernot dit :

      Mer(ci pour cet épisode qui rappellera des déconvenues semblables à bien des personnes, je pense.

      Pédagogiquement, je pense que tout le monde sera d’accord pour dire qu’il est nocif de répondre à un jeune qui pose une question sincère que sa question n’est pas valable.

      Dans un cadre chrétien, en plus : c’est aller diamétralement à l’inverse de la grâce qui affirme que l’expression et la prière de chacun est a priori entendue et accueillie par Dieu avec bienveillance, qui y répond ensuite à sa façon, bien entendu.

      En général, quand un professeur, un catéchèse, un prêtre ou un pasteur, un théologien ou un bibliste réponde que la question est mauvaise, c’est qu’elle l’embarrasse, que sa propre théorie se trouve dans une impasse, une contradiction, une absurdité qui l’empêche de répondre. Comme cela peut sembler inavouable à une personne qui se prend pour un grand personnage détenant la vérité, il lui arrive de répondre que la question est mauvaise ou répond en bottant en touche quelque chose comme « c’est le grand mystère de la foi ». Cela est par conséquent un utile signal à repérer pour reconnaître que la question était, en réalité, extrêmement pertinente. Plus que l’enseignement du maître arrogant.

      Dieu vous bénit et vous accompagne

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