Quel est l’enjeu ultime de la vie en général et de la vie chrétienne en particulier ? Je ne suis plus satisfait des réponses traditionnelles

Par : pasteur Marc Pernot

une statuette des "oscars" - Photo by Mirko Fabian on https://unsplash.com/photos/S_oSMDZ5Kbg

Question d’un visiteur :

Cher Marc,
J’espère que tu vas bien. Aujourd’hui je t’écris pour partager avec toi une question qui me taraude. Je te suppose bien occupé, du coup je vais aller droit au but : Quel est l’enjeu ultime de la vie en général et de la vie chrétienne en particulier ? Je ne suis plus satisfait des réponses traditionnelles à cette question : l’enjeu serait d’aimer, d’être sauvé, de plaire à Dieu, de lui ressembler, etc. Mais comment mettre le doigt sur l’essentiel de l’enjeu de la vie ? Pourquoi est-ce que je témoigne ? Pour partager ma foi ? Mais quel en est l’enjeu ? Être en paix avec Dieu ? Mais pourquoi cela ? Pourquoi être en paix avec lui plutôt qu’en tension avec lui ? Quel est l’enjeu de cette paix ? Qu’est-ce que je « joue » en étant croyant ? Mon salut ? Le salut est-il un enjeu, et pourquoi ? Pourquoi croire, y a-t-il un enjeu ? Tu sens bien que toutes ces questions se résument en une seule que je répète : Quel est l’enjeu ultime de la vie en général et de la vie chrétienne en particulier ?
Merci Marc si tu trouves quelques minutes pour te pencher sur ma question. Et bon dimanche !
Amicalement.

Réponse d’un pasteur :

Cher collègue,

Grand merci pour ta confiance.

Je dirais que l’essentiel c’est de vivre ardemment, de faire ce que l’on peut. Avec authenticité, sincérité.

Ce n’est pas tant une question d’enjeu, me semble-t-il. Car tout ce qui vaut vraiment est déjà donné par grâce. La vie que nous avons reçue, la langue que nous avons apprise pour communiquer, nos petits talents, la civilisation qui nous a servi de berceau, le monde dans lequel nous sommes, des personnes qui nous ont un peu aimé, et des personnes à aimer, des personnes rencontrées, la vie quand elle est joyeuse belle et vraie. Et notre salut qui trouve une cause largement suffisante dans l’amour dont Dieu nous aime infiniment et puissamment.

Et puis si nous agissions pour un enjeu, il y aurait un relent d’égoïsme bien pensé, même dans le don de soi. Il y aurait une sorte d’angoisse d’être à la hauteur. Alors que là, nous pouvons agir avec ardeur mais tranquillement, sereinement, à notre hauteur, avec la force que nous avons (comme il est dit pour Gédéon, Juges 6:14)

C’est pourquoi, je pense que l’essentiel est de vivre ardemment, comme je peux. Cela me semble simple et vrai.

Pour essayer d’expliquer cela, je me souviens d’une anecdote vécue : accompagnant des grands scouts en montagne, un de ces jeunes s’amuse en passant à fouetter une marguerite avec le bâton qu’il tenait à la main, et la décapite de sa fleur. Je lui ai dit que je trouvais cela triste. Il m’a demandé, interloqué pourquoi ? C’est vrai que nous étions dans un coin reculé en pleine montagne, hors sentier, et qu’il était improbable que quelqu’un d’autre passe par là pour voir cette fleur, qui de toute façon se fanerait naturellement dans quelques jours. J’ai eu un peu de mal à expliquer que cette fleur était belle en elle-même, qu’elle vivait ardemment sa vie de fleur. Que c’est triste de gâcher, que c’est du chaos, que si c’était pour la manger ou pour tresser une couronne de fleurs : au moins cela honorait d’une certaine façon cette fleur, mais que l’abîmer pour rien n’était pas un beau geste, pas un amusement. Je reconnais ne pas avoir peut-être convaincu ce garçon, mais en tout cas cela m’a convaincu moi-même d’une chose sur laquelle je n’avais pas réfléchi moi-même et qui a finalement compte encore pour moi aujourd’hui.

Ce que j’ai découvert pour cette fleur, je dirais la même chose pour notre être et notre vie. Que cela nous appelle à vivre ardemment ce que nous sommes comme nous le pouvons. Non pour un enjeu, mais parce que nous existons comme cette fleur existait, et que n’en faire pas grand chose serait comme décapiter une belle partie de cette fleur que nous sommes, pour rien. La valeur n’est pas attendue comme une récompense à notre action, mais la valeur est déjà là, par le seul fait que cette fleur est fleur, nous sommes nous. Et encore, nous sommes un peu plus complexes que cette fleur, car nous sommes en évolution tout au long de notre vie, et que nous avons le pouvoir (en général) d’être créateur. Mais après tout c’est notre façon de fleurir, donc je ne sais pas si l’on peut dire que nous vaudrions plus que cette fleur à cause de cela. Peut-être que oui, dans un sens, mais en tout cas nous ne vallons pas moins, et l’ensemble forme un tout où chacun a sa place.

