La théologie chrétienne n’oppose pas le corps à l’esprit. Loin d’être un obstacle à la vie spirituelle, la chair matérielle et les plaisirs de l’existence sont perçus comme des dons divins essentiels, offerts pour cultiver la joie, la relation aux autres et l’amour.
La chair et le corps : des dons divins à célébrer
Dieu ne nous demande pas de devenir de purs esprits. Le monde où nous sommes est fait pour que nous connaissions le bonheur et notre corps est une dimension essentielle de notre être en ce monde. Dieu ne nous demande donc pas de renoncer à la chair, c’est lui qui nous l’a donnée, elle est une bénédiction. Mais Dieu nous donne aussi son Esprit pour que nous ne vivions pas n’importe comment, et ce souffle de vie nous donne d’être un petit peu à l’image du Dieu créateur, du Dieu qui aime, du Dieu fidèle, du Dieu qui donne du bonheur, du Dieu qui augmente et embellit la vie. Une question qui se pose concrètement dans notre vie est de déterminer qui est aux commandes dans notre être : la chair ou l’Esprit. Il vaut infiniment mieux que ce soit l’Esprit, c’est-à-dire la bonté, la source de la vie et de la vie bonne, et que la chair soit gouvernée par l’Esprit. C’est ce que l’apôtre Paul, dans la Bible, appelle vivre « selon l’Esprit » et non « selon la chair » (Romains 8:4).
Il est clair que notre chair humaine est limitée, faible, parfois souffrante, et en tout cas mortelle. Mais cela n’enlève rien à son extraordinaire valeur. Bien des chrétiens pensent que la vie éternelle se poursuit dans la suite au-delà de la mort du corps. Ce sera en tout cas sans cette chair mortelle faite d’atomes. La théologie avance que dans cette suite notre chair est ressuscitée : l’apôtre Paul explique (1 Corinthiens 15) que c’est une autre chair que celle que nous avons ici-bas, que c’est une chair spirituelle, une chair glorieuse. Qu’est-ce que cela peut signifier ? Notre chair est un espace dans l’univers qui nous est propre, personnel, il est notre interface avec notre environnement, il garde les traces de notre histoire : que nous ayons une chair dans la vie future signifie que nous resterons comme un individu personnel, encore en relation avec d’autres, par l’amour, encore capable de joies.
Plaisirs de la vie et vie de foi
Alors pourquoi, par exemple, se priver de la joie qu’offre le plaisir de manger de bonnes choses ? Cela fait partie des dons de Dieu, pour nous rendre la vie joyeuse. Mais la foi fait vivre cette joie un peu différemment. D’abord dans la louange, en remerciant Dieu pour la joie reçue. Ensuite en remettant cette joie à sa place, non comme notre raison de vivre, mais comme un simple bonus. De même pour les plaisirs de la vue, des oreilles, du sexe : ils peuvent être des bénédictions (et malheureusement ils peuvent être aussi des occasions de malheur si l’on en fait n’importe quoi).
La foi peut nous donner aussi l’envie de vivre ces joies d’une façon qui nous élève, de les vivre parfois avec d’autres personnes, ou pour que d’autres puissent en avoir aussi… Dieu peut nous aider aussi à avoir la force de nous contrôler afin que, par exemple, la gourmandise ne nous abîme pas, ni physiquement (en nous rendant malades), ni mentalement (en devenant à moitié ivres).
L’exemple de Jésus face aux plaisirs de l’existence
Jésus n’est pas contre la joie, ni pour nous, ni pour lui-même. Il est même critiqué par certains, selon les évangiles, d’être un bon « mangeur et buveur » (Matthieu 11:18-19), et bien souvent il nous est montré participant à des fêtes et des repas…
La sexualité et l’engagement d’amour
La question des plaisirs du sexe est du même ordre, mais probablement un peu plus complexe quand une autre personne est en jeu. Là encore, le plaisir n’a rien de sale ni d’opposé à la volonté de Dieu, au contraire. Ce qui est vrai, c’est que la sexualité avec une autre personne en dehors d’une relation d’amour et d’engagement n’est pas une bonne chose. Ce n’est pas que cela fâcherait Dieu, mais simplement parce que cela est nuisible à l’épanouissement de tout le monde. Par contre, quand deux personnes veulent vivre ensemble toute leur vie et se rendre mutuellement heureuses, le sexe est une très belle chose et peut les rapprocher encore. Cela aussi est un don de Dieu.
Cet article est extrait de notre Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), voir aussi les Définitions de base (niveau 1), les Mots qui piquent (niveau 3), et les Notions (niveau 4).
Pour aller plus loin sur ce thème
Des pistes de réflexion (Prédications & Méditations)
- Prédication : Goûter Dieu au quotidien : quand l’Esprit rejoint notre chair
- Prédication : Habiter l’écart : trouver la paix entre nos limites et nos idéaux
- Prédication : L’Esprit, l’eau et le sang : le sens secret de Jean 19
- Prédication : S’allonger dans l’herbe avec Jésus : méditation sur notre fragilité et la création
- Méditation : Actes 2:17 : Que signifie l’Esprit de Dieu répandu sur toute chair ?
- Méditation : « La Parole a été faite chair » : Comprendre le verset Jean 1:14
- Méditation : Que signifie « manger la chair » et « boire le sang » de Jésus ? (Jean 6:54)
- Méditation : Ézéchiel 36:26 : Passer d’un cœur de pierre à un cœur de chair
- Méditation : « Toute chair est comme l’herbe » (Ésaïe 40:6) : Quelle est la valeur de notre existence ?
- Méditation : Préparez le chemin du Seigneur : que nous révèle le verset Luc 3:4-6 ?
Prière
Vos questions concrètes
- Dieu s’est-il vraiment fait homme ? Revenir au texte biblique de l’Incarnation
- Que signifie « renoncer à soi-même » et « porter sa croix » selon Jésus ?
- Résurrection de la chair, crémation et justice divine : quelle espérance chrétienne ?
- Comment la Parole de Dieu s’incarne-t-elle en nous pour nous sauver ?




