Jésus est mort sur la croix pour racheter nos péchés ?

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2 réponses

  1. Michel dit :

    Bonjour Marc,

    Il semble que le NT enseigne bel et bien que Jésus a réalisé lui-même ce que l’AT décrit sous la forme de sacrifices d’animaux, qui seraient une anticipation de ce que Jésus réaliserait une fois pour toutes. Voici 4 passages, mais il y en a d’autres:

    Romains 3:25:5 C’est lui que Dieu s’est proposé de constituer en expiation, au moyen de la foi, par son sang, pour montrer sa justice – parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant.

    Éphésiens 1:7:7 En lui, nous avons la rédemption par son sang, le pardon des fautes selon la richesse de sa grâce.

    Colossiens 1:19-20 : Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.

    1 Jean 1:7 : Si nous marchons dans la lumière, comme lui–même est dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.

  2. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    Effectivement, il existe quelques versets qui ont été traditionnellement interprétés dans le sens d’une lecture de la croix comme un “sacrifice propitiatoire”, le mécanisme serait de payer une rançon avec les souffrances de Jésus, avec son sang versé, sa mise à mort.

    D’abord, il existe une autre lecture possible, massive de la mort du Christ :

    • 1) simplement due à la méchanceté et à l’orgueil des humains, comme le dit la parabole très claire de Jésus lui-même, quand après avoir envoyé des prophètes maltraités, le maître de la vigne envoie son fils “en disant: Ils auront du respect pour mon fils.” (Marc 12:6) il est clair que le pardon de Dieu et sa bonne volonté pour sauver les pécheurs étaient premiers, avant la mise à mort du fils par les méchants vignerons homicides. Et donc que Dieu nous pardonne et sauve malgré la croix et non grâce au sacrifice de Jésus.
    • 2) elle est le signe de l’amour de Dieu et de l’amour de Jésus en écho. C’est d’ailleurs ainsi que Jésus la lit par exemple dans Jean 15:9-13 : l’amour de Dieu est premier, suscitant l’amour de Jésus pour nous, amour qui va jusqu’à donner sa vie pour nous.
    • 3) Jésus dit, affirme, et manifeste par ses paroles et ses actes que Dieu va jusqu’à aimer ses ennemis, bénir ceux qui le maudissent, faire du bien à ceux qui le haïssent, et intervenir en faveur de ceux qui maltraitent et persécutent… (Matthieu 5:44). Jésus n’a besoin d’aucun rachat, aucune souffrance infligée à un coupable (et encore moins à un innocent) pour pardonner à la femme adultère, ni à l’homme paralysé descendu par ses amis à travers un trou dans la toiture, ni aux soldats romains qui le crucifient..

    Paul confirme cette lecture de la croix comme signe de l’amour et non comme utile en quoi que ce soit pour permettre le pardon : Romains 5:8 “Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.”

    Ensuite, les sacrifices des hébreux n’avaient pas pour but d’acheter le pardon de Dieu, ni de payer un prix pour racheter nos fautes. Ce type de marchandage était étranger à leur logique (tant mieux pour eux). Ce sont des sacrifices de louange à Dieu, en particulier pour son pardon. D’ailleurs des centaines d’années avant le Christ, bien des prophètes déjà canonisés de son temps, remarquaient que le sacrifice n’a en soi aucune utilité, si ce n’est celui de l’être du coupable lui-même qui se convertit. Par exemple Osée 6:6 où l’Eternel dit “Car j’aime la piété et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes”, cité en Mt 12:7 où Jésus dit “Si vous saviez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents.”

    Le sacrifice d’animal au temple est un signe de reconnaissance pour le salut et la bénédiction de Dieu. Ce n’est donc pas pour les juifs une “victime expiatoire” ni “propitiatoire”. La fête du Yom Kippour est centrée sur l’idée de repentance, de démarche de réparation, pas sur l’idée d’un sacrifice calmant la fureur d’un dieu en colère comme dans les cultes de Baal ou de multitudes de cultes divers dans l’entourage des hébreux. Du temps de Jésus, et particulièrement pour Jésus, la culte àç la synagogue, et une démarche spirituelle ont plus d’importance que les sacrifices. On le voit clairement dans l’acte majeur posé par Jésus dans le temple de Jérusalem, solennellement, après avoir été acclamé comme roi avec des rameaux. Il renverse les tables des marchands du temple, indispensables pour que les familles qui le désirent puissent offrir un sacrifice. Jésus appelle plutôt à la prière.

    Il est donc inimaginable dans le contexte du milieu de Jésus que l’idée même d’un sacrifice humain, qui plus est d’un innocent, puisse en quoi que ce soit “satisfaire” Dieu, ou être trouvé le moins du monde conforme à la justice, et encore moins justifiant qui que ce soit aux yeux de Dieu.

    Quant à ce genre de versets utilisés pour soutenir cette théorie du sacrifice expiatoire, j’ai proposé quelques lectures ci dessus. Je vais essayer ci-dessous de le faire aussi pour les versets que vous citez.
    Mais de toute façon, on n’est pas nécessairement d’accord avec tous les versets, et on ne peut pas nécessairement les comprendre du premier coup.

