03 août 2023

Une grappe de raisin verts sur sa vigne - Photo de Czapp Botond sur https://unsplash.com/fr/photos/Myu1WChbo8Y
Question

Dieu serait tout amour et pourtant toute la « création » n’est qu’une lutte permanente. Cela me terrifie.

Par : pasteur Marc Pernot

Une grappe de raisin verts sur sa vigne - Photo de Czapp Botond sur https://unsplash.com/fr/photos/Myu1WChbo8Y

Question posée :

Cher Monsieur,

J’éprouve un grand respect envers vos bienveillantes réponses et votre Personne.

Ainsi, c’est vers vous que je me tourne car je suis de plus en plus terrifié par une question lancinante revenant sans cesse dans mon esprit, comme un filtre systématique et j’y pense tout le temps.

Je cherche, je consulte le Web mais je ne trouve pas la paix.

Ma réflexion qui me terrorise: – Dieu serait tout amour et pourtant toute la « création » n’est qu’une lutte permanente.

Exemple: des milliards de micro organismes forment mon corps et se régulent mais en réalité cet équilibre n’est que le résultat d’une guerre acharnée, extrêmement bien réglée.

Quand j’observe la merveilleuse mais terrifiante création de multitudes d’insectes si bien parés pour la guerre… Quand je je lis le livre de Job et que Dieu se « vante » (excusez mon apparente Insolence, mais c’est pour bien marquer mon trouble) d’avoir créé ces animaux avec leur force destructrice, on est bien loin de la genèse et des carnivores destinés à ne manger que de l’herbe !!! Mais de qui se moquent ces rédacteurs soi-disant inspirés?

L’actualité nous informe d’horreurs absolues : un tout petit enfant tombé dans un puits. Un autre tout récemment se perd dans son village et disparaît. Mangé par un oiseau de proie? Attaqué par des loups ? Ou sont les anges gardiens? Ou est l’amour divin? Je sais, la réponse courante est : »le pêché de l’homme ».

Finalement, je suis perdu et je vous pose la question dont j’ai honte : oui, il y a peut-être un Créateur mais alors qu’elle perversité !

Car il y a tant de magnifiques choses et tant d’horreurs… Le ying et le yang, l’opposition. La guerre universelle partout pour jouir de l’équilibre!

Je m’horrifie moi-même d’avoir de telles pensées et vous prie de m’excuser du propos.

C’est l’appel au secours d’un homme de 71 ans qui n’en peut plus de se poser ses questions jour et nuit.

Tout mon respect et mes remerciements de m’avoir lu jusqu’au bout.

Meilleures salutations.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

Votre réflexion est très intéressante, bien sensible au scandale de la violence et de la souffrance.

Oui, Dieu est tout amour et positivité, comme le dit en particulier Jean dans sa première lettre, et surtout comme le montre Jésus par ses paroles et par ses actes. Et de cette positivité nous faisons l’expérience dans notre vie.

Alors, pourquoi la violence est partout alors le livre de la Genèse parle–t-il d’une création où règne l’harmonie ?

Hélas, on a longtemps prêché que Dieu avait créé un monde parfait à l’origine de la création et que c’est le péché humain qui a tout perturbé. Je pense que c’est une mauvaise interprétation, pas très intéressante. Les récits de création de la Bible ne parlent pas du passé mais expriment le projet de Dieu, son sens, sa valeur. Effectivement le projet de Dieu est la lumière, la vie, l’harmonie. Pour ce qui est de la réalisation, elle est encore en chantier, la création continue. Et Dieu y travaille. Contrairement aussi à ce que l’on a pu entendre parfois, Dieu est éternel ce qui ne veut pas dire qu’il soit hors du temps, toute œuvre de création demande du temps et se déploie dans le temps. Même pour Dieu. Par ailleurs, Dieu nous appelle à entrer dans l’équipe de chantier.

