Il est écrit qu’Adam et Eve ont péché en mangeant du fruit, quel rapport avec l’éveil de notre conscience ?

montage séparant la main d'Adam et la main de Dieu de la fresque de Michelange au Vatican - Photo by visuals on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,
lorsqu’on lit la Génèse, il est écrit qu’Adam et Eve ont péché en mangeant du fruit je cite : « Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Mais pourtant, c’est cette connaissance que l’on peut appeler aussi conscience qui nous permet de distinguer la validité de nos actes, que ferait-on sans elle ?.Du coup, je ne comprends pas ce que le texte entend par là, que les premiers hommes aient été tentés par commettre le mal oui mais quel rapport avec cette conscience ?
A bientôt.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Et bravo de lire la Bible, de vous poser des questions, et de trouver une bonne chose d’avoir une conscience personnelle. C’est excellent.

Ce récit de la Genèse au chapitre 3 n’est pas un récit historique, il est une très importante prédication qui nous est donnée. Ce récit ne parle pas du passé, il parle du présent de notre être à tous et à toutes. Adam et Ève : c’est nous (Adam est notre dimension terrestre faite de poussière du sol, et Ève est notre vie, nos sentiments, notre intellect), et le serpent qui parle est nous aussi, c’est une façon de parler de notre notre tentation.

C’est vrai que Dieu veut notre émancipation, l’éveil de notre conscience personnelle, c’est dans notre nature même d’être ainsi à l’image de Dieu, capable de créativité personnelle et d’une liberté éclairée (à notre mesure).

Le problème fondamental qui est pointé dans ce récit de la Genèse, c’est à mon avis de prendre comme critère du bien et du mal son seul désir, de choisir comme dieu et d’adorer son propre nombril. Car alors nous sommes coupé de Dieu et coupé des autres, il ne reste que nous qui comptons pour nous. Et c’est une sorte de mort car nous sommes un animal, certes, seulement nous sommes, normalement, un animal spirituel (en relation avec Dieu) et social (faisant un corps avec les autres).

Notre conscience est ainsi vivante de ces multiples dimensions, pas seulement de notre seul désir. Il est bon comme une des composantes à mettre en relation avec le ciel et avec la terre. C’est ainsi que Jésus nous propose (Marc 12:29-31):

  1. de mettre Dieu en premier (« écoute le Seigneur, notre Dieu, c’est l’unique Seigneur, tu aimeras le Seigneur, ton Dieu » de toutes les dimensions de ton être, Jésus ajoutant de l’aimer avec notre propre intelligence.
  2. d’aimer notre prochain,
  3. comme nous-même.

Cela fait un triple amour, une triple attention, un triple soin à apporter. Tout en gardant en premier l’écoute de Dieu, comme étant notre préoccupation ultime.
Si on oublie un des trois amours, on est mal parti. De même si l’on prend comme premier un des autres amours que celui de Dieu, car Dieu est le seul qui peut être notre maître sans devenir tyrannique. C’est ainsi qu’il laisse place, et même qu’il éveille, nourrit, éclaire notre propre intelligence : notre conscience personnelle, vivante par l’Esprit.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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4 réponses

  1. Michel dit :

    Merci pour cet éclairage. Je dirais la même chose de toute la Bible, y compris le livre de l’Apocalypse, qui ne parle pas du futur, mais du présent de notre être à tous et à toutes…

  2. Pascale dit :

    900 !

    Cher Marc,
    À l’occasion de cette neuf-centième question, j’aimerais vos adresser quelques lignes à propos de mon ressenti à la lecture de vos réponses. J’ai toujours vu le rôle du pasteur ou du prêtre comme étant une mission pour un collectif, une communauté. En atterrissant ici j’ai constaté combien cette mission pouvait aussi s’adresser à l’individu. Vous prenez le temps et la peine d’écouter avec la plus grande attention chaque personne qui s’adresse à vous et de lui répondre en essayant de la rejoindre dans sa vie avec un réel souci de lui apporter une aide, qu’elle soit purement intellectuelle, pratique ou sous la forme d’un réconfort.
    Dans un deuxième temps, la mise en ligne multiplie les bienfaits : que la question posée rejoigne nos propres préoccupations, qu’elle nous ouvre à la réflexion, qu’elle nous amène à nous sentir solidaires de la détresse d’une personne, qu’elle attise notre feu intérieur, qu’elle nous apprenne à nuancer nos avis et par là faire preuve de davantage de bienveillance, …, tout cela constitue un véritable trésor de vie.
    Je résumerais en deux mots : génial et merci !

    • Marc Pernot dit :

      Chère Pascale
      C’est vous qui me faite découvrir que c’est la 900e question ! Merci pour l’encouragement.
      Et bravo pour la remarque. C’est tout à fait la démarche, effectivement basée sur une façon de comprendre la religion, la foi, et ce qui fonde l’union entre les humains. J’essayais d’en témoigner encore dimanche dernier en ce qui concerne l’union qui vient de Dieu (faisant que l’individu sera plus en forme et donc plus à même de se sentir membre d’un corps) et non l’unité qui vient de l’extérieur comme une palissade qui nous enserre, qui écrase l’individu et sa créativité sous un poids de doctrines et de morales.
      Tant mieux si ce service rejoint des personnes, et les aide ! Je dois reconnaître que c’est encourageant d’avoir des retours comme les vôtres car dans une paroisse « en présentiel » (comme on dit aujourd’hui) c’est plus facile d’avoir des retours, et même le silence pendant la prédication est parlant (ainsi que les gens qui commencent à se tortiller quand je suis un petit peu longuet, hum). En ligne, le fait que de « vraies personnes » sont là est bien plus abstrait tant qu’elles ne s’expriment pas comme vous le faites.
      Donc merci. Et bonne route à vous qui êtes manifestement une personne pleine d’écoute et de sollicitude.
      Marc

  3. Richard C. dit :

    Bonjour cher Pasteur,
    Merci pour vos réponses et orientations, qui comme d’habitude sont passionnantes et permettent d’aborder des niveaux de lecture. En outre, pour ma part j’aime également voir le niveau de lecture de ce passage comme une métaphore du passage de l’animal à l’homme. Lorsque l’humain était animal finalement il était au paradis, non pas que tout allait bien, mais qu’il n’avait pas l’angoisse de faire ou d’avoir fait du mal, ni d’être heureux d’avoir fait du bien. Une état neutre finalement, méditatif, de l’animal. Puis au passage à l’état de conscience, il commence à culpabiliser en connaissant le bien et le mal donc et sort du paradis. Métaphore sexuel aussi me semble-t-il. Le fruit défendu n’est il pas dans le langage courant l’acte sexuel ? Par ailleurs dans ce passage précisément il réalise alors l’état de leur nudité ! pour revenir au début, à l’état animal l’acte sexuel est direct, sans arrière pensée bonne ou mauvaise, donc comme un « paradis », puis au passage à l’humain les problèmes commencent ! Mais également d’un autre côté le plaisir également, et l’imaginaire le fantasme, que finalement leur promet un peu le serpent en y goutant. On accède donc à une sexualité à la fois un peu angoissé par culpabilité et consciente des conséquences, mais quand même plus amusante qu’une simple reproduction !

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