    Comme indiqué, il me semble utile de noter que les traductions proposées dans ces versions me semblent impropres, elles sont tirées d’une conception grecque (et donc païenne) du sens des mots et non de leur signification hébraïque déterminante dans ce contexte :

    • “ilasmos” ou “ilasterion” (1Jean 2:2; 1 Jean 4:10 ; Romains 3:25) est traduit par “victime expiatoire” alors que ces mots signifient dans la Bible hébraïque aussi bien le pardon (comme dans le Psaume 130:4) ou la fête du pardon (le kippour) en hébreu. Dans ces versets, s’il y a donc “expiation”, ou victime expiatoire”, il est possible de lire “signe du pardon de Dieu”, de sa justice, de son amour.
    • Le sang répandu, aspergé, fait référence à l’agneau de la Pâque, agneau qui était mangé par les hébreux afin de prendre des forces pour se mettre en route dans le chemin de salut ouvert par Dieu (sans qu’ils aient eu besoin de l’acheter ni “d’expier” leurs fautes) et dont chacun devait asperger du sang sur les montants de sa porte pour éviter la mort. Je pense que c’est un signe d’alliance (Ex 24:8; Mt 26:28; Mr 14:24; Heb 9:20; Heb 10:29), très ancien, liant les deux contractants, comme si trahir ce lien était comme se vider de son sang. Ce n’est pas du sang offert à Dieu ou à diable pour payer quelque prix que ce soit. Cela ne “marche” que si l’alliance est tenue. Or, en Christ, précisément, on découvre que Dieu va jusqu’à aimer ses ennemis, et donc que lui tient l’alliance même unilatéralement, et que c’est comme si Dieu lui-même avait marqué du signe de son alliance sur chaque personne.
    • “lutroo” ou “lutrosis” peut faire référence en grec à la notion de rançon, certes, mais en hébreu, non, c’est le fait de libérer quelqu’un, un prisonnier, un esclave que l’on affranchit. Par exemple, précisément à la Pâque juive si importante et emblématique, c’est le verbe lutroo qui sert pour évoquer la libération des hébreux hors d’Egypte, où il n’y a eu nulle rançon pour avoir cette libération, c’est par la force. Les esclaves pouvaient aussi être affranchis selon à l’occasion d’un jubilé, là encore sans rançon versée. On traduira donc cette notion non par les mots de “rachat” ou de “rançon” mais par libérer, affranchir, sauver… comme on veut

    Ce qui nous sauve, ce n’est donc rien d’autre que la grâce de Dieu,

    • Romains 3:25 : tout ce développement vise à montrer précisément que le salut est gratuit (v.24) et donc sans que quiconque paye une note, et le Christ est signe de cet amour, de ce salut. Cela appelle la foi, notre foi, en confiance en ce Dieu qui aime et qui donne le signe d’alliance qu’est le sang de l’agneau, même si nous n’avions pas pensé à en asperger nos portes. D’ailleurs cette référence nous appelleà manger le Christ, à assimiler ses paroles, sa façon d’être et d’aimer, y puiser des forces pou rnous mettre en route, en chemin de vie grâce à la foi en lui, par lui…
    • Éphésiens 1:7 : là encore, cette “rédemption” est une libération pour avancer dans la vie, vers la vie. C’est bien plus qu’une simple amnistie. Bien autre chose. De toute façon, en Christ nous savons que Dieu ne garde pas rancune, il ne garde pas de comptabilité des bons et mauvais points. Il a de toute façon une volonté de nous aider à avancer. Telle est la richesse de sa grâce.
    • Colossiens 1:19-20 : Ce n’est pas Dieu et son terrible jugement qui devait être réconcilié avec nous. Il n’a cessé depuis les origines de vouloir libérer l’humain de sa détresse qu’elle soit de sa faute ou qu’elle soit subie. Et donc la question est de ramener le pécheur mais aussi le chaos de la nature dans la vie et la paix. De réconcilier tout ce bazard (si je puis dire), avec lui. A la base, donc, l’amour même unilatéral de Dieu, manifesté en Christ, qui est comme un signe d’alliance de Dieu avec l’univers entier, aspergé même si le pécheur n’a pas pensé, pas voulu prendre cette peine, ou refusé.
    • 1 Jean 1:7 : Cet amour nous purifie, car c’est ainsi que Dieu nous regarde.

    Cette idée de sacrifice humain nécessaire pour que Dieu puisse sauver me semble complètement contraire à ce que manifeste Jésus-Christ. Cela me semble un régression par rapport à la religion juive, et à ses efforts millénaires pour réinterpréter les sacrifices païens. De plus, cette idée de sacrifice humain nécessaire me semble induire une épouvantable idée de la justice, et donc de l’éthique de base dans les échanges entre personne qui s’aiment.

    Bien cordialement

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