Quelle est la place de notre corps bien physique, charnel dans notre vie ?

Par : pasteur Marc Pernot

le haut d'un corps d'homme nu - Photo by Gary Meulemans on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour M. le pasteur,

J’ai lu quelque part dans les Textes qu’il ne fallait pas « s’occuper des choses du corps mais de celles de l’esprit » et ailleurs : « le corps est le Temple du Seigneur » donc il faut en prendre soin. Chez les juifs, un père embrasse le nombril de son jeune enfant le soir au coucher, du fait de ce dernier principe.
Passer du temps à entretenir son corps est-il une offense à Dieu ? Répondre à ses besoins notamment sexuels en dehors du mariage en « papillonnant » est-il une offense alors qu’on ne peut combattre ses pulsions naturelles ? Est-ce de l’orgueil opposé à l’humilité » à laquelle nous appelle le Seigneur ?

Ma question synthétique est donc :
Quelle est la place de notre corps bien physique, charnel dans notre vie en étant en conformité avec ce qu’attend de nous Notre Seigneur (en dehors de ne pas faire à autrui le mal qu’on ne voudrait pas subir soi-même) ?

Merci de votre réponse,
Bien cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Bravo de chercher ainsi à vivre bien, en articulant votre corps et votre esprit, et une recherche de Dieu. C’est prometteur. En effet, je pense que cela nous abîme de nous écarteler entre nos différentes belles dimensions, et que les réconcilier, les harmoniser est une chance.

Dans ce schéma, il manque à mon avis la place de la relation à l’autre, car la personne est non seulement un animal (avec son corps, ayant des besoins pour vivre), non seulement un animal pensant, un animal spirituel, il est aussi un animal social, alors que certains animaux vivent bien en solitaire, nous avons besoin de belles relations pour prendre notre mesure. Il n’y a ainsi pas opposition entre le corps et l’esprit en l’humain, mais notre personne est un seul être de chair, d’intelligence, d’esprit, de relation aux autres, au monde. Je placerait la dimension spirituelle, l’Esprit divin comme un souffle de réconciliation et de coordination entre toutes ces dimensions, plutôt que le le placer comme une dimension parmi les autres.

Bien sûr qu’il convient de soigner, respecter, se préoccuper de la vie de notre chair. C’est important et cela fait partie de notre responsabilité. Il convient de soigner, de travailler aussi les autres dimensions de notre être. Il peut se trouver quelques passages relativisant la chair par rapport à l’esprit, je ne pense vraiment pas que dans une conception chrétienne de la personne humaine, il faille pour autant mépriser ou sacrifier la chair de notre corps, la question est seulement de savoir ce qui, dans notre être, va être aux commandes. C’est comme dans une famille, mieux vaut peut-être que ce ne soit pas l’enfant de 3 ans qui prennent les commandes de la voiture pour l’instant mais plutôt les parents, ce qui ne veut pas dire que l’on sacrifie le bébé ou que l’on ne tienne pas compte de l’avis de l’enfant et de ce qu’il lui faut pour vivre, grandir et s’épanouir. Ce qui est donc problématique ce serait de vivre « selon la chair », au sens où ce serait nos impulsions instinctives de l’instant qui commanderaient notre être. Il vaut mieux vivre « selon l’esprit », au sens où notre intelligence, notre personnalité profonde, notre inspiration soient au commande, observent les différents facteurs importants, et prennent une décision à un peu plus long terme. Et si possible vivre selon l’Esprit avec un grand E, c’est à dire en vivant la douce et bénéfique action de Dieu en nous.

Passer son temps à entretenir son corps serait sans doute exagéré. Mais passer du temps, une partie de son temps, à entretenir son corps fait partie de notre vocation et de notre responsabilité. Il y a d’autres bonnes dimensions de notre être à entretenir, il faut aussi du temps et de l’énergie, des ressources à investir pour muscler et nourrir, dynamiser : notre lucidité, notre réflexion, nos connaissances, notre sensibilité artistique, la qualité de notre relation aux autres, notre sensibilité à la nature, notre interprétation biblique, notre prière… et aussi prendre du temos pour l’action si l’on a la chance de le pouvoir, la famille, le travail, les engagements au service des autres.

Prendre soin de soi même n’est absolument pas un orgueil, c’est prendre soin des dons de Dieu. Il ne désire pas notre humiliation, ou notre petitesse, il espère notre grandeur, il nous élève. Il espère aussi que nous pourrons ensuite faire de grandes choses, c’est vrai, pour faire avancer le monde d’une belle façon.

Donc entretenir son corps n’est pas une offense à Dieu, au contraire, c’est soigner un de ses dons précieux.

Par contre, je pense que c’est se tromper que de parler de « besoin sexuel ». Il s’agit plus de plaisir sexuel ou de désir sexuel, ce n’est pas un besoin. La preuve c’est que si l’on s’en passe on ne cesse pas de vivre, et même on ne s’en porte pas moins bien pour autant.
On ne risque pas d’offenser Dieu, il est « inoffensable », comme l’or est inoxydable.
La question est ailleurs.

  • La question est que si l’on se laisse gouverner par son sexe, on est bien mal parti car c’est un tyran qui n’a absolument rien à faire de l’épanouissement des autres dimensions de notre être, en particulier pas de l’épanouissement de notre personnalité.
  • La question est dans le type de relation que nous avons avec nos collègues en humanité, les relations sexuelles impliquent l’humain d’une façon bien plus intime que de faire une partie de tennis, du coup si l’on pratique le sexe papillonnant, comme vous dites, sans construire une vraie relation, on traite un autre être humain comme un moyen, ce qui n’est jamais bon, ni pour nous même ni pour notre partenaire, même s’il est consentant.
  • La question est encore plus grave si l’on est engagé par ailleurs dans un couple, car en trompant notre conjoint on tord la notion même de respect de l’autre et de notre propre parole, donc de notre dignité d’être responsable. C’est assez dommageable.

Bref, ce n’est pas une question d’offense à Dieu mais une question de développement personnel. Dieu ne veut pas nous empêcher de prendre plaisir, cette possibilité même est un don de Dieu. Il ne cherche qu’à nous guider vers le meilleur.

Et si, franchement, l’humain peut combattre ses pulsions naturelles. Comme dit le philosophe « un homme, ça s’empêche » (Camus, le premier homme). Ou ça s’efforce de pourvoir le faire, ça travaille à mettre en cohérence ce que l’on choisit personnellement d’être et de faire, avec ce que l’on fait en acte. Avec l’aide et le pardon de Dieu, avec un travail complet sur son être, de la réflexion, à la foi, à la santé du corps, à de bons projets, à l’épanouissement personnel.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Réponse du visiteur :

Bonjour M. Le Pasteur,
Merci infiniment de votre longue réponse détaillée.
Cela m’éclaire et me rassure.
Je la relirai régulièrement pour y réfléchir encore et encore.
Par ailleurs merci plus largement pour tout votre travail sur le net. Cela donne matière à réflexion et méditation. Les prédications en ligne c’est très bien !
Dieu vous garde et vous bénisse aussi.

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Marc Pernot

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