Je ne pense pas que Dieu ait façonné de ses petites mains les virus mortels ce serait assez pervers. La création de Dieu n’est pas si directe que s’il façonnait à la main la corne du rhinocéros et le moustique. Il rend possible la vie, il suscite le meilleur, appelle à une évolution positive.

Que le monde ne soit pas parfait, c’est ce que révèle votre observation, ce qui est normal quand on pense la création comme encore en cours, nous vivons dnas un chantier permanent (et nous sommes nous-mêmes en chantier). C’est ce que disent aussi bien des textes de la Bible, par exemple l’apôtre Paul qui dit que « Nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. » (Romains 8:22). C’est ce que dit aussi le Psaume 121, par exemple qui dit, littéralement, que Dieu est « créant le ciel et la terre« , au participe présent et non au passé, affirmant ainsi que Dieu est sans cesse en train de créer le monde, et qu’il nous aide à avancer, malgré les cailloux de la route et la brûlure du soleil (Dieu n’étant pas la cause de ces difficultés, au contraire). Dans cette création continuée, il reste quelque chose du chaos originel sur lequel s’ouvre le récit de la Genèse. Il reste quelque chose de ces éléments déchaînés qui s’entrechoquent. C’est comme cela dans l’univers, parmi les éléments, et avec les humains. C’est vrai. Nous ne croyons pas en Dieu malgré le chaos qui existe dans le monde, mais parce que Dieu est par principe la force positive qui fait quelque chose de bon même à partir du chaos.

Je suis d’accord que nos fautes, notre indifférence, notre folie d’orgueil, notre égoïsme et méchanceté font des dégâts au lieu de faire avancer le chantier dans le bon sens. Mais quand même. N’exagérons pas non plus jusqu’à l’absurde : nous ne sommes pas responsables de la disparition des dinosaures, par exemple, et eux-mêmes faisaient parfois preuve d’une certaine violence par exemple quand un tyrannosaure avait une petite faim. Comme vous le dites, la violence existe dans la nature, même des trous noirs qui avalent d’autres trous noirs, des galaxies qui se percutent. Du chaos est là, au sein de l’univers.

A côté de cela, vous avez tout à fait raison de relever aussi les merveilles bouleversantes qui existent réellement en ce monde. C’est cela qui est invraisemblable, absolument improbable alors que l’existence du chaos est tout ce qu’il y a de naturel, à l’état brut. Et pourtant, partout dans le monde, que ce soit une feuille d’arbre ou la voie lactée, par exemple, nous observons des ensembles qui nous apparaissent comme magnifiques. Nous sommes sensibles à cela, à cette beauté surprenante. Donc non, l’univers n’est pas qu’une lutte permanente : il est un univers en évolution, c’est ce que dit la science. Localement, bien sûr, les choses peuvent tourner au vinaigre, ce sera le cas de notre système solaire, un jour. Mais entre temps, il aura été vécu bien des merveilles, un nombre infini de moments de bonheur, d’œuvres d’art créées ayant été source d’émotion, d’amoureux qui se choisissent, de médicaments qui soulagent, de mains qui se tendent pour secourir une autre créature.

Les magnifiques choses et les horreurs ne sont pas symétriques, en réalité. Comme la lumière et les ténèbres ne sont pas symétriques : la lumière est une présence de photons ou d’ondes électromagnétiques, cela existe, alors que les ténèbres sont simplement une absence de lumière, c’est du néant. Le chaud et le froid ne sont pas symétriques : le chaud est une énergie et le froid une absence d’énergie, c’est pourquoi la température peut monter théoriquement à l’infini, alors qu’il existe un zéro absolu (il n’y a pas de température en dessous de −273,15°). De même dans ce monde, la magnificence n’est pas symétrique de l’horreur, elle n’est bien souvent que l’absence de cette bonté et de cette harmonie que Dieu insuffle, suscite, inspire à ses créatures. La violence est un manque de bien.

