Si Dieu n’est pas à l’origine de la mort d’un enfant, l’existence d’un chaos primitif suffit-il à expliquer le mal ?

dessin japonais montrant une vague dominant une montagne - Image par WikiImages de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher Marc,

Merci pour ces nouvelles et les questions-réponse que tu proposes. Tu vas même jusqu’à répondre à des questions hautement délicates (mort d’un enfant) et je te remercie pour tes réponses édifiantes et consolantes. En ce qui me concerne, j’ai été « éduqué » à croire que Dieu est à l’origine de tout, même des drames, des deuils… Et voilà que tu exprimes si bien que Dieu n’est pas à l’origine de la mort d’un enfant. Alors j’ose une question : Si Dieu n’est pas à l’origine de la mort d’un enfant, l’existence d’un chaos primitif (qui viendrait de où ?) suffit-il à expliquer le mal sur la terre ? Merci pour ce que tu pourras me dire, j’ai moi-même (et mon épouse) perdu un enfant au huitième mois de sa grossesse. Résidu du chaos, de quel chaos ?

Je te souhaite une année bénie à l’écoute de ceux qui t’écrivent dont je fais désormais partie. Que Dieu continue de t’inspirer, de te donner la sagesse et l’audace d’une parole vivante et non consensuelle.

Bien fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

D’abord, une grande compassion pour vous et le deuil de cet enfant, c’est bien entendu un des drames les plus terribles de la vie humaine.
Ensuite, merci pour tes encouragements. C’est précieux pour moi, et c’est fraternel de ta part.

Il est vrai que je ne peux pas imaginer Jésus égorger un enfant. Jésus révélant par ses actes qui est Dieu. L’idée que je me fais de Dieu ne permet pas une seconde d’imaginer que Dieu serait derrière la mort d’un enfant. Quelle horreur.

Pour tuer des enfants, il y a des humains, c’est vrai, et nous le savons. C’est une grande cause de détresses. Il me semble qu’il y a aussi du chaos dans la nature. Que la création est en cours d’achèvement par Dieu, et donc qu’il reste une part du chaos primordial, comme en attente d’organisation, d’harmonisation par Dieu. D’où vient le chaos ? Il vient parfois de l’humain, certes quand au lieu de créer il se plaît à détruire, il est alors au sens propre diabolique, éparpilleur. Mais si le chaos peut avoir ainsi parfois une cause, il peut exister sans cause, c’est même l’état naturel des choses quand rien n’est venue donner une certaine organisation. D’ailleurs, la Genèse s’ouvre sur ces deux réalités en présence : le souffle de Dieu et le chaos, l’abîme informe et sans aucun sens.

Je pense que c’est une grâce que Dieu nous fait de nous créer comme un être inachevé dans une création inachevée, et de nous embaucher comme co-créateur. Que serions-nous projeté dans un monde parfait, où rien ne serait à changer au risque de perturber cette perfection ? Que serait notre vie si nous pensions que Dieu est à l’origine de tout, de la santé comme de la maladie, ne serait-ce pas impie de porter des lunettes puisque ma myopie viendrait de Dieu, de me vêtir puisque mon corps sans fourrure ni plumage m’a été donné ainsi par Dieu ?

Je ne sais pas si c’est tellement original comme façon de voir la création comme inachevée et continue par Dieu. Cette idée de création continuée est présente dans de multiples passages de la Bible, par exemple le Psaume 121 où il n’est pas marqué que l’Eternel « a créé le ciel et la terre » mais qu’il est « créant le ciel et la terre », dans le présent, des paroles de Jésus comme ici ou quand il affirme que ‘mon Père n’a pas cessé d’agir jusqu’à maintenant » (Jean 5:17), le « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » de Jésus, et le « jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » de Paul… Cette conception est également exprimée par des penseurs juifs comme Philon d’Alexandrie, elle est aussi celle de chrétiens comme Clément d’Alexandrie disant que « si Dieu venait à cesser de créer le bien, il cesserait au même instant d’être Dieu. »(6e Stromates, XVI), par Augustin, bien sûr (dans son commentaire littéral de la Genèse IV.12 :23 où il parle de « création continue » par Dieu), jusqu’aux théologiens comme Bergson, Theillard de Chardin et Jürgen Moltmann (Dieu dans la création VIII)…

C’est aussi ce qu’il me semble observer dans la nature, la même vague d’un tsunami (par exemple) vient emporter des humains et des bêtes sans distinguer ni leur degré de foi, de morale, de religion, de richesse, d’âge.
Et si certains cancers sont dus à notre façon de vivre, ce n’est probablement pas le cas de ce garçon dont la vie n’a été presque qu’un combat contre la leucémie. Je me souviens avoir baptisé il y a quelques années un jeune enfant polyhandicapé dont la vie de quelques années n’a été que souffrances à cause en particulier de liquide gastrique passant dans les poumons (la souffrance de Jésus sur la croix est bien peu de chose à côté de sa vie, et d’ailleurs à côté de celle de ses parents aussi, se relayant pendant deux ou trois ans dans les hôpitaux pour l’accompagner dans ses souffrances, tout en essayant de continuer à travailler, d’accompagner leurs autres enfants, de vrais héros de l’amour).

Nous pouvons donc agir pour soulager les souffrances et diminuer les risques de catastrophes dans l’idée qu’en le faisant nous ne luttons pas contre Dieu, mais avec lui, avec son aide et dans son camp. Et qu’en faisant cela nous répondons à notre vocation.

Pour plus de détails sur cette questions de l’existence du mal, j’ai mis ici quelques pistes : https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/mal-existence-du-mal-de-la-souffrance/

Dieu te bénit et t’accompagne

par : pasteur Marc Pernot

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