Est-ce que des historiens remettent en doute l’historicité de la crucifixion de Jésus ?

Retable D'issenheim Du Musée Unterlinden De Colmar

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

J’ai une question qui ma un peu ébranlé. Un historien, monsieur Donald Akenson a mis en question l’historicité de la crucifixion. Alors je ne connais pas ce Monsieur, ça ma posé des questions. En sachant que la majorité des historiens ne remettent pas en doute l’historicité de la crucifixion de Jésus. Je vous met le texte qui ma posé problème de Wikipedia « Pour l’historien Donald Akenson (en), parmi ces exemples, seul le baptême de Jésus paraît un embarras véritable et donc indicateur d’un authentique événement historique. « (1) La crucifixion n’est guère un embarras pour les auteurs du Nouveau Testament : ils l’intègrent brillamment dans un système religieux où le sacrifice de Jésus-le-Christ remplace le système sacrificiel du Second Temple. (2) Le reniement de Pierre, quoique embarrassant pour une des factions politiques du christianisme d’après 70, n’est pas quelque chose de gênant dans le récit ; il peut être considéré tout au plus comme propagande dans la bataille partisane postérieure pour le contrôle de l’Église. (3) Quant à la trahison de Judas, elle s’insère splendidement dans le récit de la Passion »

Que pensez vous ?

Finalement Est-ce à moi de changer de théologie sur la croix ?
Si vous pourriez me donner des pistes je vous en serez reconnaissant.

Que Dieu vous bénisse

Je me réjouis de votre arrivée en Suisse.

Amitiés fraternelles

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Merci pour vos encouragements. Pour le formidable accueil que j’ai effectivement reçu à Genève et en Suisse.

La phrase de Wikipédia est un petit peu alambiquée, en particulier avec cette double négation. Quand il est écrit que « La crucifixion n’est guère un embarras » cela ne veut pas dire que la crucifixion de Jésus est remise en cause. Cela veut dire au contraire que la crucifixion de Jésus est une évidence historique, comme elle l’est pour les auteurs du Nouveau Testament.

A ma connaissance, il n’y a que deux sortes de personnes niant l’historicité de la crucifixion :

  • Des athées qui nient en bloc toute historicité de la personne même de Jésus, qui serait un personnage de fiction. Cet angle d’attaque à mon avis n’est pas sérieux du point de vue historique, car dans les 50 premières générations d’opposants à la foi chrétienne, ils ne se sont pas privé de dire qu’ils pensaient que Jésus était un imposteur, mais aucun n’a dit qu’il n’existait pas. C’est une invention récente. Et à mon avis ce n’est pas une façon bien constructive de débattre. Cela ressemble plus à la tactique des personnes soutenant des théories du complot.
  • Il y a aussi des musulmans désirant attaquer la foi chrétienne, ce qui n’est pas non plus une façon très sympathique de tenter de promouvoir leur religion en attaquant celle des croyants d’à côté. Mais là encore, cette attaque dit plus sur la mentalité des personnes qui attaquent ainsi que sur la personne et la vie de Jésus.

La crucifixion de Jésus a été un vrai scandale et a eu du « mal à passer » dans la compréhension des premiers chrétiens. Cela a été ressenti comme un choc, un échec, un signe que Dieu l’avait abandonné et qu’il n’était pas le messie attendu. Il a fallu quelque temps pour que les chrétiens y voient au contraire un signe ultime de l’amour qu’il a manifesté au cours de sa vie, amour de ce monde, de l’humanité, et même l’amour pour la plus perdue des brebis perdues. Et que cet amour révèle l’amour de Dieu pour nous. Son pardon, sa grâce. C’est comme cela que Paul lit le sacrifice de Jésus.

Par contre, il y a une théorie qui me semble épouvantable c’est de voir dans la mort de Jésus sur la croix une sorte de prix à payer pour que Dieu se convertisse, et puisse enfin nous accorder son pardon. Cette théorie me semble terriblement régressive quant à la personen de Dieu (un Dieu qui est satisfait d’un sacrifice humain. Cela est également terrible au point de vue moral de penser une seconde qu’il serait juste qu’un innocent souffre et meure à la place des coupables. Cette compréhension de la croix dite de « la satisfaction vicaire » n’est pas du tout la seule option, et elle a été surtout développée au moyen âge. Elle repose en partie sur une faute de traduction du verbe « lutroo » en grec dans le nouveau testament qui veut dire affranchir un esclave, ce qui pouvait se faire par une rançon, mais qui pouvait être libéré gratuitement, par exemple c’est ce mot qui est employé popur parler de la libération des hébreux hors d’Egypte, qui sont libérés sans qu’une rançon ne soit payée au pharaon, au contraire, ni de rançon payée à Dieu pour racheter la faute des hébreux de n’avoir pas plus vite pris le chemin du retour vers leur pays.

Je dirais donc que oui, Jésus s’est sacrifié, mais qu’il n’est pas un sacrifice offert à Dieu pour calmer sa fureur. Qu’il a manifesté ainsi l’amour de Dieu, fondant notre pleine confiance en lui, sans condition. C’est comme cela que l’apôtre Paul comprend le sens de la croix : comme un fruit de l’amour et du pardon, ce qui est exactement l’inverse d’un sacrifice afin d’obtenir le pardon de Dieu. Lette de l’apôtre Paul aux Romains 5:6-8 « Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. »

Et sa mort est comprise par Paul comme une image aussi de la mort de notre ancienne façon d’être, toute autocentrée et tournée vers le bas, pour un vie autrement, une vie ressuscitée par l’Esprit.

Mais de toute façon, il nous est tous utile, comme vous le dite, de faire évoluer, d’approfondir notre théologie de la croix.

Bravo, donc.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

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