Il est donc fort heureux que vous soyez sensible à la fois à la magnificence et à l’horreur de la violence. Seulement, face à cela il me semble qu’il existe une autre réaction possible que la terreur. Il peut y avoir la louange et la gratitude pour ce qui en est l’origine de ce qui est beau et bon, juste et heureux. Il peut y avoir la lamentation, et de l’indignation devant ce qui ne va pas, appelant à se révolter et à agir : en appeler au créateur de la vie quitte à lui dire qu’il travaille trop lentement (à nos yeux de créature à la vie si brève). Il pourrait y avoir comme réaction notre désir d’agir pour mettre un petit peu plus d’harmonie et de paix, de beauté où cela manque autour de nous et en nous. Nous pourrions ainsi nous associer à Dieu (qui s’y connaît en création) et faire peut-être équipe avec des collègues hommes et femmes de bonne volonté aimant le bien…

En tout cas, la contemplation de la beauté en ce monde, en particulier dans l’humain en Jésus de Nazareth et en bien des humbles personnes que je rencontre, cette grandeur me donne confiance en sa source, celui qui est en train de créer et qui nous garde.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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7 Commentaires

  1. Pepiot dit :

    Jésus a dit si vous ne devenez pas comme des tous petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Satan au Paradis terrestre à joué sur l’orgueil. Or en Dieu tout est humilité et innocence, et revenons dans la mesure du possible à cette humilité et cette innocence première, qui vainct le mal et la maladie!

  2. Franchic dit :

    Dans la Création, il faut bien que chacun mange, si possible à sa faim. Les herbivores mangent de la verdure (arbres, végétation diverses, algues…); les carnivores mangent de la chair, pas toujours fraîche ; et les omnivores se débrouillent. Une tortue, un lapin sont herbivores ; un chien, un chat, mais aussi pas mal d’oiseaux (rapaces) sont aussi carnivores. Un loup, une lionne sont carnivores. Mais une hyène est necrophage, elle fait le ménage dans le désert. Et nous ? Nous sommes omnivores. Chacun sa place. Il faut relire la réponse de Dieu à Job : c’est édifiant.
    Tout est dit. On ne peut pas forcer un animal à manger ce qu’il n’est pas équipé pour manger (La Fontaine : le Renard et le Héron). Il ne sert à rien de poser des questions sur une Création où nous ne sommes que des participants, mais pas plus ! Dieu nous l’a rappelé, il faut être humble.

    1. Pascale dit :

      À mon avis le livre de Job est justement là pour se poser des questions et je ne pense pas que ce soit manquer de respect au Créateur. D’ailleurs en tant que co-créateurs on a plutôt intérêt à se poser des questions.

      1. Marc Pernot dit :

        Tout à fait. C’est pourquoi le livre de Job comprend pas moins de 42 chapitres avec les débats entre Job et ses amis. Sinon, le livre de Job ne ferait qu’une page, avec l’introduction de l’histoire et avec la conclusion (qui semble ajoutée).

  3. Nature amadouée : parcs et jardins ? dit :

    Merci pour la question et la réponse, ainsi que pour les commentaires !

    Il y a la théologie naturelle qui explore la question de l’existence de Dieu en partant de l’expérience de la vie et de la nature, et ensuite éventuellement en essayant de tisser des liens avec les Écritures Saintes.

    Et si Dieu n’intervenait pas du tout physiquement depuis que l’Univers évolue (au moins depuis le Big Bang ou événement(s) de ce type), mais seulement via la libre spiritualité, lors de la lecture ou de l’étude de la Bible, lors de la prière, à l’occasion d’une contemplation ou d’une interrogation… ? Ou peut-être intervient-il d’une façon ou d’une autre physiquement, mais comment le savoir ? Faut-il faire comme si ce n’était pas le cas ?

