Comment définissez vous le concept d’Eglise invisible ?

Par : pasteur Marc Pernot

foule dans un paysage d'hiver et église dominante - Image: 'Winter Landscape with Ice Skaters (1608) oil paint on panel by Hendrick Avercamp (1585-1634)' by Rawpixel Ltd  https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/153584064@N07/45642521864

Question d’un visiteur :

Cher Mark,

J’ai une question de théologie à poser (en fait j’en ai pas mal, mais je commence par celle-ci) : comment définissez vous le concept d’Eglise invisible ? J’ai là-dessus ma petite idée, mais je suis très intéressé par l’avis d’un pasteur. Un grand merci.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Bravo de vous poser une telle question, assez technique, et continuer à creuser alors que vous avez déjà avancé dans votre réflexion

L’église invisible : l’ensemble des personnes appartenant au club, selon le point de vue de Dieu. A distinguer de l’église visible : l’ensemble des personnes appartenant à l’institution que les humains appellent « église ». Longtemps les deux ont été (presque) identifiées, en se basant par exemple sur le « pouvoir des clefs » donné ou censé être donné à Pierre (Matthieu 16:19), et/ou aux apôtres (Matthieu 18:18 , Jean 20:23), à supposer aussi que ce « pouvoir » signifie bien cela et qu’il soit transmissible.

Il est en général assez bien défini par une institution qui est compté comme appartenant à son église (église « visible », donc) : telle église compte par exemple les baptisés, ou les baptisés non excommuniés ? Telle autre église reconnaît ceux qui sont bien baptisés comme le veut cette église, proclame bien les croyances qu’il faut et donne ce que le pasteur demande ! Dans telle autre église, il suffit de s’inscrire dans le fichier. Dans notre église, toute personne de bonne volonté qui se considère elle même comme intéressée est bienvenue, sans que l’on exige quoi que ce soit. J’ai un petit peu réfléchi sur cette question dans cet article : Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion

Pour ce qui est de l’église invisible, c’est encore plus difficile de répondre sur ses limites car après tout, Dieu a bien sa petite liberté de considérer comme faisant partie de son club ceux qu’il désire. Là dessus aussi, les avis sont partagés entre divers théologiens chrétiens. Et entre divers textes de la Bible.

Mais il y a quand même une indication possible dans le mot même « église ». Bien d’autres mots auraient pu être utilisés, celui de communauté, celui de « justes » (faisant alors référence à une orthopraxie) ou de « fidèles » ou des « croyants orthodoxes », ou celui de « synagogue » (là où on va ensemble) mais non. Le mot « église » est un mot traditionnel dans la démocratie grecque, mais son étymologie elle-même me semble très intéressante = ek (hors de) – klèsia (appelé) = l’ensemble de l’église est l’ensemble des personnes qui sont appelées (par Dieu) à sortir de chez elles, appelées à se mettre en route. Le fait que nous soyons rassemblés par cet appel n’est qu’un fruit, un bénéfice secondaire, mais la clef, la référence serait donc l’appel de Dieu, pas nécessairement la réponse. Par conséquent, à à mon avis, l' »église invisible » est l’ensemble des humains depuis l’aube de l’humanité et jusqu’à la fin des temps.

Il me semble que c’est confirmé par l’attitude de Jésus-Christ qui s’adresse à tout le monde, et nous envoie proclamer l’appel de Dieu au monde entier (et de laisser évidemment libre de refuser à ceux que cela n’intéresse pas).

C’est aussi ce que dit l’apôtre Paul, l’inlassable annonceur de l’Evangile du Christ : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Timothée 2:4).

Je reconnais qu’il y a d’autres textes qui semblent dire le contraire, comme souvent. Et c’est là dessus que se basent malheureusement (à mon avis) certains théologiens de tous les siècles à soutenir une sorte de prédestination au salut ou à la perdition, par exemple sur la base de ce verset : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus (par Dieu) » (Matthieu 22:14). Personnellement, je pense que ce verset parle de chacun de nous, et donc aussi de moi (ce serait un peu facile de penser que ce verset ne parle que des horribles personnes qui n’ont pas accepté l’honneur de faire parti de LA bonne religion, LA bonne chapelle !). Dieu faisant appel à une multitude de bonnes dimensions de mon être et de ma vie et bien peu, fort peu de moi répond présent. Ce verset exprime que nous avons des progrès à faire pour répondre à Dieu, certes, mais que Dieu ne se lasse jamais de nous appeler, et que vous finirons bien par faire des progrès, à notre rythme, à notre façon. Nous avons une petite liste des dimensions de notre être appelées dans cette phrase de Jésus « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » (Marc 12:30).

Vous êtes donc compté par Dieu comme membre à part entière de son club d’élus, pour l’éternité. Vous y êtes unique même si vous n’y êtes pas seul.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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