Question inspirée par la lecture du livre « L’âme de la vie » du Rabbi Haïm de Volozine

Par : pasteur Marc Pernot

Couverture du livre aux éditions Verdier - https://editions-verdier.fr/livre/lame-de-la-vie/

L’âme de la vie (Nefesh HaChaim) Editions Verdier

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je viens de lire un livre magnifique de la tradition juive : « L’âme de la vie » du Rabbi Haïm de Volozine (éditions Verdier) – avec une préface de Lévinas qui m’a fait littéralement pleurer, tant il élève la responsabilité humaine à son sommet.

Ce livre portant sur l’importance de l’Etude, ( qui passe par toute la tradition, du Talmud au Zohar…le tout avec une cohérence époustouflante ) décrit en quelque sorte la relation de l’homme à la Torah, écrite et orale et ses implications pour le monde.

Peut-être fais-je des analogies trop facilement, mais je n’ai pas pu m’empêcher de comparer le Christ en tant que « Parole faite chair » à la Torah.
Je m’identifie un peu à la problématique des actes au sujet des gentils. Je suis un homme des nations qui par le baptême s’est fait adopté, greffé. Mais à qui ou à quoi? Mon sentiment est que la figure de Jesus ( celle des évangiles) est « verbe » ou « parole », parce qu’il serait l’incarnation exemplaire de la Torah. Je ne parle pas seulement de la Loi écrite, mais aussi de la tradition orale reçue au Sinaï. Ce qui explique le rôle de Paul comme apôtre des nations, puisque le Christ nous donne accès au Dieu des juifs. Mais cela suppose une lecture de ses actes et de ce qu’il serait selon un sens « juif ». Je prends un exemple : Fils est un jeu de mot avec Graine, et c’est la première syllabe de Bérechit, le commencement. Ce n’est qu’un indice parmi mille. Je m’exprime avec difficulté ici, et il est difficile de faire court tant un bombardement de notions me vient à l’esprit. En somme, est-il juste de voir Jesus comme le pendant, pour ceux qui le reçoivent ,de la Torah ( au sens que lui donne les juifs, c’est à dire orale et écrite). Il me semble même avoir lu que la Torah est « engendrée » et non « créée », ce qui force l’analogie!

Ce qui suppose de ne pas l’adorer comme un Dieu, mais de le « Suivre » ou passer par Lui pour avoir une relation avec YHVH? Ce qui explique aussi l’importance du premier testament dans le canon? N’est-il pas descendant de David, comme le seraient les Psaumes? Tous ces actes ne consistent-ils pas à réintégrer dans « Israel »? ( je pense aux morts, à la lèpre, la brebis égarée, la samaritaine, le centurion : que des « exclus » réintégrés, comme moi!)

J’aimerai beaucoup savoir ce que vous en pensez. Merci !

Réponse d’un pasteur :

Bonjour, et merci pour ce très intéressant message. Cela me donne vraiment envie d’acheter ce livre et de le lire.

Je suis bien d’accord avec vous, Christ n’est pas donné pour que nous l’adorions, mais pour que nous le suivions (Jean 14:6), et même plutôt que nous le mangions ! (Jean 6, Matthieu 26:26…), que nous le mangions comme le rouleau de la Bible dans Ezéchiel 3, Jérémie 15:16, Psaume 19:11… le manger, voire le ruminer, murmurer jour et nuit (Psaume 1er) la parole faire chair en Christ (Jean 1), et s’en nourrir profondément. Il s’agit alors de bien plus que de le suivre comme un mouton, mais de le faire sien, de se laisser transformer pour être christique, à notre façon. Il ne s’agit pas seulement de suivre le Christ en ayant ses gestes ou ses mots, mais le suivre dans notre être même, dans l’incarnation de l’espérance de Dieu dans notre propre être, dans notre capacité à aimer (Dieu, notre prochain, nous mêmes, ce monde, la vie). De le faire à notre façon, avec notre sensibilité propre, dans une vocation personnelle. C’est pour cela que l’image de manger le rouleau du livre, ou de manger le Christ, est une image intéressante. Car manger signifie prendre dans sa bouche, il y a comme un appel à prononcer ses paroles et dire sa vie, puis à mâcher. Mâcher c’est à dire les déconstruire lentement, afin d’en goûter la saveur, et se préparer à intégrer ce qu’il y aura de nourrissant pour nous. La digestion prenant ce qui nous manque pour notre propre développement et comme énergie pour  avancer et pour agir. Il n’est pas bon d’avaler tout rond même la meilleure des viandes.

Oui, le Christ a pour vocation de chercher toute personne, de toutes les nations. Cela fait partie de la définition même de ce qu’accomplit le Messie, réalisant la promesse dont parle la bénédiction d’Abraham (Genèse 12:3; 18:18…). Mais je ne pense pas s’il s’agisse d’une réintégration (dans Israël), mais plutôt d’un élargissement (de l’alliance), et de la connaissance de l’Eternel (connaissance non pas au sens seulement cérébral du terme, mais connaissance en terme de relations et d’inspiration de notre être). La réintégration serait une sorte de recroquevillement, une perte de l’identité des personnes, de notre personnalité, et de la culture des peuples. Ce n’est pas nécessairement une question d’appartenance à telle ou telle religion, telle ou telle observance religieuse. À mon avis, en Christ, Israël reste Israël avec sa vocation particulière d’être lumière pour les nations. Loin d’anéantir cette vocation, Jésus l’amplifie, la déploie. Chacun a sa vocation, chaque groupe, chaque personne, à chaque moment de son histoire. Et le salut du Christ, qui était effectivement juif, dépasse le cadre du seul peuple juif pour toucher toutes les nations, et en faire un seul corps, même s’il y a plusieurs membres visibles. C’est une unification par l’intérieur, par l’Esprit, le souffle de Dieu, et le soucis mutuel entre membres différents.

Cet élargissement, c’est ce que dit à sa façon imagée le récit du voile du temple qui se déchire à la mort de Jésus en croix (Mt 27:51). L’humanité entière n’est pas comme aspirée subitement pour que tout le monde tienne miraculeusement dans le petit espace du saint des saints du temple de Jérusalem, nous y serions formidablement compactés, écrabouillés. Mais au contraire, en Christ, le voile du temple est ouvert entièrement, de haut jusqu’à tout en bas, c’est l’inverse d’une profanation du saint des saints, c’est Dieu lui même qui sanctifie le monde entier, qui devient le saint des saints, le lieux de la présence même de Dieu, le lieu de la prière entendue. et c’est notre être même qui devient saint des saints, et la terre sous nos pieds qui devient une terre sainte, tout aussi sainte qu’a pu l’être la colline de Sion.

Vous avez raison, nous sommes ainsi greffés dans ce corps, dans cette alliance nouvelle, et cette intégration touche même la plus perdue des brebis perdues, même le centurion romain (nécessairement plus ou moins idolâtre et meurtrier), ou le lépreux (réputé être malade du fait de son péché), ou la Samaritaine… et donc chacun de nous, par l’amour de Dieu manifesté en Christ.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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