En étant ni jolie ni en bonne santé, depuis longtemps je pense que Dieu ne m’a pas beaucoup donné, donc pas aimée.

Par : pasteur Marc Pernot

Gros plan sur un oeil, un peu embué - Photo by Joel Staveley on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour
Voilà je me demande si C est Dieu qui a participé à ce que je naisse sur terre ? Comme pour mes parents j ai été un gros accident j ai pensé qu au moins Dieu à bien voulu que je sois sur terre.
Mais en même temps s il l à voulu je ne suis pas très bien faite… Pourquoi ne m à t il pas donné un beau physique et une bonne santé comme à certains ?
Est ce parce que je suis née d un accident et donc d un manque d amour ?
En étant ni jolie ni en bonne santé depuis longtemps je pense que Dieu ne m à pas beaucoup donne donc aimée. Surtout je manques de ces armes sur terre car la société reconnaît la beauté et la santé pour travailler et réussir donc moi je n existe quasiment pas….
Merci de me donner votre avis.

Réponse d’un pasteur :

Chère Camille

J’ai été profondément touché par la lecture de votre message.

Et je tiens d’abord vraiment que vos difficultés ne signifient absolument pas que Dieu ne vous aimerait pas ou qu’il vous aimerait moins que d’autres personnes qui ont plus de chances. Le Christ nous apprend au contraire que Dieu se consacre d’autant plus à une personne qu’elle connaît des difficultés. Vous pouvez donc vous appuyer sur lui/elle, Dieu, pour avancer.

Il y a au moins une bonne répartition de cette valeur essentielle : l’amour de Dieu pour chaque individu, la dignité de chacune et chacun, l’espérance de Dieu que chaque personne puisse être en paix, être heureuse, se développer et produire ses propres fruits. Pour ce qui est des dons matériels, c’est tout à fait vrai que la vie n’est pas juste, et que les chances ne sont pas réparties équitablement. Certaines personnes naissent même avec toutes les chances et les talents apparents. D’autres personnes naissent handicapées, victimes de maltraitance dans un pays en guerre et ravagé par des catastrophes naturelles. Je puis vous assurer que cette injustice n’est pas la volonté de Dieu, car sa volonté est que chaque personne puisse se développer et exprimer avec bonheur sa personnalité profonde. La question est de savoir comment Dieu cherche à poursuivre cet objectif.

  • Il n’est pas un magicien avec des chances qu’il enverrait comme cela sur le berceau de tel enfant, et refuserait à tel autre. L’injustice de la distribution des chances montre clairement que Dieu n’est pas, dans les faits, un distributeur de richesse, de talents, de santé et de beauté. Ou plutôt que son action n’est pas aussi directe que cela. Car Dieu est effectivement bien source du développement de la vie dans toutes ses belles dimensions.
  • Dieu est une puissance d’évolution dans le monde, une action qui se déploie sur des périodes longues.
  • Dieu est aussi une puissance d’amour pour accompagner chacun, cela est bien dans le présent, et est source de bien des bonnes surprises inimaginables.
  • Dieu est encore un appel à chercher la justice et à faire ce que nous pouvons, nous, afin que ce monde soit plus juste. C’est le sens de cette prière du « Notre Père » que nous apprend Jésus quand il dit « Notre Père qui es aux cieux, que ta volonté soit faite sur la terre comme elle l’est au ciel ». Cela signifie (à mon avis) que la volonté de Dieu, son objectif, sa visée, est parfaitement juste (au ciel), et que cette volonté de justice est loin d’être faite sur terre. Mais qu’il y travaille et qu’il nous appelle à nous associer à ce travail par des gestes vrais et très concrets de solidarité, de soutien aux autres. En ayant ainsi faim et soif de justice, et en cherchant à faire progresser la volonté de Dieu sur terre en donnant le maximum de chances à chaque personne.

Votre indignation va donc effectivement dans le sens de Dieu, j’en suis persuadé. Et je suis persuadé que Dieu y travaille sans cesse, et qu’il ne vous oublie pas, qu’il est à vos côtés, bien entendu, pour tirer le meilleur de ce que vous êtes, malgré les difficultés.

