Dois-je croire obligatoirement en la conception miraculeuse de Jésus par le Saint-Esprit ?

Marie enceinte - Madonna del Parto (Piero della Francesca)

Piero della Francesca – Marie enceinte (fresque de 1455, à Monterchi)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Permettez moi de vous poser une question sur le christianisme si vous le permettez ! Je suis dans une recherche personnelle libre, et avec mes amis chrétiens, nous discutons théologie entre nous, et nous sommes tombés sur le sujet de la Vierge Marie. Certains ont dit qu’il était impératif de croire en la naissance divine de Jésus par le Saint Esprit. J’ai entrepris quelques recherches personnelles, et j’ai appris que, comme la doctrine de la trinité, sa conception divine fut rédigée beaucoup plus tard (IIe siècle si mes sources sont bonnes). J’ai appris aussi que cette naissance miracle fut inspirée par la mythologie hindoue, du dieu Krishna, lorsque des missionnaires revinrent d’Inde et que ce mythe fut incorporé peu après dans le Nouveau Testament, et non mis de côté (comme ce fut le cas pour les apocryphes sur l’enfance de Jésus, très divinisés eux aussi). J’ai appris aussi que certains mouvements chrétiens comme les ébonites, ne croyaient pas en ce miracle et affirmaient que Jésus était l’enfant de Joseph et Marie (comme mentionné dans les Evangiles).

Selon d’autres sources, notamment le talmud – qui tient des propos très durs, si ce n’est inapproprié à l’égard de Jésus et de sa mère – il aurait été le fruit d’un adultère entre Marie et un soldat romain, du nom de Pantera. Cela aurait été révélé par un rabbin à un anti chrétien du nom de Celsus. Les historiens ont admis néanmoins que cette source n’était pas crédible et que, même si ce soldat avait bien existé, l’époque et le lieu ne correspondaient pas vraiment et remettaient fortement en doute une possible rencontre avec Marie. Mais les rabbins y croient dur comme fer. Il est même dit dans le talmud que Jésus à sa naissance fut enregistré sous le nom de Yeshu ben Pantera.

J’aurai aimé avoir votre avis : croyez vous en la conception par la volonté du Saint Esprit ? Historiquement, ces histoires étaient-elles connues de tous durant la vie de Jésus ou répandue bien plus tard ? Dois-je croire obligatoirement en cette conception ? Je crois en Jésus, je pense qu’il est sincèrement le Messie, mais j’aimerai savoir pour sa généalogie.

Merci d’avance.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Et bravo pour vos recherches et votre question. C’est non seulement autorisé (bien sûr), mais en plus c’est fécond. Dieu, la foi, la vie n’ont rien à craindre de la vérité, et encore moins de la recherche de la vérité quand c’est fait ainsi, sincèrement, avec la volonté d’avancer.

D’abord, un point fondamental, à mon avis. On n’est pas, on est jamais « obligé » de penser quelque chose que l’on ne pense pas. Ce serait contraire à la sincérité, contraire à votre conscience personnelle et votre intelligence propre qui sont parmi les bénédictions les plus essentielles de Dieu. La foi est autre chose : c’est un élan positif vers Dieu. Quand on se pose une question comme vous le faites, c’est manifestement une recherche sincère de Dieu. Son amour sans condition pour nous permet évidemment de penser des erreurs sans qu’il en soit fâché. Un véritable ami est comme cela, et Dieu est même plus qu’un véritable ami. Et dans la confiance que nous pouvons avoir en lui, cela permet de penser librement tout en continuant à chercher, avec une modestie et une confiance que Dieu nous aidera à cheminer vers une plus grande intelligence des réalités.

Maintenant, penchons nous sur ce dossier de la conception de Jésus de Nazareth.

Il me semble possible de réconcilier la position de vos amis et la vôtre. En effet, bien des pages de la Bible en général et de l’Evangile en particulier ne livrent pas une vérité littérale, matérielle mais une vérité théologique et spirituelle. C’est le cas, par exemple d’une affirmation comme « Jésus est la lumière du monde ». La vérité scientifique est que Jésus n’est pas un champ de photons ni un champ électromagnétique. Matériellement, Jésus n’est pas la lumière du monde. Bien qu’il soit venu il est toujours nécessaire d’allumer une lampe pour voir clair au plus profond de la nuit. Mais cela n’empêche pas que dans un autre sens, Jésus est effectivement la lumière du monde, c’est simplement la lecture littérale de ce texte qui n’a pas de sens. Même ceux qui prétendent faire une lecture littérale de la Bible ne le font évidemment pas en ce qui concerne ce passage.

