Mon fils est décédé d’accident il y a 3 ans. Dans ma douleur, quel lien avoir encore avec lui ? Puis-je lui parler ?

tête et cheveux d'une femme vuus de dos sur fond de coucher de soleil sur la mer - Photo by Philipp Cordts on Unsplash

Il existe quelque chose derrière l’horizon. Sans doute.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur
Je voudrais aussi vous dire qu’une immense douleur me traverse. Mon fils Nicolas est décédé dans un accident il y a 3 ans. Ma vie a été bouleversée et ma relation avec Dieu sans doute s’est approfondie et je chemine avec cette nouvelle vie cette nouvelle relation avec mon fils. Je suis triste bien sûr mais je ne renonce pas à l’amour pour mon fils…cet amour vécu dans la chair je continue de le vivre dans ma chair… et je m’interroge…. Dans mon cœur de mère j’ai la certitude que mon fils est avec Jésus…déjà vivant… Mort ???? Ce mot ne signifie plus grand chose tant je l’aime et tant il vit en moi…. et partout dans la vie je perçois cet amour…. On me dit que le seul lien que je peux avoir avec mon fils est de prier pour lui… Pourquoi ? Est-ce raisonnable de lui parler de lui écrire à mon garçon ? Est-ce stupide ? Est-ce mauvais ? Est-ce que je dois seulement parler à Dieu ? Ce n’est pas très clair ce que je dis mais moi j’imagine Nicolas heureux et souriant avec Jésus. Je suis sûre que Dieu m’aime tant qu’il permet que notre lien d’amour soit vivant… À mon sens Nicolas n’est pas seulement en moi dans mon cœur et mon imaginaire mais réellement vivant. Ô je suis désolée de ne pas être claire. Mais j’ai encore tant d’amour à donner à mon fils et ça passe par des mots… J’ai envie de lui dire « je t’aime mon chéri que le seigneur te bénisse » est-ce que ça a du sens?

J’ai lu un peu ce que vous répondez à d’autres que moi et vous dites qu’il n’est pas question de parler aux morts…
J’ai peur d’être jugée. Ne plus pouvoir dire à mon fils que je l’aime serait pire que de mourir. Autant être morte que de m’interdire de dire à mon fils l’amour que j’ai pour lui. Je suis toujours la mère de 3 enfants. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant « maintenant je suis la mère de 2 enfants ». Je préférerais mourir.
Quand je parle à mon fils il ne s’agit pas de spiritisme mais d’un élan d’amour d’une mère envers son fils mort brutalement en tombant d’une montagne. Je ne souhaite à personne qu’un tel mal se présente dans sa vie. Or c’est ce qui m’est donné de vivre. J’ai vécu beaucoup de peines et d’injustices… Vraiment des croix très lourdes pour mes petites épaules. Et là, avec la mort de Nicolas, je vis l’épreuve majeure de ma vie. Vous dites que ce n’est pas la peine de demander à Dieu qu’il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin … Je suis complètement d’accord avec vous. Sauf, que là, j’implore la consolation. Et je suis sûre que Dieu entend et même qu’il se penche sur moi et ma misère et je suis sûre qu’il a pitié de mes larmes et je crois même que dans son amour infini Dieu permet à Nicolas de me donner des petits signes. Peut-être ça vous semble fou et mauvais. Mais moi je sais que je ne suis pas folle et que Dieu m’aime et qu’il m’aide. Et Dieu a sa façon à Lui quoiqu’en pensent les prêtres et les pasteurs. Je crois que Dieu qui n’est qu’amour et bonté a tellement pitié de moi qu’Il, Dieu, s’en fiche du dogme y compris celui qui dit qu’on ne doit pas parler aux « morts » .
Merci beaucoup

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir chère Madame

Ce que vous me dites me semble parfait :
Oui, quand l’Evangile assure que l’amour ne meurt pas, qu’il demeure pour toujours, ce n’est pas que de la pensée abstraite.
  1. C’est d’abord en nous-même, bien sûr, et vous en êtes une preuve.
  2. Et c’est en Dieu, un peu de la même façon, puisque Dieu aime Nicolas comme son enfant bien aimé.
  3. Et c’est plus que cela, à mon avis. L’existence d’un être unique comme cela, avec sa personnalité, son histoire, est un chef d’œuvre incroyable, un miracle invraisemblable compte tenu du fait que nous sommes de la matière par notre corps, nous sommes donc manifestement bien « autre chose » aussi que de la matière. Et donc je pense que la personne continue de vivre au-delà de la survie du corps, pas seulement dans la mémoire de quelques humains, pas seulement dans la mémoire de Dieu, mais individuellement, personnellement.
Je pense que ces trois dimensions sont intéressantes :
  1. Il est possible, il est utile de se souvenir de la personne disparue.
  2. Il est possible de prier Dieu puisque lui aussi a la mémoire de la vie de Nicolas dans ce monde.
  3. Il est bon, et cela me semble juste de voir comem vous le dites, Nicolas vivant avec Dieu, continuant d’avancer, continuant à créer et à aimer.

