Lorsque je m’assois et que j’ouvre un sac de croustilles, elles me font vivre un moment sublime. Éphémère, hélas.

Par : pasteur Marc Pernot

Composition montrant une petite fille faisant de la balançoire sous un champignon vénéneux - Image par DarkWorkX de Pixabay

Pourquoi faudrait-il que les plaisirs soient vénéneux et éphémères, alors que les peines sont si durables ?

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je me suis toujours poser des questions d’ordre spirituel et j’ai presque toujours eu des réponses ni plus ni moins sauf à celle-ci…

Pourquoi les plaisirs sont limités alors que la souffrance elle, est illimitée. Lorsque quelque chose nous procure un bien être, il ne faut jamais aller dans le trop, autrement c’est à nos risques et périls.
Pourtant, Dieu sait que sur terre nous rencontrerons beaucoup de choses qui nous ferons mal, des maladies par exemple, un deuil, une rupture amoureuse, etc. Et cela, semble durer voire même se répéter au sens, pas la même souffrance mais une en n’attends pas l’autre. Un jour, on goûte à quelque chose de bon, on se sent bien et on voudrait que ça demeure un peu plus… Mais non par sagesse il faut cesser. La sagesse évite la souffrance. Ce que l’être humain n’apprendra pas par la sagesse, l’apprendra par la souffrance. Sauf qu’au lieu de faire la souffrance illimitée et le plaisir limité, je verrais mieux l’inverse. La souffrance limitée et le plaisir illimité.

Je pense à quelque chose de banal. Exemple, Magee des croustilles salées. C’est délicieux. J’ai souffert d’anxiété, d’insécurité, j’ai du cesser de travailler, etc. Mais lorsque je m’assois et que j’ouvre un sac de croustilles, elles me font vivre un moment sublime. Mais si j’en mange trop, le sel viendra bloquer mes artères et ainsi de suite.

Je sais qu’il faut s’éloigner des extrêmes. Trop ou pas du tout.
Toutefois, malgré que je suis consciente de cela, je m’interroge toujours à savoir, pourquoi le négatif perdure et le positif est éphémère.

Je sais où je suis sauf que je m’interrogeais à savoir pourquoi Dieu n’offre pas de pause où nous pourrions faire ce qui nous procure un bien être sans en être nécessairement pénaliser?

Je ne veux pas dire des choses destructrices comme fumer, boire ou se droguer. Je ne parle pas de ses illusions de plaisirs mais de bon et réels plaisirs.

Merci à l’avance.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

J’aime beaucoup votre question. Elle montre une fine observation de la vie, une prise de hauteur, une connaissance des joies et des peines.

Oserais-je dire que c’est une grâce que, à la fois, nous ayons des moments sublimes à travers des petits plaisirs de la vie, et que nous ne puissions nous y installer. Sinon, ce serait la mort. Donc oui, bien des plaisirs doivent être un petit peu maîtrisés, et de toute façon, si nous en abusions, le plaisir lui-même s’émousse souvent avec l’habitude.

Je pense que c’est une grâce, celle d’être un être vivant, et plus encore : d’être un être en évolution tout au long de la vie. Comme le dit Jésus dans son très profond dernier discours dans l’évangile selon Jean : la vie est dans un cheminement, un cheminement en vérité c’est-à-dire en fidélité à Dieu, à ce que nous sommes personnellement, à ceux qui nous sont confiés pour que nous les aimions. Et c’est cela qui demeure comme plaisir, ou plutôt comme joie, et même comme bonheur : d’être en cheminement, en évolution, d’être source de vie par de petits actes et des paroles évanescentes mais créatrices, parfois, de belles choses. D’aller de découvertes en rencontres en nouveautés dont nous sommes partie prenante soit comme bénéficiaire soit comme producteur, ou co-producteur. Je reconnais que c’est plus fatiguant que la simple anesthésie que serait un simple plaisir sans fin, mais d’une tout autre profondeur.

Cela dit, je ne veux pas du tout opposer les petits plaisirs au bonheur véritable qui existe dans le cheminement, dans l’amour, et dans la foi. Les petits plaisirs sont aussi une bénédiction de Dieu, cela me semblerait stupide et bien ingrat de les refuser, et de ne pas avoir de la gratitude pour ces étincelles de vie bonne, gratitude pour ce monde que Dieu aime (Jean 3:16) et que nous aimons aussi, gratitude pour la vie qui nous offre ces moments, gratitude pour Dieu qui a non seulement permis mais donné la possibilité de ces joies. Elles pimentent la vie, elles l’agrémentent, elles peuvent nous donner de la force pour vivre ensuite d’une belle façon, elles nous offrent des possibilités de manifester notre amour à des personnes que nous avons à cœur d’aider à vivre une belle et bonne vie.

Quant aux souffrances, c’est vrai qu’il y en a d’abyssales. Et cela inspire une légitime révolte. Et une révolte active, engagée pour plus de justice, une révolte à la fois priante, réfléchie, construite, bâtissant des projets, et agissante. Je suis persuadé que Dieu est en première ligne contre tout ce qui dysfonctionne, tout ce qui manque cruellement. Et qu’il nous embauche, chacune et chacun.

Je ne pense donc pas que ce soit tout à fait vrai que « le négatif perdure et le positif soit éphémère », c’est plus compliqué que cela. Du négatif est vaincu tous les jours de multiples façons. Et il y a de l’extraordinairement positif qui demeure réellement, et qui « jaillit jusque dans la vie éternelle ». Ce n’est pas seulement de la pensée positive abstraite, c’est ce que je mesure avec admiration, avec émotion même, en rencontrant certaines personnes très âgées qui témoignent de ce qui a été beau dans leur vie, et ce qui entretient la flamme de la foi, de l’espérance et de l’amour après un siècle ou presque de vie bien réelle. Elles parlent aussi des petits plaisirs, elles ne crachent pas sur ces petits plaisirs, ni sur ce qui fait le cœur du cœur de la vie bonne.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

Marc

croustilles de pomme de terre salées - Image par Werner Weisser de Pixabay PS. Je ne savais même pas ce qu’était une « croustille salée ». Mais en grand, en immense gourmand, je pense néanmoins avoir compris votre émotion. Et me réjouis de croiser peut-être, une fois dans la vie, ces délices inconnues. D’accord, sans en abuser.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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