D’autres passages sont manifestement à prendre au sens matériel, littéral, comme par exemple le fait que tous les apôtres de Jésus l’aient abandonné quand les choses ont commencé à devenir dangereuses. Cela ne s’invente pas ! Cet épisode entre dans la composition des évangiles à un moment où l’église commence à se structurer autour du témoignage de ces témoins directs de Jésus, cette anecdote n’est pas des plus marketing ! Mais c’est un fait de notoriété public et il fallait l’intégrer, je pense.

Il y a aussi des textes qui sont à la fois les deux, historiques et matériels mais gardés, repris, valorisés pour leur contenu spirituel. C’est à mon avis le cas de cette histoire autour de la conception de Jésus.

Alors qu’en est-il de cette histoire de conception miraculeuse de Jésus ? Vous avez raison, il y a divers témoignages antiques qui présentent des divergences et des convergences. Ils présentent trois conceptions (c’est le cas de le dire) :

  1. Jésus a pour seule génitrice Marie, avec l’aide du Saint Esprit, c’est ce que l’on dirait en lisant l’évangile selon Luc.
  2. Jésus a pour géniteurs Marie et Joseph, c’est ce que l’on dirait à lire Marc, Jean, et Paul.
  3. Jésus a pour géniteurs Marie et le soldat romain Pandéra, c’est ce que l’on dirait si l’on lit le Talmud,
  4. Matthieu est plus ambigu, il dit qu’en tout cas Joseph, le fiancé de Marie, n’est pas le géniteur, mais qu’il adopte cet enfant, encouragé par l’Esprit de Dieu à le faire.

Et puisqu’il y a une diversité au sein même du Nouveau Testament, il semble donc honnête de respecter la liberté parmi les chrétiens sur cette question…

Mais qu’en penser ?

Comme vous le dites, il est vraisemblable qu’il y a bien eu quelque chose de pas très régulier sur la conception, la filiation humaine de Jésus. C’est à mon avis un fait historique assez plausible, probablement assez connu puisque les ragots, mauvaises langues se déchaînent sur ce point… nous connaissons bien ce genre de médisances dans les villages, les entreprises, les associations (jusque dans l’église), sans que ce n’ait aucun intérêt positif, juste pour le plaisir de dire du mal, de relever le mal plus que le bien, quand on ne va pas l’inventer.

Pour le moins, le témoignage du Talmud manifeste quelque chose de cette médisance, ne relevant rien de bon dans l’homme Yeshu, pas un geste, pas une parole, rien que sa filiation honteuse, le fait qu’il trouble le peuple, le fait que ses propres disciples l’ait abandonné. Même le bien qu’a fait Jésus est retourné contre lui en disant que c’est en vue du mal qu’il faisait le bien, comme un sorcier.

  • Peut-être que c’est plus que de la médisance, que cette histoire de paternité adultérine romaine est tout juste une calomnie pour nuire à une personne que l’on considère comme gênante.
  • Mais peut-être aussi que cette histoire de conception par Marie avec un soldat romain appelé Pandéra ou Panthéra est historiquement vraie ? C’est bien possible, les viols des filles par les soldats occupants continuent à trop souvent exister même aujourd’hui, souvent en tout impunité. Il peut arriver aussi qu’il y ait un coup de foudre entre une fille du pays et le rutilant soldat vainqueur, cela aussi peut arriver, et c’est très mal vu, effectivement. Dans les deux cas, il est possible que Marie ait accepté ce fils, que Joseph l’ait adopté en pardonnant. Ce serait une très belle leçon d’Evangile, Jésus étant dès avant sa naissance un enfant adopté, un enfant dont la vie n’a été possible que par le pardon et l’amour de Marie et de Joseph, enfant subissant la moquerie, la médisance, le mépris dû à la méchanceté des humains autour de lui. Le témoignage de Matthieu dans son évangile peut être conforme à cette histoire. En effet, celui qui a le grand rôle dans cet évangile, c’est Joseph, c’est lui qui reçoit la visite de l’ange, c’est lui qui se convertit en pardonnant à sa fiancée Marie d’être enceinte sans qu’il n’y soit pour rien.