Il est essentiel, il est vital de garder ce lien d’amour, vous le dites très bien. Il est possible de garder le lien, la relation vivante par l’amour avec Nicolas. Comment ? C’est là que c’est effectivement plus délicat. C’est l’amour qui reste, ce lien de fidélité, d’amour, de pensée, de respect, d’espérance. Lui même est vivant même si ce n’est pas matériellement. Il est impossible de nous imaginer ce que cela peut signifier, et je n’ai pas de révélation ultime à ce propos, d’ailleurs même si j’en avais je n’aurais pas les mots pour en parler. Je suppose que quand vous lui parlez ou lui écrivez, même il n’a pas d’oreille pour entendre ni de yeux pour lire, néanmoins, tout l’amour qui est dans cette pensée, dans cette parole, dans cette lettre dans ce geste ou ce dessin, oui, j’en suis persuadé cet amour, cette intention passent bien, nourrissent ce lien et même continuent à le tisser. Ce n’est donc pas du spiritisme, mais de l’amour. A mon avis, il y a une certaine différence entre ces deux façons de vivre ce lien.

N’ayez crainte, il n’y a aucun jugement vis à vis de votre façon à vous de faire face à ce deuil. Surtout quand le deuil est si terrible et cruel. La question est seulement, je pense, de s’ajuster à ce qui est le mieux, le plus favorable à un cheminement de consolation pour vous, en particulier.
Il y a cette perte cet arrachement si cruel qui vous frappe. Bien sûr que vous avez le droit de dire un cri de révolte contre ce gâchis stupide : de tout ce que Nicolas aurait vécu et aurait porté à tant de personnes et à ce monde. Bien sûr que vous pouvez crier votre immense douleur et demander à Dieu la consolation. Vous y avez plus que droit. Car c’est le boulot de Dieu que d’apporter cela. Et je suis persuadé qu’il y travaille à chaque instant et quand vous le priez pour lui demander cela, vous vous associez à ce travail de Dieu en vous.
Mais qu’entendre par « consolation » ?
  • Il est certain que Nicolas vous manquera toujours. Et dans un sens c’est bien que cela soit le cas.
  • Cette consolation, c’est le fait de pouvoir connaître de vrais moments de joie de de bonheur. C’est un soin de votre cœur déjà tellllllement injustement frappé.
  • Cette consolation, c’est le fait de transformer l’énergie destructrice de ce drame en énergie créatrice, en compassion pour ceux qui souffrent aussi, en amour de la vie comme une révolte contre la mort de son corps biologique, un amour de l’amour vrai, amour de l’attachement profond, amour des petits moments de rigolade et de complicité comme un dépassement de la séparation, une façon de se serrez les coudes…
C’est une sorte de résurrection à vivre maintenant, progressive, pas à pas, comme une graine qui germe, pousse, et bientôt portera du fruit. Or, la résurrection est hors de portée de nos forces humaines. C’est pourquoi vous avez mil fois raison de demander à Dieu sa consolation. Ce n’est pas chercher à forcer Dieu que de lui demander cela, c’est déjà son espérance. c’est s’unir à sa volonté de bonheur et de vie pour vous, s’unir à sa bénédiction. Imaginer que ce serait lui forcer la main voudrait dire qu’avant de lui demander il aurait été indifférent à ce drame que vous vivez ? Bien sûr que non,  c’est l’inverse, car il est amour et compassion.
Il vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

 

Réponse du visiteur :

Je vous remercie de tout mon cœur.

Je ne ne cesse de lever les yeux vers le ciel et de dire Seigneur je t’aime. il y a des jours où je suis submergée par la colère et la révolte et la haine. Cela je le donne à Dieu aussi j’ai cessé d’avoir peur du Dieu qui punit.
J’ai compris que la crucifixion rétablit mon alliance avec Dieu. Quel plus grand signe d’amour que celui-là? Moi j’avais besoin de ce signe et il me l’a donné. j’espère que vous me comprenez je ne suis pas fière d’avoir besoin d’un signe ais la vérité et que savoir que Jésus va au bout de notre humanité pour nous dire l’amour de Dieu me rassure infiniment.

