Quid des croyances des autres nations, toutes ont à la base une expérience de Dieu ?

brouillard dans l'Appenzell, en montant à Seealpsee

Nous cherchons Dieu, l’apercevant comme à travers un voile.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

Je vous remercie pour ce site et particulièrement pour votre dernière réponse sur la question du sens de la vie. Étant aux prises d’une dépression, ce post participe à me faire prendre du recul et à espérer. Et si le sens que je veux donner à mon existence avait toujours été là, depuis toujours ? Celui d’aimer les autres au gré des marées et des expériences de la vie ? Pourtant c’est si difficile et souvent douloureux !

J’en viens à mon questionnement. La Bible et le Coran décrivent l’intervention de Dieu dans le moyen-Orient. Israel était le peuple élu, Muhammad est intervenu auprès d’une population paganisée et idolâtre dans la même zone. Quid des croyances des autres nations ?

J’aime à penser que de tout temps les civilisations ont tenté de répondre au mystère de Dieu ou Être suprême ou Créateur ou Univers en le caractérisant à la limite de l’imagination humaine. Dieux et déesses antiques, mère nature, le vent, la vie, etc. Et si tous ces rites et coutumes n’étaient pas de l’idolâtrie délibérée mais simplement une manière pour l’Homme de comprendre son existence et l’après ?

Toutes ces croyances ont en commun la spiritualité, se reconnecter à l’essentiel, à soi, au monde naturel. Au fond, toutes ou presque (j’exclus les croyances malveillantes) se tournent vers l’amour et la paix. C’est ce qu’est Dieu non ?

Pourquoi n’a-t-on des textes décrivant le seul vrai Dieu qu’originaires du moyen-Orient ? Et pourquoi pas dans les autres régions et continents ? Dieu intervenait auprès d’eux j’en suis persuadée. Pourtant tout est centré sur le moyen-Orient. Les autres peuples n’ont pas eu d’expérience avec Dieu au même titre que les Israelites et les peuples limitrophes ? Pourquoi ce n’est pas écrit dans un livre dit sacré ?

Je vous remercie de m’avoir lue.

Bonne journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Grand grand merci pour vos encouragements. C’est vrai que la dépression n’est pas une petite affaire, avec souvent une compréhension assez limitée de notre entourage, en tout cas de ceux qui n’ont pas connu cela et pour qui ce mal reste assez mystérieux. Cela dit, aujourd’hui la dépression se soigne quand même mieux. Quand elle est prise sérieusement par des médecins compétents.

Je suis d’accord avec vous, toutes les religions, pas seulement les religions monothéistes, mais aussi le bouddhisme, et les religions des humains préhistoriques dès lors qu’ils ont commencé à mettre en place des rites, tous ont à la base une certaine expérience de la transcendance, que nous appelons Dieu.

Ensuite, pour ce qui est de la compassion, je pense qu’il y a là quelque chose qui vient effectivement d’une expérience spirituelle fondamentale que font une proportion significative de personnes dans toutes les cultures que cette transcendance nous prend en compte, et à compassion de nous, humain. Il y a aussi à la base l’expérience fondamentale que la famille, la tribu, le village ne peut survivre que par une certaine solidarité, et donc compassion.

Hélas, je ne suis pas certain que dans toutes les religions Dieu (ou les dieux) soient à 100% amour et compassion. C’est le cas dans l’Evangile, j’en suis convaincu. Ainsi que dans certains courants présents dans la Bible hébraïque. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de toutes les religions, tant s’en faut. Par exemple Zeus pouvait être parfois sympa, mais assez souvent il est indifférent ou même un agresseur. L’idée de jugement divin, est souvent terrible, Dieu pouvant envoyer des gens à des peines éternelles ou les punir d’une réincarnation défavorable. C’est pourquoi j’apprécie tellement l’idée fondamentale dans l’Evangile du Christ de l’amour de Dieu, allant jusqu’à aimer, vouloir faire du bien même à ses ennemis. C’est extrêmement inspirant pour une belle façon d’être, et cela permet de s’ouvrir largement à la source transcendante de la vie (que nous appelons Dieu), sans que ce soit sous la pression d’un chantage, de menaces.

Personne ne possède « le vrai Dieu », en réalité. Même si beaucoup connaissent quelque chose de Dieu. L’humain cherche Dieu à tâtons, comme au delà d’un voile. C’est bien normal car il est d’un autre ordre qu’un de ces êtres ou de ces choses présentes dans l’univers. Il y a à la base une expérience de Dieu, une expérience de la vie et il y a une réflexion. Cela permet de développer une théologie. En suite, cette théologie s’affine (ou plutôt est à affiner sans cesse, à moins de penser avoir capturé Dieu dans une étroite cage formée de quelques doctrines).

En parallèle, l’humain cherche comment être en relation avec ce divin, cherche à s’ouvrir à ses bienfaits. Les peuples échangeant par le commerce, les voyages et les invasions, il y a des échanges aussi entre les religions, des apports mutuels, des filiations, des réformes, des nuances. Par exemple, le Christianisme est issu du Judaïsme, ou plutôt d’un certain judaïsme dont il est une réforme. Cela ne signifie pas que le Christianisme effacerait, rendrait obsolète le Judaïsme. Si certains chrétiens ont pensé cela à un certain moment, ce n’est absolument pas sympathique de le penser cela, c’est de l’intégrisme haineux, niant l’autre (pensant se valoriser pour autant, alors que c’est le contraire). Le judaïsme a une certaine vocation, le christianisme a une autre vocation, et de toute façon, c’est à chacun de voir ce qui lui convient le mieux pour aimer Dieu. L’islam est issu d’un certain christianisme et d’un certain judaïsme. Certains musulmans prétendent de même que le Coran annule les évangiles. C’est là aussi de l’intégrisme niant l’autre.

Une personne a bien le droit de préférer sa religion et de la trouver plus géniale, plus fidèle que tout autre. Ce qui devient un problème c’est quand la personne prétend que sa religion est, dans l’absolu, la seule véritable. Ce n’est absolument pas une fatalité, dans toutes les religions il y a aussi des personnes qui respectent les autres personnes.

C’est vrai qu’au moyen orient il y a eu une effervescence passionnante au Moyen Orient ancien. Au niveau religieux mais aussi au niveau culturel. Le moyen orient est à un carrefour, entre la Mésopotamie et l’invention de l’écriture, l’Egypte, puis le monde grec. Mais aussi entre les trois continents : Afrique, Asie et Europe. Des caravanes dans tous les sens, avec des invasions successives, des influences et des croisements. Il semble qu’il y ait eu là une réceptivité particulièrement riche. Enrichie encore dans le dialogue et la tension féconde avec l’approche plus abstraite des philosophies grecques.

Bonnes recherches, c’est excellent de se poser des questions, cela est à la fois humble, courageux et intelligent.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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