
Quelle est la place de notre corps et de notre chair dans la vie chrétienne ?
Question posée :
Bonjour M. le pasteur,
J’ai lu quelque part dans les Textes qu’il ne fallait pas « s’occuper des choses du corps mais de celles de l’esprit » et ailleurs : « le corps est le Temple du Seigneur », donc il faut en prendre soin. Chez les juifs, un père embrasse le nombril de son jeune enfant le soir au coucher, du fait de ce dernier principe.
Passer du temps à entretenir son corps est-il une offense à Dieu ? Répondre à ses besoins notamment sexuels en dehors du mariage en « papillonnant » est-il une offense alors qu’on ne peut combattre ses pulsions naturelles ? Est-ce de l’orgueil opposé à l’humilité à laquelle nous appelle le Seigneur ?
Ma question synthétique est donc :
Quelle est la place de notre corps bien physique, charnel dans notre vie en étant en conformité avec ce qu’attend de nous Notre Seigneur (en dehors de ne pas faire à autrui le mal qu’on ne voudrait pas subir soi-même) ?
Merci de votre réponse,
Bien cordialement.
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur,
Bravo de chercher ainsi à vivre bien, en articulant votre corps, votre esprit et une recherche sincère de Dieu. C’est prometteur. En effet, je pense que cela nous abîme de nous écarteler entre nos différentes dimensions, et que les réconcilier et les harmoniser est une chance formidable.
Une vision globale de l’être humain
Dans ce schéma, il manque à mon avis la place de la relation à l’autre. La personne humaine est non seulement un animal (avec son corps et ses besoins vitaux), non seulement un animal pensant et spirituel, mais elle est aussi un être profondément social. Alors que certains animaux vivent très bien en solitaires, nous avons besoin de relations authentiques pour prendre notre pleine mesure.
Il n’y a donc pas d’opposition fondamentale entre le corps et l’esprit : notre personne est un seul être de chair, d’intelligence, d’esprit et de lien aux autres et au monde. Je placerais la dimension spirituelle — le Souffle divin — comme un principe de réconciliation et de coordination entre toutes ces composantes, plutôt que comme une dimension simplement juxtaposée aux autres.
Prendre soin de son corps : un devoir et un don de Dieu
Bien sûr qu’il convient de soigner, respecter et se préoccuper de la vie de notre chair. C’est essentiel et cela fait pleinement partie de notre responsabilité. Il convient également de travailler les autres dimensions de notre être.
S’il existe quelques passages bibliques relativisant la chair par rapport à l’esprit, je ne pense vraiment pas que dans une conception chrétienne de l’humain il faille mépriser ou sacrifier le corps. La question est simplement de savoir ce qui, dans notre être, est aux commandes.
C’est comparable à une famille : mieux vaut que ce ne soit pas l’enfant de 3 ans qui conduise la voiture, mais les parents. Cela ne signifie nullement que l’on méprise le petit enfant ou qu’on néglige ses besoins vitaux pour s’épanouir. Vivre « selon la chair » devient problématique lorsque nos impulsions instinctives immédiates dirigent entièrement notre vie. Il est préférable de vivre « selon l’esprit », c’est-à-dire guidé par notre intelligence, notre conscience profonde et notre lucidité, pour poser des choix responsables à long terme — et si possible « selon l’Esprit », en accueillant l’action bienfaisante de Dieu en nous.
Passer tout son temps à l’entretien du corps serait disproportionné, mais y consacrer du temps et du soin fait partie de notre vocation humaine. Il importe d’investir aussi nos énergies pour fortifier notre réflexion, notre sensibilité artistique, la fraternité, notre sensibilité à la création, la prière, le travail et le service d’autrui.
Prendre soin de soi n’a rien à voir avec l’orgueil : c’est honorer les dons de Dieu. Dieu ne cherche ni notre écrasement ni notre humiliation, Il espère notre épanouissement et notre grandeur afin que nous puissions œuvrer au bien commun.
Désir, sexualité et respect de la relation
Concernant la sexualité, il est plus juste de parler de « désir » ou de « plaisir » que de « besoin vital » : on ne cesse pas de vivre sans activité sexuelle, et on peut tout à fait s’en porter très bien.
Par ailleurs, on ne risque pas d’offenser Dieu : Il est inoffensable, tout comme l’or est inoxydable. La question morale se pose autrement :
- La liberté intérieure : se laisser gouverner par ses pulsions sexuelles nous prive de notre liberté, car la pulsion brute ne se soucie pas de l’équilibre de l’être.
- La relation humaine : l’intimité sexuelle engage profondément les personnes. Réduire la sexualité au papillonnage revient souvent à traiter l’autre comme un simple moyen, ce qui altère la dignité de chacun, même en cas de consentement réciproque.
- La parole donnée : si l’on est engagé dans un couple, la tromperie blesse la confiance, la parole donnée et notre propre intégrité morale.
Dieu ne s’oppose jamais au plaisir, qui est une capacité qu’Il nous a donnée. Il cherche simplement à nous préserver du mal et à nous guider vers une vie féconde et respectueuse.
L’humain a la capacité d’orienter ses pulsions. Comme l’écrivait Albert Camus dans Le Premier Homme : « un homme, ça s’empêche ». Il s’agit d’aligner nos actes sur nos convictions profondes, avec l’aide, l’amour et le pardon de Dieu.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Corps, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
Réponse du visiteur :
Bonjour M. le Pasteur,
Merci infiniment de votre longue réponse détaillée.
Cela m’éclaire et me rassure.
Je la relirai régulièrement pour y réfléchir encore et encore.
Par ailleurs merci plus largement pour tout votre travail sur le net. Cela donne matière à réflexion et méditation. Les prédications en ligne c’est très bien !
Dieu vous garde et vous bénisse aussi.
En écho à ce texte :
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Chair
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Jésus dit : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. » (Jean 3:6)
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Corps : notre corps humain, le corps du Christ et le « corps » de Dieu dans la Bible
