Un œil mouillé de larmes regarde un feu dan sl
Question

Puisque ce monde va disparaître de toute façon un jour, pourquoi se battre ? Dieu recommencera-t-il ailleurs ?

Question posée :

Bonjour
il y a quelque chose qui me trouble souvent, mais comme c’est un sujet un peu trop « bizarre » pour en parler facilement, je le laisse souvent de côté en renonçant à y réfléchir… Dieu crée un monde magnifique, je ne me lasse pas de l’admirer, être humain compris, on est bien d’accord, et j’ai aussi envie de me battre tous les jours pour le défendre, ce monde, cette vie, sous toutes ses formes. Mais je sais aussi que dans un certain temps qui se compte en milliard d’années (ou en millions ?) ce monde va disparaitre. Pas parce que l’homme l’aura détruit, même si çà reste une possibilité, mais je ne veux pas y croire, mais simplement parce c’est la règle dans le monde des planètes, qu’elles naissent et qu’elles meurent, parce que le soleil s’éloigne ou s’éteint, je ne me souviens jamais.
Donc ce monde et les êtres humains n’auront vécu qu’une fraction de seconde à l’échelle temps des planètes. Et à l’échelle de l’éternité qu’est le temps de Dieu ? Ça voudrait dire, rien du tout, cette seconde n’existe presque pas ?

Mais Dieu – pardonne-moi d’élucubrer et de dire tant de sottises – ne peut pas rester « tout seul » après la mort de la planète Terre et de ses habitants, c’est impossible ? Donc il y a d’autres Terres, et d’autres vies que Dieu peut faire naitre – a fait naitre – pour les aimer et être aimé d’elles. Simplement elles sont un peu loin, dans l’espace ou dans le temps, et on ne les connaitra jamais.
Pas grave. Et pas grave non plus que le Terre disparaisse ? Et bien non, puisqu’il y en a d’autres. Mais ce n’est pas une raison ni pour désespérer, ni pour ne pas aimer Dieu et sa création – du moins le misérable petit bout qu’on en connait – de toutes ses forces. Au contraire. Mais quand même, c’est bizarre, parce que penser à tout çà me pousse à me détacher du passé et de l’avenir, et à ne m’intéresser qu’au présent ?

Ou au contraire, certains pourraient dire que croire cela est nuisible, cela conduit à se déresponsabiliser, à se centrer sur soi, à être nihiliste, etc …. ( mais ce n’est pas ce que je ressens) ?
Hmm… vrai sujet ou ergotage de fin de soirée ? Pourtant, j’aime bien confronter le monde « scientifique » et le monde « spirituel », je suppose qu’il n’y a aucune raison qu’ils ne se rejoignent pas.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir et merci pour ce message. C’est une très très intéressante question, elle touche à la fois la théologie, la science, notre propre foi, notre espérance, notre engagement en ce monde…

Dieu et le temps ?

Dieu n’est pas un personnage comme nous le sommes. Il est d’une autre dimension, hors de l’espace et donc hors de ce temps, si l’on en croit Albert Einstein. Seulement être éternel, être d’une autre dimension, ne l’affranchit pas du temps dans son action en ce monde. Même Dieu ne peut pas faire pousser ici un chêne centenaire en moins de 100 années de ce monde. Donc si, le temps compte, Dieu nous accompagne.

C’est vrai que l’aventure de notre monde se terminera un jour. Y a-t-il d’autres mondes ? En scientifique, je pense que c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. en temps que théologien je dirais que la raison n’est pas que Dieu se cherche une sorte d’animal de compagnie en créant des êtres vivants et priants. C’est simplement le fait que c’est la nature de Dieu de sans cesse créer et aimer. Je dirais que cela fait partie de l définition même de ce que l’on entend par Dieu. De toute façon, il n’aime pas seulement l’humanité et ce monde où nous sommes, il aime, je pense, chaque personne individuelle. Et de toute façon, la vie de cette personne en ce monde se termine vite. La fin de l’ensemble n’est pas tellement différente, quand on s’intéresse à l’individu, que la fin de la vie de chaque personne.

Pour nous, si tout finira, quelle valeur à notre vie ?

Il parait que Martin Luther aurait dit « Même si j’apprenais que la fin du monde est pour demain, aujourd’hui encore je planterais un pommier », mais peut-être que Confucius ou Zarathustra l’ont dit avant lui… en tout cas, ce n’est pas bête, à mon avis. La beauté a sa valeur en elle même. En particulier la beauté d’un sentiment, d’une pensée, d’une espérance, d’un geste.La beauté de ce que nous sommes.

Cela rassemble athées et croyants. Je pense que cela peut largement suffire comme réponse, déjà, car cette réponse est tout à fait porteuse non seulement dans l’hypothèse où nous serions effectivement à la veille de l’explosion de notre soleil. Et cela suffit déjà à valoriser ce qui compte vraiment pour chaque journée que nous vivons, même dans l’extrême fragilité, à la veille de notre mort. Cela montre que votre question n’est pas une question en l’air mais essentielle.