    Les diverses formes du chaos historique de l’évolution du monde me paraissent souvent effectivement trop fortes en intensité et potentiellement effrayantes si on y pense, mais une certaine dose d’altérité, de chaos, d’indéterminisme, d’effort, y compris de pensée, de lutte, d’individuation par résistance à l’environnement, aux autres… est à mon avis nécessaire. Sans quoi nous risquerions de devenir des sortes de chamallows mièvres par manque de contraintes et de sollicitation par diverses formes d’adversité modérée mais souhaitable de notre contexte de vie. Par exemple, les plantes, organismes vivants, poussent principalement en direction de la verticale, donc par opposition et résistance à la gravité terrestre. De même pour notre propre corps humain : l’axe vertical est notre axe principal de développement, par lequel passe notre plan de symétrie. Nous sommes devenus bipèdes par opposition à la gravité, force qui attire vers le bas, libérant ainsi nos mains pour des tâches manuelles. Notre espèce a évolué en s’adaptant aux changements de l’environnement, donc face au chaos des éléments. L’humanité n’aurait pas émergé sans ce chaos ambiant, alternant avec des moments de calme.

    Le problème vient surtout du chaos déréglé et trop destructeur, ou du mal inutile et néfaste sans intérêt, du mal absurde, des souffrances inutiles et des pertes d’information qui en découlent (destructions au cours de l’histoire de bibliothèques antiques, pertes de manuscrits, d’oeuvres d’art et d’architecture…, pollutions majeures diverses, disparition d’espèces animales et végétales précieuses…)…

    Dotés de raison, nous pouvons (par la science et ses applications) essayer de convertir une partie du monde en des sortes de parcs et jardins (ce qui comprend une part préoccupation du beau, de contemplation, d’esthétique)… amadouant certains des processus chaotiques de la nature, la laissant vivre et évoluer tout en la faisant fructifier pour nous comme pour elle. La nature livrée à elle-même n’est pas forcément toujours belle : forêt trop dense, déserts divers…

    Et la Bible dans une belle et riche interprétation peut servir de référence inspirante pour au moins une partie des personnes de bonne volonté.

    1. Nature amadouée : parcs et jardins ? II dit :

      D’un point de vue religieux, il me semble qu’il vaut mieux se choisir des théologies ouvertes sur une action immanente possible de Dieu, y compris physique et pas seulement spirituelle à supposer que les êtres vivants, au moins les humains, aient une partie spirituelle non strictement physique. Sinon, Dieu totalement transcendant et immanent seulement spirituellement paraît un peu manquer à l’instant présent, manquer physiquement, corporellement. En tout cas cela paraît plus rassurant de se dire que Dieu pourrait agir physiquement dans le monde. Et plus proche, plus compatible avec certains éléments du texte des Évangiles aussi.

      Pour pourvoir conserver la compatibilité avec la science, et donc notamment avec la physique, il faudrait une action de Dieu au sein de la part indéterminée du réel à l’échelle quantique : influence au sein du hasard quantique sur des grandes quantités de particules mais tout en conservant la validité des lois physiques mesurables à toutes les échelles ? influence au sein des processus chaotiques au sens physique du terme (sensibilité extrême aux conditions initiales comme pour l’effet papillon…) ?
      La conservation de l’énergie et l’augmentation de l’entropie au niveau global étant a priori respectées à chaque instant (juste pour rester cohérents, et donc c’est doute ça, car je pense que Dieu aime la cohérence juste, après c’est indécidable à notre échelle humaine il me semble…)…

      L’action physique de Dieu serait alors envisagée comme possible dans certains processus physiques ou biologiques du monde, auprès des humains spirituellement et physiquement d’une façon ou d’une autre…

      Reste quant même à se prémunir autant que possible collectivement, socialement et individuellement contre les divers maux restants…

  4. Sylvie dit :

    Merci pour cette question et cette réponse, si intéressantes. Je suis contente d’avoir commencé ma journée par de telles réflexions.

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