J’essaye sincèrement d’être le plus utile possible, mais quel sens à la vie si je ne pouvais rien faire ?

Par : pasteur Marc Pernot

dame âgée assise sur un banc, seule - Image par Free-Photos de Pixabay

Question d’un visiteur :

Cher monsieur le Pasteur,

Tout d’abord un grand, grand merci pour vos publications et enseignements sur le net que je consulte quotidiennement et m’aident à entrevoir peut-être un sens à ma vie.

Mais je doute beaucoup et j’aimerais si vous avez le temps que vous m’expliquiez cette phrase issue de votre prédication « Choisir d’avoir la foi, choisir de la faire respirer »

« Car dans ce domaine la sincérité est essentielle, sinon la foi ne serait plus une inspiration profonde, elle serait un rôle, un emploi. »

J’ai en effet peur de ne pas être sincère dans ma démarche.

Je demande à Dieu dans ma prière depuis longtemps qu’il m’aide à trouver un sens à ma vie j’ai 56 ans, un métier, un toit, un enfant qui vole de ses propres ailes et dieu merci la santé, je m’investis dans plusieurs associations. Mais je me demande quel est le moteur de ceux qui ne travaillent plus ? Pourquoi se lèvent-ils le matin ? et les personnes âgées ? les handicapés ?

Est-ce que cela pourrait être de chercher dans les personne qui nous entourent la présence de Dieu ? Mais je ne vois pas concrètement comment faire.

Je vous prie de m’excuser si mon message est confus.

Je vous souhaite une très belle fin de journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir chère Madame

Merci pour vos encouragements !

J’ai précisément l’impression d’une grande sincérité dans vos mots, dans votre recherche, vos préoccupations, et dans ce que vous vivez.

Chercher un sens à sa vie est un luxe, c’est une œuvre d’art.

La personne humaine n’est pas un moulin à café qui est bon à être jeté dès qu’il ne fonctionne plus (et encore, même un moulin à café, s’il vient de notre grand-mère, est digne d’être gardé, chéri, et mis en bonne place). J’ai un vieux pull troué et trop petit pour moi que je garde à travers mes déménagements, car il m’a été tricoté par ma mère quand j’étais ado.

La personne humaine est ainsi : digne et belle parce qu’elle est aimée. Le fait de « servir » à quelque chose n’est pas la clef de sa valeur. C’est parce que la personne a de la valeur, et qu’elle le sent ou qu’elle l’apprend (en étant estimée voire aimée) qu’elle peut avoir envie de faire rayonner cette valeur d’une façon ou d’une autre. C’est alors que cette personne peut exprimer cette recherche comme vous le faites. Malheureusement, dans un milieu un petit peu trop utilitariste, il peut arriver qu’une personne sente qu’elle ne vaut rien si elle ne produit rien, si elle n’est utile à rien. J’ai rencontré cela à son paroxysme il y a bien longtemps dans la Roumanie de Ceausescu dans les années 80. Les personnes âgées et les handicapés n’avaient pas le droit à des soins, devant les laisser aux travailleurs productifs (et aux enfants comme possibles futurs travailleurs).

Précisément : même âgé, même handicapé, il me semble que l’on peut vivre de cette dignité radicale offerte. Merci de penser à ces personnes qui sont parmi les plus pauvres que Jésus s’est plu à visiter. Cela me conforte dans l’idée que la vie humaine n’a pas besoin d’être productive pour être digne d’être vécue. Et cela montre l’importance d’avoir une saine théologie afin d’avoir une façon de penser son existence. Cela aide à avoir une vie plus juste et plus robuste, cela peut aussi donner envie d’entourer ceux qui sont frappés.
C’est d’ailleurs un des grands rôles du shabbat notifié dans le Décalogue de Moïse : on apprend à se sentir exister, et être dans la louange en un jour où nous ne produisons rien. C’est une utile préparation par la pensée, la prière mais aussi par cet entraînement régulier.

Je me souviens d’une dame très âgées, ayant eu une vie très difficile qui me disais que chaque matin en se réveillant :

  1. remerciait Dieu pour cette journée qui débutait, journée qu’elle appelait une « journée de résurrection »
  2. se demandait ensuite s’il y avait quelque chose qu’elle pouvait faire aujourd’hui : peut-être appeler quelqu’un se seul, ou de malade, ou sourire et féliciter l’infirmière qui devait passer ?
  3. et s’il n’y avait rien de tellement utile qu’est-ce qu’il y aurait d’agréable à faire : manger un gâteau, prendre une bonne douche bien chaude, s’habiller et regarder par la fenêtre ouverte la pluie tomber ?

En tout cas, ce jour là, en me disant cela, elle a accompli une chose utile qu’elle n’avait pas planifiée, celle de m’enseigner que la vie est bien plus simple qu’on ne le pense parfois, qu’elle est pleine de merveilles précieuses, et que la joie profonde existe.

Je pense que ce que vous dites participent à ces gestes essentiels « chercher dans les personnes qui nous entourent la présence de Dieu ». Même si on ne le leur dit pas comme cela, ce regard de profonde bienveillance est déjà un grand service, et en plus cela donne l’occasion de se réjouir de ce que l’on découvre.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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