Ce qui nous ramène avec grande justesse à la qualité de ce que nous vivons dans l’instant présent.

La qualité dans l’instant présent

C’est ce à quoi me fait penser ce verset de Paul : « Ne vous montrez pas insensés, mais soyez des hommes sensés qui mettent à profit le temps présent, car les jours sont mauvais. » (Éphésiens 5:15-16, traduction œcuménique). Plus précisément, Paul nous appelle ainsi à valoriser le « kairos », l’instant présent, qui a une infinie valeur dont il est possible de faire quelque chose de génial. Cela concorde avec ce que dit Paul quand il suggère que trois choses demeurent, au delà du visible et du temps : la foi, l’espérance et l’amour (1 Corinthiens 13). J’ajouterais peut-être la beauté, mais bon, je chipote. En tout cas, c’est la qualité de ce que nous visons dans l’instant qui est relevée, et qui demeure. L’espérance n’est pas la croyance que « les choses s’arrangeront », comme vous dites : elles ne s’arrangent pas toujours. L’espérance est le fait de sentir ou savoir que notre valeur en tant qu’individu est gardée au delà de tout, aimé.

Ce que valorise en général la Bible et encore plus l’Evangile du Christ, c’est la qualité de l’instant présent, de la personne entant que telle.

Après notre disparition en ce monde ?

Cela me semble assez essentiel, car vivre en fonction de ce qui restera après sa mort pose un certain nombre de problèmes, à mon avis :

on ne tient alors pas assez compte de sa propre dignité en tant qu’individu personnel, même non productif. C’est dommage pour soi-même, mais c’est très dommageable dans le regard que l’on est plus ou moins consciemment sujet à porter sur les êtres moins productifs, voire incapable de produire quoi que ce soit (les handicapés profonds, par exemple, ou une pâquerette).
Et on ne tient pas assez compte à mon avis de la valeur de l’instant présent, cette perle unique est comme abaissée au rang de simple matériau sans valeur en lui-même, mais juste à sacrifier pour une réalisation, qui, elle a de la valeur.
Cela va dans le sens de ce que dit Jésus : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6:34).

Il me semble assez raisonnable de penser qu’il y a une vie future, que le meilleur reste, par Dieu. Non pas dans ce monde mais autrement. C’est ce que dit le Christ : que le meilleur de nous-même reste vivant au delà de la mort (Jean 11:25). Nous verrons bien. En tout cas c’est un encouragement à vivre intensément maintenant.

En conclusion

Ce n’est pas « cueille le jour » (carpe diem), qui est peu-être tout ramener à soi, comme vous le dites. Je proposerais : honore le jour, rend grâce pour chaque jour, valorise chaque instant, chaque rencontre, chaque vie pour elle même. Valorise ce jour, tel instant, telle personne et nous même. En plantant un arbre, par exemple.

C’est s’ouvrir à ce qui est essentiel. Comme vous dites. Et cela me semble bien. Un jour après l’autre. La vie passe si vite. Un clignement d’œil et une année est passée. Mais chaque instant a été un miracle.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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4 Commentaires

  1. Jean-Marie dit :

     » C’est ce que dit le Christ : que le meilleur de nous-même reste vivant au delà de la mort (Jean 11:25)  »
    Jean 11, 25 : Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra…

    Et si on ne croit pas en Jésus ? La bible semble avoir pas mal de passages  » exclusifs  » ? Où c’est une erreur d’interprétation de ma part ?
    En fait, j’ai un peu de mal avec cela 🙂

    1. Marc Pernot dit :

      Bonjour
      Ces passages qui semblent exclusifs peuvent être lus autrement.

      C’est ce que fait par exemple Jean quand il dit « Dieu est amour, quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4:7).

      Il y a bien des personnes se disant athées qui entrent manifestement dans cette définition, car qui n’a jamais eu un début de pensée généreuse, ne serait-ce que par inadvertance ? aussi peu que ce soit ?

      Lu avec cette clé, cette phrase de Jésus « celui sui croit en moi vivra quand même il serait mort », peut être traduite ainsi : ce qui, en quiconque, chrétien ou non, est fidèle à ce que c’est qu’aimer, vit et est source de vie, au-delà de sa simple survie biologique.

  2. Jean-Marie dit :

    Merci pour cet éclairage !

  3. Pascale dit :

    Cela me fait penser à ces formules de bénédiction dans le judaïsme qui commencent par : Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’univers … On peut alors voir la terre comme une marguerite croisée au bord du chemin, dont on trouverait bien dommage de la cueillir pour immédiatement lui arracher un à un ses pétales et ce, même si on sait très bien qu’elle va faner dans quelques jours. C’est juste une question d’échelle et je trouve que cela rend l’amour de Dieu d’autant plus vertigineux.

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