Il me semble que ce quatrain hyper connu d’Angelus Silesius dit un peu cela :
« La rose est sans pourquoi,
Elle fleurit parce qu’elle fleurit,
N’a d’elle-même aucun soucis,
Ne demande pas : suis-je regardée ?
»
(Le pèlerin chérubinique I, 289)

En bref :

  • Je ne pense pas que l’enjeu soit d’aimer, c’est juste sympa, agréable et créateur. C’est comme qui dirait notre parfum.
  • Je ne pense pas que l’enjeu soit d’être sauvé ou de plaire à Dieu : nous le sommes déjà, et il sait bien de quoi nous sommes faits.
  • Oui, nous avons des propriétés qui nous font ressembler à Dieu, mais cela vient de Dieu. Ce n’est pas un enjeu. C’est notre fleur.
  • Pourquoi est-ce que je témoigne ? comme la rose fleurit : parce qu’à un moment j’ai eu cela sur le cœur de le faire. Sans calcul, à vrai dire (pas même financier).
  • Je ne pense pas que l’enjeu soit d’être en paix avec Dieu, je ne le sens pas comme étant en quoi que ce soit en colère ou en guerre contre moi, au contraire.
  • Pourquoi avoir la foi, prier, chercher le contact avec Dieu ? simplement parce que cela me semble normal. Comme d’ouvrir les yeux le matin.

Donc, juste être soi, vivre ardemment, ne pas gâcher cet être que nous sommes, cette période d’existence à vivre, cette journée. Commencer en ce qui me concerne en accueillant la joie du petit-déjeuner que je vais prendre, simplement, puis enchaîner. Faire ce que nous pouvons comme nous le sentons (à la confluence mystérieuse de notre personnalité et de l’Esprit Saint). Vivre ardemment, tout en ayant l’esprit tranquille puisque tout était déjà donné. Le faire pour la beauté du geste.

Ensuite, si par miracle, la fleur était vue ou son parfum apprécié, si cela donnait de la joie à une personne qui passe ou du pollen à une abeille en vadrouille, si des graines tombées en terre multipliait le meilleur de la fleur, ce serait tant mieux, mais cela ne nous appartient pas. Ce n’est pas de notre ressort. Ce serait par abondance, ou plutôt par débordement de ce que nous sommes (comme le dit Jésus en parlant de la « vie en débordement » Jean 10:10).

La personne humaine a ainsi une valeur par elle-même. Cela me semble essentiel, vraiment fondamental. Nous ne sommes pas là comme un outil créé pour être utile et que l’on (Dieu ou la société) jetterait s’il ne l’était pas assez. Chaque personne est une but en elle-même, est aimée pour elle-même. Nous sommes notre propre enjeu.

Bien fraternellement.

Dieu te bénit et t’accompagne

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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3 réponses

  1. Cathérine dit :

    Pour moi le sens de ma vie est d’être cohérente avec ce que j’ai tenté de choisir. J’en éprouve une grande paix et une grande joie.

  2. Guillaume dit :

    Bonjour Marc, j’espère que vous allez bien.
    Comme tout être, je connais des phases de bien et de moins bien.

    Ces derniers temps, je suis un peu en perte d’énergie, en perte de sens, comme essoufflé.

    Je me demandais simplement si vous connaissiez des lectures « motivantes », inspirantes, pour donner une belle énergie, matière à se (re)mettre en chemin.

    Lectures spirituelles/ chrétienne, pour garder l’inspiration en Dieu.

    Un livre ou une lecture qui apporterait de l’allègement, une source d’air pur.

    Car je crois qu’à notre époque, bien des gens ont besoin de s’allèger plus que de se « remplir « .

    À défaut d’être sûr de moi dans mon choix de Dieu, j’ai préféré longtemps le rejeter en étouffant toute vitalité dans les excès de la nourriture, du sport, du développement personnel, des passions…

    Mais accepter Dieu sans rejeter le doute qui a été la première pierre fondatrice de ma foi a été pour moi une libération.

    Pourtant, certaines connaissances m’indiquent qu’aucune foi ne peut être vraie avec le doute.

    Bref, petit moment de faiblesse qui me motive à vous écrire pour demander un petit peu d’aide dans la Respiration.

    Merci cher Marc.

    Bonne journée.

    • Marc Pernot dit :

      Cher Guillaume
      Bravo
      Mais en ce domaine, c’est très très personnel. Telle personne sera sensible à tel trait de plume. Telle autre personne ne le sera pas.
      Essayer peut-être les œuvres de Francine Carillo ?
      Voir par exemple https://jecherchedieu.ch/priere/christ-lumiere-du-monde-parole-profonde-francine-carillo/Personnellement, je dirais l’inverse de vos amis : aucune foi de peut être vraie SANS le doute. Sinon, c’est que notre foi est morte, que l’on a remplacé Dieu, le vivant et l’inconnaissable, par une figure théologique.
      Mais bon, chacun sa façon d’être.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

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