Je côtoie des personnes de toutes sortes, donc certaines ont beaucoup de chance. Je puis vous assurer que du point de vue de la vie intérieure, de la qualité d’humanité, de bienveillance, de profondeur, de compassion, de spiritualité… ce n’est absolument pas plus facile pour autant. C’est vrai que cela pourrait être plus facile car quand on n’est pas préoccupé par des soucis de santé, de travail, de couple, d’argent, de sécurité… l’esprit pourrait être plus libre pour s’intéresser aux dimensions les plus élevées de la vie humaine. Mais ce n’est pas si évident. Etrangement, et bêtement je dirais, il semble que l’humain se tracasse souvent pour quelque chose, si ce n’est pour des besoins essentiels et des tourments très concrets, l’humain se trouve souvent des tracas secondaires qui prennent des dimensions immenses pour lui. Alors qu’il y aurait bien plus intéressant, évidemment.

Et j’ai rencontré des personnes vraiment affligées par des montagnes de choses pas faciles qui avaient une exceptionnelle profondeur d’être, de bienveillance, de spiritualité, de compassion pour les autres. Ces personnes n’ont peut-être pas de statut de réussite pour certaines personnes jugeant selon certains critères, mais je peux vous dire que ces personnes existent et rayonnent dans le monde de valeurs essentielles, et que cela change le monde. Car un peu de bonté vécue a cet effet puissant, et est démultiplié dans ses effets par d’autres personnes qui ont été touchées. Cela aussi vient de Dieu. Que l’on ait beaucoup, un peu, pas tellement, ou pas de chance du tout du point de vue extérieur, cela peut être cultivé, en particulier dans une belle relation à Dieu, et une belle façon d’être dans le monde. Cela passe à mon avis par apprendre, et sentir, que notre personnalité profonde est bonne, est aimée, qu’elle est un talent extraordinaire. Je sais que ce n’est pas évident de le reconnaître. Et pourtant, je vous assure que c’est vrai. Et que Dieu vous bénit et vous accompagne.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

Marc

PS. Votre question rejoint celle-ci : « En quoi Dieu est bon et juste alors qu’il existe des gens beaux et d’autres laids des riches et des pauvres ? »

 

par : pasteur Marc Pernot

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3 réponses

  1. Anita dit :

    Il y a la beauté du coeur et je pense que vous l’avez, quant à la santé, nous avons hélas presque tous des problèmes, j’en ai qui ont failli me coûter la vie, mais Dieu est en nous et Jésus près de nous dans les moments difficiles. Bon courage avec toutes mes amitiés ❤

  2. dauphin_2021 dit :

    Beauté et laideur sont très subjectifs, et en plus sujets à des canons et des modes. Il y a quelques siècles le fait d’être un peu enveloppée pour une femme était un critère de beauté, c’est d’ailleurs toujours le cas dans certains lieux en Afrique par exemple… Telle ou telle forme du visage est appréciée de façon diverse selon les pays. Il me semble que les littératures ou poésies asiatiques par exemple décrivent parfois des canons de beauté tout à fait autres que les canons occidentaux. Par ailleurs, j’ai fait l’expérience d’avoir côtoyé des personnes peut-être pas les plus belles du monde, mais avec le temps, l’habitude, parfois l’amitié, on les trouve belles, je veux dire on les apprécie, et on apprécie y compris leurs traits de visage, associés à la mémoire de la personne, même si ce n’est pas l’esprit de la personne. Enfin notre visage exprime nos émotions, celles-ci peuvent être belles vraiment, peuvent attirer, favoriser la sociabilité… quelle que soit le côté pittoresque ou non du visage. D’ailleurs certaines peintures rendent à merveille des visages magnifiques ou magnifiés, alors qu’ils n’étaient pas très conformes à des canons de beauté a priori.
    Le visage évolue avec le temps, même des vrais jumeaux peuvent avoir des visages qui évoluent quand même un peu différemment au cours du temps, peut-être du fait de l’épigénétique, de la modulation de l’expression des gènes selon l’environnement, l’hygiène de vie, le sport pratiqué ou non, la nutrition…
    Pour la plupart des expériences vécues, être beau ou laid ne change rien : pour une randonnée dans la nature, une séance de cinéma ou un film à la télévision…

    En revanche attention à la confiance en soi, que l’on peut développer dans tous les cas, quel que soit le regard éventuel des autres, d’ailleurs souvent bienveillant ou sinon neutre, mais sinon, laisser tomber. Il n’y a pas de mérite particulier de toute façon à avoir tel ou tel aspect physique, cela est lié en grande partie à l’expression de nos gènes, en dehors du fait de s’occuper de son corps.

