Bonjour est ce que les suicidés ont droit à des funérailles ?

Par : pasteur Marc Pernot

Un cercueil et des fleurs dans un corbillard - Photo by panyawat auitpol on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour est ce que les suicidés ont droit à des funérailles ?
Avant non. Mais maintenant ??
Je pense que notre Seigneur nous aime tous !
Merci de votre réponse

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo de prendre en compte l’amour de Dieu pour chaque personne. C’est un excellente base de foi.
Et de tout cœur avec vous, quelle que soit la raison pour laquelle vous posez cette question.

Vous avez raison : oui, bien sûr, les églises protestante et catholique organisent un service funèbre pour toute personne décédée, sans jugement vis à vis de cette personne, à la demande de ceux qui aiment et pleurent la personne décédée.

Les funérailles ne servent pas à ouvrir les portes du ciel à la personne défunte, en effet : le Christ nous a donné l’assurance de la bienveillance radicale de Dieu envers chaque personne, comme vous le dites.

Cette cérémonie est faite pour accompagner les proches dans leur souffrance, et essayer de commencer à faire place à l’Esprit consolateur que le Christ a promis de nous donner de la part de Dieu. Il est vrai, hélas, que quand c’est après le suicide d’une personne, la souffrance est particulièrement violente pour celles et ceux qui aiment la personne décédée, c’est très très dur d’être frappé par la violence d’un suicide de quelqu’un que l’on aime et qui s’est infligée la mort. Car non seulement ces personnes perdent quelqu’un qu’elles aiment, mais en plus, en énorme plus : ces personnes dans le deuil ressentent cette mort comme une négation de leur propre personne et de leur amour, un rejet ultime par la personne qui est partie. Même si ce n’était pas dans l’intention de l’auteur de cet acte. C’est d’une violence inouïe pour ceux qui l’aiment.

Il y a donc alors fort à faire pour travailler ce deuil, et le service funèbre peut initier quelque chose, un tant soit peu. Ne serait-ce que pour manifester le fait que l’aide de Dieu sera précieuse pour nous aider à avancer sur le chemin de notre vie, afin de commencer à reprendre pied dans la vie, même si c’est avec un fond de souffrance qui demeure.

Je dois dire que comme pasteur, cette violence m’affecte fortement quand je suis amené à donner un service funèbre dans ces circonstances.

Dieu nous soit en aide.

par : pasteur Marc Pernot

PS. Si vous demandez ça pour vous-même, je suis et nous sommes de tout cœur avec votre souffrance. Franchement. N’hésitez pas à demander de l’aide aux urgences de l’hôpital, par exemple.

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Marc Pernot

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1 réponse

  1. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    Le suicide, qu’en dire ?

    Les réflexions ci-dessous m’appartiennent et font référence à tant d’idées noires qui ont jalonné mes épisodes dépressifs majeurs vécus dans la solitude morale la plus extrême. Je ne peux donc ni juger, ni amputer d’une sépulture digne à un être qui s’est suicidé, ni accompagner ses proches soumis à un deuil compliqué.

    Deux sortes de suicide :

    1- L’acte homicide-suicide, fait référence à la mélancolie : des personnes se donnent la mort après avoir commis un ou des meurtres, souvent intrafamiliaux.

    (https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2005-2-page-183.htm)

    2- Dans le registre de l’auto-agression, des personnes se donnent la mort, parce que leur souffrance est si intolérable, que la mort supplante leur désir de continuer subir leur enfer sur terre.

    On le voit bien de nos jours où la dépression et l’angoisse prédominent, où le suicide atteint même des enfants. Où lorsque le suicide est masqué dans le syndrome de glissement chez les personnes âgées en institution et les conduites à risque chez les plus jeunes.

    « Il y a des matins en ruines

    Des jours
    Où l’on se suspendrait
    Au cou du premier passant
    Pour le pain d’une parole
    Pour le son d’un baiser. »*

    (*André Chédid, Rencontrer l’Inespéré, p. 76/ tiré de : Un peu de mort sur le visage, Gabriel Ringlet, DDB, 1997, p. 27)

    A l’heure des liens virtuels qui exacerbent la solitude existentielle, s’il nous manquait simplement un lieu d’écoute et d’humanisation de la souffrance ? Et une épaule pour pleurer ? Et une main qui essuie silencieusement les larmes qui coulent ?

    Une écoute silencieuse, attentive, bienveillante, celle qui sait s’agenouiller face à la souffrance d’autrui, celle qui sait surtout se TAIRE sans « Alléluias désenchanteurs », celle qui n’ouvre la bouche que pour prononcer une parole de consolation et de relèvement de la souffrance qui ne peut venir que de Dieu sous la conduite de son Esprit.

    « Qu’est-ce qu’il nous reste quand il ne reste rien ? » demande Maurice Bellet.
    « Ceci : que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes.
    Car si cela venait à manquer, nous tomberions dans l’abîme, non pas du bestial, mais de l’inhumain ou du déshumain, le monstrueux chaos de terreur et de violence où tout se défait. »

    (Maurice Bellet, Incipit ou le commencement, dans : Un peu de mort sur le visage, Gabriel Ringlet, DDB, 1997, p. 121 )

    Pour aller plus loin :

    – Après le suicide d’un proche, vivre le deuil et se reconstruire, Christophe Fauré, Albin Michel, 2007

    – Quand un enfant se donne la mort, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2015

    – La traversée de l’en-bas, Maurice Bellet, Bayard, 2021(réédition poche)

    – L’amour déchiré, Maurice Bellet, DDB, 2000

    Bien à vous
    Claire-Lise Rosset

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