J’ai une autre question : Je sens dans mon cœur très fort quelque chose qui me surprend . J’éprouve le besoin de dire « Dieu je te pardonne », comme le bébé pardonne sa mère le monde illisible que sa mère tarde a adoucir. c’est un pardon inversé et c’est très étrange. Je ne veux pas blasphémer, ce n’est pas ça. C’est autre chose. Est-ce que vous me comprenez?

J’ai lu je ne sais où et je ne retrouve plus le texte: dans un camp de concentration des hommes se sont réunis et ensemble on décidé de pardonner à Dieu et de continuer le chemin avec Lui.
Primo Lévi lui a renoncé. Elie Wiesiel dit « Croire en Dieu contre Dieu »
Jésus est impuissant sur la Croix et tout puissant d’amour. Il nous montre un autre visage de Dieu et ça ça me réconcilie avec ce Dieu tout puissant que j’ai en moi…

Est-ce que ça vous parle tout ça?
Merci infiniment et que Dieu vous bénisse
Gloire à Dieu!!!!!

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Dans la foi comme en amitié, il est bon de communiquer, de se dire les choses. Avec Dieu comme avec un ami fidèle, on peu se dire des reproches, même injustes, on peut ouvrir son cœur en confiance. Cela permet à l’autre de répondre, et cela nous fait du bien de « vider notre sac ». En plus, votre « Dieu, je te pardonne », comprend un reproche, et dans le même souffle une volonté de passer par dessus, c’est donc une double manifestation d’amitié, de respect et d’attachement. C’est absolument cela qu’est la foi.

On a le droit d’accuser Dieu, même injustement. Cela ne le fâche pas, il comprend.

D’ailleurs, quand Jésus est en croix après avoir prié et encore prier Dieu de lui éviter cela, Jésus demande à Dieu des comptes en l’interpellant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? » Là aussi, c’est un reproche injuste puisque Dieu est fidèle, il n’abandonne pas même la plus perdue de ses brebis perdue, et il n’a certainement pas abandonné Jésus. Seulement, il y a une certaine idée de Dieu qui effectivement le lâche, à ce moment là. Celle d’un Dieu tout puissant qui manipule les êtres et les choses, et donc les événements jusque dans les moindres détails. Ce n’est effectivement pas le cas. Comem vous le dites très bien.
Je ne pense pas qu’il faut « se réconcilier avec ce Dieu tout puissant », au contraire, il me semble qu’il faut sentir que ce fantasme, cette illusion, cette légende nous lâche. Ce dieu là n’existe pas. J’écrirais la phrase d’Elie Wiesel que vous citez non pas avec deux majuscules « Croire en Dieu contre Dieu », mais avec une majuscule et une minuscule : Croire en Dieu (la source transcendante de vie), contre dieu (notre fantasme d’un dieu tout-puissant, que l’on pourrait séduire, que l’on pourrait amadouer avec des paroles flatteuses et des supplications déchirantes, que l’on pourrait acheter avec des sacrifices, et qui nous favoriserait alors puissamment). Heureusement que ce dieu n’existe pas, et heureusement que Dieu existe.

Les terribles drames qui vous ont frappée, dont ce drame ultime qu’est la perte d’un enfant, ne peuvent absolument pas être mis sur le compte de Dieu, pas même avec la charge de non assistance à personne en danger comme on pourrait en faire le reproche à un dieu tout puissant. C’est tout l’inverse. Par la foi en Dieu nous sentons tout ce que ces drames ont d’inacceptables, et par la foi nous nous associons à Dieu pour agir afin que ce genre de choses soient écartées et que les victimes soient accompagnées, entourées, consolées. Si on le mettait plus ou moins sur le dos de Dieu, cela voudrait dire que dans une certaine mesure, mystérieusement, ces horreurs auraient quelques joyeux et bons côtés. C’est à mon avis épouvantable, et extrêmement nocif comme conception, sur le plan spirituel ( cela ne donne pas trop envie d’avoir confiance dans un dieu comme cela), et sur le plan éthique cette conception ouvre la porte à toutes les compromissions, justifiant des horreurs bien facilement, au nom de n’importe quel objectif jugé supérieur.

Là aussi, nous avons besoin de consolation, de conversion de notre théologie, afin de passer d’un dieu tyran, à Dieu, cette source ultime, cet amour transcendant, cet ensemencement.
Et cela passe par cette sincérité d’un cœur à cœur avec Dieu confiant. Comme vous le faites. C’est grand et humble, c’est puissant et beau.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

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