    Pour la santé, c’est un autre sujet, certains éléments sont communs à tous, comme le fait de faire un peu d’exercices si on peut pour stimuler un peu de forme physique du corps, de chercher une bonne nutrition si l’on peut. Ensuite d’autres éléments peuvent-être d’ordre médical, et donc peut-être que des éléments de prévention ou des améliorations sont disponibles quelque part aujourd’hui, ou peut-être qu’il y a des recherches en cours, qui auront des résultats dans l’avenir…

  3. Claire-Lise Rosset dit :

    Chère Madame,

    Votre message me touche beaucoup, tant la blessure du lien d’attachement du bébé à sa mère provoque chez le nouveau-né et le petit enfant des dégâts psychologiques à long terme.

    Tu n’aurais pas dû naître, tu es un accident , mais de qui, de quoi ? Tous ces messages implicites et explicites qui portent atteinte au droit de naître de la petite fille que vous avez été, ce bébé qui n’existait pas dans le regard d’une mère qui vous a rejetée.

    Une future maman qui considérait sa grossesse comme un événement imprévu – un accident – et qui n’a pas pu, pour des raisons qui lui appartiennent, investir ni psychologiquement sa grossesse, ni affectivement ce petit foetus qui grandissait dans son ventre et qui ne demandait qu’à être aimé.

    Etre abandonnée affectivement par son père et par sa mère est grave, dans le sens qu’on ne peut pas se faire auto-exister. On n’existe que dans le regard de l’autre.

    Je vous mets un extrait de livre d’un enfant adopté, qui lui aussi ressent cette blessure d’abandon, tout comme vous, même si le cadre n’est pas le même :

     » Je ne sais pas pourquoi nous avons été séparés, mais je crois que tu as dû terriblement souffrir. Ton petit bébé aussi, tu sais…

    Tu ne peux pas savoir ce que tu lui as manqué, ce qu’il a pu te chercher,
    t’attendre, ce qu’il a eu mal de toi…et cela a duré tellement longtemps !

    Tu m’as manqué au plus profond de moi…c’était dans mon ventre que cela se passait, dans mon coeur, et ils étaient tous là à me dire que ce n’était rien, que j’avais de la chance et qu’il n’y avait pas de quoi être malheureux…

    Et il fallait que je fasse toujours semblant pour leur montrer que ça allait bien.
    Il fallait que je sourie, que je sois normal, que j’arrête de poser des problèmes…

    Comment ces soi-disant adultes n’ont-ils pas pu comprendre que j’avais tellement mal, que rien d’autre n’était important pour moi, que toi, ta chair, ton sang, ta chaleur ?

    (Jean-Daniel Remond, Une mère silencieuse, Editions du Seuil)

    Je vous suggère de parler de ces profondes blessures d’attachement avec un thérapeute qui, par sa compassion, son écoute attentive, vous permettra de vous détacher de tous ces messages morbides qui vous empêchent de vivre votre vie, qui vous contaminent de l’extérieur, comme de l’intérieur.
    Pour que le passé cesse d’ envahir votre présent.

    Il est temps d’être ce que vous êtes et de prendre votre propre envol, en-dehors de tout ce que la société exige comme « normalité  » qui consiste à habiter un personnage – une coquille vide d’intériorité – plus que la personne dans son être.

    Il est temps d’être ce que vous êtes et de prendre votre propre envol en vous dépoussiérant de tous les mensonges parentaux et destructeurs posés sur vous, portant atteinte à votre dignité d’être humain.

    Viendra le temps, où réconciliée avec la petite fille maltraitée que vous avez été, vous pourrez considérer que Dieu a voulu que vous existiez, enfant sacrée et aimée à la folie par un Dieu qui s’assied à côté de vous pour pleurer avec vous de la bêtise humaine et vous relever de votre souffrance.

    Bien cordialement
    Claire-Lise Rosset

    Annexe :

    – Exemple d’une thérapie qui répare le lien d’attachement, dénommée Intégration du cycle de la vie – ICV, de Peggy Pace
    (que j’ai fait avec succès entre autres thérapies qui ciblent le trauma, comme EMDR)

    https://www.youtube.com/watch?v=Mipl5l8WZP4

    – Et par le théologien Philippe Lefebvre, quelques notions du terme grandir dans la bible, où Dieu s’occupe des petits et non pas de ceux qui veulent être estimés le plus grand

    https://www.youtube.com/watch?v=VvPhOzutNKA

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