Si l’on prend l’autre opinion soutenue principalement par Luc, où Jésus a pour seule génitrice Marie, avec l’aide du Saint Esprit, cela ressemble effectivement à bien d’autres récits mythologiques.

  • Je dirais personnellement, que cette histoire est une mise en récit d’une vérité spirituelle. Et effectivement c’est une très précieuse prédication qui nous est donnée par ce récit.
  • Mais peut-être, après tout, que Dieu aurait fait un miracle spécial pour la conception de Jésus, après tout. Mais il ne l’aurais alors pas fait pour une impérieuse nécessité, comme si Jésus ne pouvait être son fils sans cela… mais il l’aurait fait pour donner un signe qu’il faudrait interpréter, pour le vivre à notre tour.

Quel en serait le sens ?

Cette bonne nouvelle, c’est que, comme Marie, nous pouvons nous laisser féconder par l’Esprit Saint dans notre existence et voir naître dans notre cœur une dimension qui est de l’ordre du Christ. Bien entendu cela ne se réalisera pas (probablement) en étant nous-mêmes enceinte (ou enceint) sans relation sexuelle, mais nous accoucherons néanmoins d’un nouveau nous-mêmes, plus vivant, plus aimant, un enfant de Dieu. C’est le projet de Dieu pour chacun. Marie est ainsi dans l’Evangile de Luc le type même de tout croyant.

Pour cela, dans un certain sens, il est utile que nous soyons vierge pour recevoir l’Esprit-Saint. Pour Marie, je ne sais pas, mais en tout cas pour nous, dans le sens figuré de ce texte, la question n’est pas celle de la virginité physique, mais d’une virginité spirituelle. Je rapprocherait cela de cette phrase de Jésus « vous ne pouvez à la fois adorer Dieu et Mammon (le dieu de l’argent et du pouvoir personnel) ». Ce n’est pas que ce soit interdit, mais ce n’est pas possible. Dans la mesure où nous reconnaissons vraiment Dieu comme notre Dieu, l’argent devient un moyen utile pour faire du bien, mais l’argent ne plus être pour nous un dieu, l’argent ne peut plus être pour nous le sens de notre vie… et inversement, si le sens de notre vie est l’argent, si nous aimons les gens en mesure de leur compte en banque… Dieu aura bien du mal à féconder notre existence, il va avoir du mal à nous aider à véritablement aimer les gens en vérité…

Il y a donc un miracle dans notre vie, une chose nous arrive qui était absolument impossible, inatteignable même par la plus haute sagesse  : Dieu arrive par son Esprit à faire naître en nous un petit peu déjà une personne capable d’aimer, un petit peu (à notre mesure) une personne à l’image du Christ. C’est un miracle qui a déjà un petit peu eu lieu en nous, en chaque personne vivante. Mais il y a encore tant à recevoir comme vie de la part de Dieu que ce miracle, nous pouvons l’espérer encore en encore en disant comme Marie « je suis l’enfant de Dieu, qu’il me soit fait selon sa Parole ».

Il est donc possible de réconcilier la croyance de vos amis et la vôtre, en cherchant ensemble à saisir le sens de ce récit pour nous aujourd’hui. En ce qui nous concerne, c’est le plus important. Peu importe la généalogie physique de Jésus. Il a vécu avec son histoire trouble, malgré les moqueries inévitables. Au lieu de l’aigrir, elles ont pu le rendre plus sensible à la souffrance des opprimés, des méprisés, des pas très en forme…

En tout cas, Dieu n’a pas besoin de ce miracle physique pour que Jésus soit fils de Dieu, et même LE Fils de Dieu, comme vous le dites : il est le Messie, le Christ promis. Il est d’abord Fils parce que Dieu le considère comme son Fils. Il est ensuite Fils en étant Sauveur, il est Fils en aimant comme Dieu aime.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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2 réponses

  1. Laetitia dit :

    Magnifiquement bien relaté, vous laissez les autres libres de penser et surtout oui surtout il n y a rien de culpabilisant, rien d oppressant ,rien qui dit que dieu nous animera plus.
    Je vous remercie infiniment car malgré ma peur oui encore et peut-être toujours, j avance.
    Soyez béni.

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