Selon Michel Onfray, la civilisation chrétienne s’effondre. Alors, comment être chrétien ?

Par : pasteur Marc Pernot

Une ruine d'église (illustration) - Image: '2017-08-26 09-09 Schottland 167 Melrose Abbey' by Allie_Caulfield https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/28577026@N02/36950097763

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Aujourd’hui, écoutant les analyse du philosophe Michel Onfray, j’entends et je vois bien que la civilisation chrétienne est, et ceci est un processus historique de longue durée, en voie d’étiolement voire d’effondrement.

Comment être chrétien dans ce contexte ? Comment fonder une famille chrétienne ? L’idée d’une vie chrétienne et d’une famille chrétienne me tient assez à cœur car, mes parents ayant divorcé il y a une dizaine d’années, ayant pu voir les conséquence du manque de religion et de ce qu’une maison ait été bâtie sur du sable, j’accorde une grande importance à la fidélité au sens large et à une vision du monde réfléchie et non pas laissée au hasard.

Que deviendra le christianisme dans le futur ? Une religion sans masse et assez restreinte à l’instar de la religion juive ? Une religion d’initiés ? Une religion impuissante, ayant perdu sa force civilisationnelle ? Que deviendra l’Église catholique dans le futur ? Un ensemble de bâtiments vides et un clergé inexistant et prêt à renier tout ce qu’il fut jadis ?

Ne pensez-vous pas qu’une Église (fût-elle protestante ou catholique par ailleurs) plus conservatrice et fidèle à sa tradition rencontrerait davantage de succès dans la société contemporaine ? N’est-ce pas là le besoin et l’attente de la société contemporaine et future ?

Mais permettez-moi de me présenter brièvement pour que vous puissiez connaitre le contexte dans lequel je pose cette question. Je suis un jeune homme de 22 ans (bientôt 23). Je n’ai pas reçu une éducation religieuse. J’ai bien été dans une école catholique, mais elle n’avait de catholique que le nom. J’ignorais tout du christianisme jusqu’à ce que je m’y intéresse il y a quelques années, premièrement parce que je sentais que j’ignorais quelque chose d’important, quelque chose qui avait façonnait la société pendant des siècles et dont le déclin était récent. Je ne comprenais pas ce qu’était une religion. J’avais par ailleurs vu les limites d’un système de pensée athée. Ainsi ai-je visionné sur internet des vidéos à propos de l’analyse historico-critique des textes chrétiens, ainsi ai-je écouté des débats entre athées et chrétiens, ainsi ai-je écouté des cours de théologie catholique, ainsi ai-je appris ce qu’il y a à savoir sur les différentes dénominations chrétiennes et sur les grandes idées des différentes religions existantes, ainsi ai-je lu le nouveau testament et la moitié de l’ancien (travail en cours), ainsi ai-je assisté régulièrement à la messe catholique.
Par ailleurs, je cherche ma voie et je me demande si je dois me tourner vers le protestantisme ou le catholicisme. D’un côté, en tant que Français, j’estime être culturellement plus proche du catholicisme. D’un autre côté, les valeurs de la modernité sont davantage protestantes que catholiques. J’ai aussi la vision d’un protestantisme froid et sans charité, à l’image des États-Unis (peut-être ai-je tort). D’un autre côté, j’ai l’impression que le protestantisme met davantage l’accent que le catholicisme sur le travail, la connaissance et la raison.

Quant à l’islam, il m’est assez étranger et j’ai l’impression qu’il aboutit à un nivellement par le bas, à l’orgueil, à un sentiment de supériorité injustifié, à une satisfaction à peu de frais et qu’il met l’accent sur la loi plus que sur le cœur, choses que le christianisme réprouve. Corrigez-moi si je me trompe.

Ainsi, mon hésitation est entre le protestantisme et le catholicisme, pour les raisons précédemment indiquées. Mes réticences à l’égard du protestantisme sont-elles fondées ? Me conseilleriez-vous de me tourner vers une Église protestante pour assister au culte et me faire une idée par moi-même ? Que penser du futur du christianisme en France ?

En vous remerciant d’avoir pris le temps de lire ce courriel,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Si l’on écoute Michel Onfray, à mon avis, on voit bien que c’est d’abord lui qui a un problème avec la religion, plus qu’il révélerait que la religion a un problème. Que penser d’un homme qui, pour développer sa pensée, ressent l’irrésistible besoin de combattre la façon de vivre et de penser des autres ? Ce comportement dit plus sur l’auteur de ces discours de haine que cela ne révèle la vérité sur le christianisme, le monothéisme, la psychanalyse ou je ne sais quoi encore qu’il pense pourfendre.

