La dévotion au Seigneur Jésus est courante, je me sens complètement étranger à cette pratique.

Illustration : un homme les mains jointes prie le Seigneur - Image: 'Bring me thy light O lord!!' by T. A Joseph  https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/7949225@N06/3829457277

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Voici une question qui me tracasse pas mal: pourquoi prier Jésus ou le Christ?

La dévotion au Seigneur Jésus est courante et quasi naturelle dans les églises chrétiennes, on lui adresse nos prières . Or, je me sent complètement étranger à cette pratique, je ne la comprend pas, sinon de manière intellectuelle qui considère que son humanité terrestre est présente de manière concrète auprès de Dieu comme une lecture littérale de la bible peut pousser à le faire. Une certaine théologie de la trinité peut venir renforcer cette dévotion.

Pour moi, c’est une conception matérielle de la réception du Christ en Dieu à laquelle je n’arrive pas à adhérer . Ça me paraît même faire du Christ une idole. Après ça on peut bien rendre un culte à Marie et à tous les saints!

Je pense que la résurrection de Jésus est une façon de dire que Dieu assume pleinement la prédication , les actes, la vie entière jusqu’à la mort du Christ, qu’il accueille pleinement notre humanité. Pour moi ce n’est plus une sorte de survie de Jésus dans un au-delà , dans un ciel comme le pensent encore beaucoup de catholiques, d’évangéliques et même de réformés. Il me semble que je pense les choses de manière plus spirituelle , certain dirons abstraite. C’est pourquoi je ne peux pas prier Jésus-Christ mais seulement ( si je puis dire ) Dieu, le Dieu révélé par lui.

Mais peut-être quelque chose m’échappe?

Merci de bien vouloir m’éclairer sur ce point.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Franchement, je suis absolument d’accord avec vous, prier Jésus me semble incompréhensible. Cela ne me semble pas du tout correct du point de vue théologique, voire toxique. Comme tout ce qui mène à trop confondre Dieu et l’homme, à trop « humaniser » Dieu.

La dévotion à Jésus ou au Christ est devenu chose courante dans bien des églises chrétiennes, y compris l’église protestante à une certaine époque et dans certains de nos cantiques. En général, j’essaye personnellement que les textes liturgiques que je choisis ne prient que Dieu et jamais Jésus ou le Christ. Quand je reprends un grand beau texte qui prie le Christ, je le transforme en une prière à Dieu, « au nom de Jésus-Christ ».

Contrairement à ce que veulent imposer certains, il n’est pas obligatoire pour être chrétien de penser Dieu comme une « trinité ». Dans nos paroisses, certaines personnes y sont très attachées (on a le droit). D’autres fidèles et pasteurs expriment leur foi plutôt en insistant sur l’unicité de Dieu, et divinisent moins le Christ. Et nous faisons partie de la même église, lisant la Bible et participant au culte ensemble.

Du coup, c’est vrai qu’il est possible d’entendre des prières adressées à Jésus. D’autres prient plutôt Dieu « au nom de Jésus-Christ ». La différence est assez fine, du point de vue de la foi. Je pense. Et l’essentiel est de prier. Du point de vue de la théologie, cela fait néanmoins un grande différence. Même si l’on apprécie la trinité, cela ne veut pas dire que l’on considère Jésus comme un Dieu. Car « Jésus » désigne l’homme qui marche avec ses sandales sur les routes poudreuses de la Galilée n’est pas Dieu. Cela me parait un peu osé de le prier. Il y a pour le moins un risque de confusion. Un risque d’élever Jésus à un niveau de divinité tel qu’il n’aurait plus rien à voir avec nous, ou un risque de diviniser la personne humaine pour en faire presque un dieu puisqu’on peut la prier…

Mais aussi, qu l’on soit « trinitaire ou non », pourquoi prier Jésus ? Il me semble qu’un point essentiel du message de Jésus est que l’on peut s’adresser à Dieu directement, car il n’y a rien à craindre de lui. Que, même si nous sommes pécheur nous pouvons aller à lui comme le fils prodigue de la parabole de Jésus et que Dieu court alors vers nous pour nous prendre dans ses bras et faire une grande fête pour nous recevoir dan la joie (Luc 15). Une des fréquentes motivations pour prier une autre personne que Dieu est un reste de crainte de Dieu. Si on le considère comme un juge un peu terrible, mieux vaut se méfier un peu de Dieu, ne pas trop s’approcher de risque qu’en se montrant devant lui tel que nous sommes, de qualité moyenne, avec un bilan mitigé, avec une théologie plus ou moins erronée, avec nos demandes puériles. Mieux vaut peut-être alors trouver un ambassadeur un petit peu mieux vu qui parlera pour nous au grand Dieu terrible ? Jésus leur semble plus proche, plus déchiffrable, moins dangereux puisqu’il n’a apparemment jamais foudroyé personne, au pire, nous risquons une bonne engueulade avec lui.

Il me semble important que cette peur de Dieu soit effacée par la lecture et la méditation des évangiles. Il nous montre un Dieu qui aime même ses ennemis, un Dieu berger qui ne méprise pas la pire de ses brebis mais ne se lassera jamais de la chercher, un père qui attend son enfant les bras ouverts… Mais ces paroles et ces gestes sublimes de l’Evangile ont été recouvert dans les églises, progressivement au cours des siècles, par l’idée de Dieu projetée par la figure de Zeus, moitié indifférent aux conditions de vie de l’humanité, et moitié terrible contre ceux qui lui manquent de respect.

Mais quand bien même nous serions tentés de prier Jésus (ou je ne sais qui d’autre, d’ailleurs), nous pourrions au moins suivre ce que ce Jésus nous dit sur la prière, si vraiment le Christ compte tant pour nous, et prier comme il nous l’apprend, c’est à dire de prier Dieu, ou de prier le Père que nous avons dans les cieux, de le prier si l’on veut « en son nom » à lui, au nom de Jésus.

« Prier au nom de Jésus », c’est finalement ça, à mon avis : c’est prier Dieu avec la confiance et l’espérance à laquelle nous invite Jésus. Prier « au nom de Jésus », ce n’est pas une formule magique à ajouter, comme un « sésame ouvre toi », ce n’est pas non plus prier Jésus en pensant qu’il transmettra à Dieu ce que nous n’oserions pas lui dire directement, ou qu’il n’entendrait pas bien car il aurait les oreilles un peu bouchée !

Prier Dieu seul me semble avoir un avantage supplémentaire, c’est de favoriser une bonne entente avec les autres croyants monothéistes, les juifs et les musulmans. Aujourd’hui, dans le monde où nous vivons, cela n’est pas sans importance (même si ce n’est pas pour cette bonne entente que nous serions obligés de changer notre propre foi).

Mais bon, je ne prie personnellement que Dieu seul, mais si d’autres chrétiens le font et y trouve un enrichissement, c’est qu’ils ont leurs raisons. Et je me réjouis alors sincèrement de la fécondité de leur prière. De toute façon, effectivement, Dieu est amour et la prière de chacun, qu’elle soit lancée en sa direction, qu’elle soit adressée à Jésus, à machin-truc ou même à Toutatis, chaque prière venant du cœur trouve son chemin vers lui. Et Dieu qui écoute avec bienveillance et miséricorde, travaillera à l’exaucer en cherchant à nous faire évoluer, grandir…

Bonne prière donc à vous, quelle que soit votre façon de prier. Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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