Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
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Le baptême, pilier de la tradition chrétienne, matérialise l’alliance profonde entre l’humain et le divin. Entre l’affirmation d’une grâce inconditionnelle et l’engagement personnel de la foi, ce geste hautement symbolique interroge notre liberté, notre rapport au sacré et le sens profond du salut à travers l’histoire et les différentes sensibilités théologiques.


Le baptême est un des deux sacrements pour les chrétiens protestants (l’autre est la communion). Les chrétiens catholiques et orthodoxes reconnaissent sept sacrements, mais le baptême et la communion sont pour eux aussi les deux sacrements principaux. Il y a une reconnaissance mutuelle du baptême fait dans une autre église. Les églises évangéliques et baptistes, elles, ne reconnaissent souvent pas le baptême fait dans les églises catholiques, orthodoxes et protestantes. Le geste du baptême est étroitement associé à l’alliance entre Dieu et la personne baptisée. C’est pourquoi ce geste concentre des notions de théologie fondamentale, que nous allons esquisser :

Grâce inconditionnelle ou engagement de foi : deux visions chrétiennes

Il y a deux façons de comprendre le baptême :

  • Pour ceux qui reconnaissent le baptême des bébés et des adultes, le point essentiel qui fait de nous un enfant de Dieu, c’est la grâce de Dieu, c’est-à-dire le fait que Dieu nous considère a priori, sans condition, même unilatéralement, comme son enfant bien-aimé. Quand on aime, on garde. Le baptême est un geste qui annonce cette grâce. Lors du baptême, un peu d’eau est déposée sur la tête du baptisé (enfant ou adulte), en signe de la bénédiction de Dieu qui est source de vie, de son Esprit qui est donné à la personne, même si elle ne le sait pas encore (Genèse 2:7). C’est donc le signe du salut donné par Dieu, dans l’espérance que la personne répondra un jour à cette grâce par la foi. En cas d’un baptême d’adulte, la personne confesse sa foi juste après le baptême. En cas de baptême d’enfant, c’est après l’adolescence que la personne pourra professer sa foi lors d’une cérémonie de « confirmation » de l’alliance avec Dieu, mais cela reste libre et sans chantage puisque de toute façon Dieu aime et garde son enfant.
  • Pour ceux qui préfèrent réserver le baptême aux adultes uniquement, la foi personnelle est indispensable pour être reconnu comme faisant partie de la communauté chrétienne, et même reconnu par Dieu. Accepter le salut de Dieu en Christ est une condition nécessaire pour que Dieu nous accepte ensuite. C’est pourquoi il est demandé à la personne de proclamer publiquement sa foi, la personne est alors plongée dans l’eau, comme si elle était lavée de sa vie ancienne pour renaître à une vie nouvelle. La grâce de Dieu est certes première dans cette façon de voir, mais elle est un don que la personne peut accepter ou non, ce qui conditionne le salut.

Nous avons donc deux théologies chrétiennes légèrement différentes, mais en définitive nous sommes tous d’avis que pour que l’alliance soit complète, il faut à la fois le oui de Dieu (la grâce) et le oui de la personne (la foi). Mais pour les uns le oui de Dieu est assez puissant pour sauver la personne, pour les autres il ne suffit pas, l’adhésion de la personne est nécessaire.

Le sens symbolique de l’eau : aspersion versus immersion

Cette alternative se retrouve dans la compréhension du geste du baptême, et même dans la façon de baptiser. Ces variations sont rendues possibles par le fait que Jésus ne baptisait pas (Jean 4:1-2), ou plutôt Jésus baptisait d’Esprit-Saint (Jean 1:33), apportant la grâce de Dieu, sa Parole, et l’Esprit Saint aux humains. C’est le cousin de Jésus, Jean le Baptiste, qui baptisait dans l’eau et les disciples de Jésus qui ont repris ce geste. Mais avec quel sens ? Celui de Jean et/ou celui de Jésus ? Une église, un pasteur ou un prêtre ne peut donner l’Esprit Saint, ou plus d’Esprit Saint : cela vient de Dieu en Christ. Alors comment faire ?

Cela va influer sur la compréhension du baptême et la manière de baptiser. En effet, dans la vie de tous les jours, l’eau sert principalement à deux choses : pour laver et se laver (éliminer la saleté) et pour boire (donner la vie). Les deux façons de comprendre le baptême reprennent ces deux sens symboliques de l’eau :

  • Dans le cas du baptême avec de l’eau sur la tête (« baptême par aspersion« ), l’eau est comme la pluie bienfaisante qui fait germer la vie, comme la source sauvant celui qui cheminait dans le désert : le sens intègre le sens du baptême d’Esprit donné par Jésus, en signe de cette dimension supplémentaire venue d’en haut (de Dieu) qui est donnée à la personne. Ce n’est bien entendu pas le rite qui imposerait à Dieu de donner son Esprit et sa grâce, mais c’est un geste qui dit que Dieu a déjà accordé sa grâce et donné les prémices de l’Esprit à cette personne. Le baptême d’un bébé dit sa liberté de faire plus tard une profession de foi ou de ne pas en faire, puisque la grâce de Dieu, signifiée par ce baptême, supprime toute idée de chantage de la part de Dieu, son salut est sans condition (gratuit). Dieu a choisi de nous aimer, il nous aimera de toute façon même quand nous lui tournons le dos. A lui ou elle, plus tard de devenir disciple du Christ s’il ou elle le désirera, ce sera alors authentiquement.
  • Dans le cas du baptême où la personne est immergée (« baptême par immersion« ), l’eau est plutôt signe d’un lavage : une purification de notre péché par le pardon de Dieu qui vient laver notre impureté, enlever une part de notre être qui était mauvaise, et nous faire renaître à une vie nouvelle. C’est plutôt le sens du baptême de Jean-Baptiste. Car Jésus, lui-même, ne baptisait pas avec de l’eau, mais plutôt avec de l’Esprit Saint.

L’approche spirituelle de Paul et l’unicité du sacrement

L’apôtre Paul parle aussi du baptême, mais lui-même ne baptisait en général pas non plus dans l’eau. Il parle plutôt d’être baptisé (littéralement plongé) dans le Christ, dans sa mort et sa résurrection : il s’agit donc plus d’une démarche spirituelle.

Le baptême est donné une fois pour toutes, puisqu’il est le signe de l’amour de Dieu (que rien ne peut diminuer), et c’est le signe que cette personne sera toujours considérée par les chrétiens comme ayant sa place dans notre famille. Mais l’autre sacrement, la communion, peut être renouvelé régulièrement, pour nous aider à sans cesse approfondir notre foi.

pasteur Marc Pernot

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Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)

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