Toute civilisation est en évolution, se transforme, et donc dans un certain sens meurt pour renaître autrement. C’est un signe de vitalité.

C’est vrai qu’il y a eu un chute brutale de la pratique religieuse dans les années 70, est-ce que cela est la fin du christianisme ? Du monothéisme ? De la foi ? Ce n’est pas la réalité de ce que nous vivons. Le résultat de cette chute d’effectifs des années 70 est qu’il n’y a jamais eu une si grande sincérité dans l’église aujourd’hui. Les personnes qui s’y engagent et celles qui y passent occasionnellement ne sont obligées par rien ni personne, c’est une pure démarche personnelle, sincère, venant du cœur, des tripes, de la tête. Internet a encore amplifié cette belle richesse de recherche personnelle et de débat, de liberté et de sincérité. Par conséquent, si la quantité a diminué, la qualité des engagements, de la pensée et de la foi ont augmenté. C’est plus le signe d’une évolution que d’une déliquescence.

Donc non, la foi chrétienne ne s’effondre pas. Il y a un renouveau spirituel avec l’arrivée de jeunes adultes bien intégrées dans la société, des personnes qui se donnent les moyens de réfléchir et de prier librement, sans s’enfermer dans notre seule petite chapelle, mais qui ont choisi délibérément la foi chrétienne et de se donner les moyens de travailler leur foi et leur espérance, et pour cela, de se rassembler à leur rythme, à leur façon dans une église chrétienne, et sont heureuses de trouver dans l’église un ressourcement pour leur foi et leur pensée, une éducation biblique pour leurs enfants, une occasion de se former et d’échanger.

Quelle autre lieu plus inspirant et plus libre que la mouvance chrétienne existe pour un adulte où il peut travailler à la fois sa réflexion et sa spiritualité, et avancer dans la recherche de ce qu’il désire l’animer ? Quelle autre association rassemble des personnes de milieux sociaux, d’origines, d’âges, de quartiers si différents ? Quelle idéologie, quel grand idéal est aussi inspirant aujourd’hui que l’Evangile du Christ ?

Contrairement ce qu’affirme Michel Onfray, le monothéisme n’est pas nécessairement un intégrisme affirmant qu’il existe un seul Dieu = le mien, une seule Vérité avec un grand V = celle qu’enseigne ma chapelle. C’est vrai qu’il existe des intégrismes dans toutes les religions, il existe aussi des intégristes haineux et sectaires dans l’athéisme aussi (la preuve). Le christianisme devrait avoir moins de facilités à secréter de l’intégrisme car il s’inspire de 4 évangiles et donc à la base d’une vision pluraliste de la vérité. Le monothéisme peut vraiment être, et est souvent, source de respect des autres : s’il y a un seul Dieu, une seule source de la vie, par conséquent toute vie est rattachée à cette même source, toute religion, tout regard porté vers le haut, tout chemin qui s’élève convergent vers un même sommet qui est le Dieu unique de tous et de toutes.

Tout dépend donc comment est vécue sa religion. Quel statut on accorde à son église. Voir cet article de ce blog.

C’est un peu une autre question que celle de la foi, car toute église n’est qu’une salle de musculation pour la foi et la réflexion, et donc par définition n’est jamais à la hauteur de la transcendance qui l’inspire, mais les églises chrétiennes sont évidemment largement perfectibles, et notre église protestante aussi, bien entendu. Il est donc facile de les critiquer, et c’est bien de le faire dans la mesure où c’est d’une manière constructive, pas dans le malsain plaisir de démolir. Si l’on n’aime pas son église, on s’y engage pour la faire évoluer, ou bien l’on crée un autre mouvement de pensée et/ou de spiritualité concurrent.

Il y a tout un éventail d’églises possibles, dans le protestantisme nous offrons aux fidèles de se former, nous pensons que tous sont appelés à devenir théologien et interprète de la Bible, mystique et bienfaiteur. C’est bien entendu plus fatigant que de se reposer sur du prêt à penser et des rites. Mais personne n’est obligé. Et il existe d’autres formes d’église. Aujourd’hui nous marchons la main dans la main avec les paroisses catholiques voisines, avec joie. Ce pluralisme est une richesse.

Donc oui, bien sûr, le mieux est de chercher ce qui vous fera le plus avancer, vous. Et éventuellement de panacher, vous partageant entre plusieurs lieu de ressourcement et de formation.

Avec mes amitiés

pasteur Marc Pernot

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