
Quelle est la signification de « la sainte église universelle » proclamée dans notre crédo ?
La formule « la sainte église universelle » du Crédo suscite bien des interrogations. Entre portée géographique, vocation spirituelle et dimension temporelle, découvrez l’éclairage théologique du pasteur Marc Pernot sur cette notion clé et sur la liberté de conscience du croyant.
Question posée :
Bonjour,
Je vous écris car je me pose la question de la signification de « la sainte église universelle » telle que proclamée dans notre crédo.
Qu’entend-on par universelle ? Est-ce une universalité géographique, transcendant les peuples, ou est-ce encore une universalité « église réalité spirituelle » ou est-ce une universalité dans le sens temporel (ce qui a toujours été cru, adopté, partout et par tous) ?
Merci d’avance,
Fraternellement,
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir,
Votre question, apparemment toute simple, ouvre une « boîte de Pandore » (avec heureusement, toujours l’espérance qui, elle, nous reste au fond de la boîte).
Considérations sur « notre crédo »
Le crédo vaut ce qu’il vaut. Il mérite attention par respect pour des chrétiens du IVe siècle qui ont commencé à se rassembler autour de cet ensemble de convictions. En même temps, la démarche en elle-même qui a consisté à fixer des doctrines obligatoires pour les croyants est très discutable. La grande et belle diversité qui existait entre les apôtres de Jésus, puis parmi les chrétiens des premiers siècles, a fortement diminué à partir de ce moment-là, et rapidement des chrétiens se sont sentis autorisés à persécuter d’autres chrétiens à cause de cette démarche !
En effet, ce texte (le « crédo ») a précisément été composé pour exclure certains courants chrétiens que le courant majoritaire voulait combattre. Cela explique pourquoi tout ce qui est essentiel ne se trouve précisément pas dans ce texte, par exemple : la grâce et le pardon de Dieu, ou le fait que Jésus-Christ ait agi entre sa naissance et sa mort (qu’il a parlé, vécu et enseigné). Ce « crédo » ne parle pas non plus de foi, ni d’espérance, ni d’aimer Dieu, son prochain et soi-même comme Jésus nous y invite…
Donc, le « Crédo » n’a pas le statut d’une parole de Jésus, ni de l’Évangile. Vous pouvez vous sentir très libre de ne pas être d’accord avec ce qui est marqué, ou de ne pas trouver cela essentiel pour vous. Le seul point vraiment commun à tous les chrétiens de toute sorte, c’est la personne de Jésus, le Christ. C’est à mon avis le seul « universel » pour tous les chrétiens de tous les temps, transcendant les peuples, mais aussi les sensibilités, la personnalité de chacun et les circonstances. Et comme la définition même de la fonction de « Christ » est universelle, il me semble que quand on dit que Jésus est le Christ, cela implique que toute personne, même ceux qui ne croient pas en lui, est au bénéfice de l’amour universel de Dieu que Jésus a manifesté. Le voile du temple s’est déchiré, le monde entier est le « saint des saints ».
Cela dit : bravo de vous poser des questions sur le Crédo. Si la majorité n’a pas toujours raison, il arrive qu’elle n’ait pas tort non plus. Une majorité de théologiens s’est fixée sur cette liste de croyances (certes discutables), mais ils n’étaient pas non plus des personnes sans intelligence ni foi. Ils méritent d’être écoutés, quitte à discuter après. Et puisqu’une majorité de chrétiens et d’églises dans le monde choisissent d’honorer ce texte, cela mérite une grande considération par respect pour ces personnes. Ce qui ne nous empêche pas de respecter tout autant les personnes qui pensent différemment sur tel ou tel point.
En quel sens comprendre l’expression « la sainte église universelle » ?
C’est bien moins simple qu’il ne le semble.
- Église : un ensemble de personnes chrétiennes. Jusqu’ici, c’est simple. Mais quel ensemble ? En général, avec un « é » minuscule, c’est l’ensemble des personnes chrétiennes qui se réunissent en un lieu, comme Paul parle de l’église de Corinthe ou de Cenchrées. Mais ce terme d’église peut aussi désigner l’institution qui gère concrètement ce rassemblement (la paroisse, avec son conseil, ses bâtiments, ses comptes et ses pasteurs ou curés). Avec un « É » majeur à Église, on pense souvent plutôt à l’ensemble des personnes qui sont disciples du Christ dans leur cœur, même si elles ne sont pas inscrites dans une paroisse. Personnellement, quand je pense à l’Église avec un grand É, je pense plutôt à une définition ayant pour référence Dieu : l’Église est alors l’ensemble des personnes que Dieu appelle à se mettre en chemin, c’est-à-dire l’humanité entière, puisque Dieu veut que toute personne soit sauvée (le mot grec ekklesia vient de ex, « hors de », et kaleo, « appeler » : un appel à sortir de chez soi pour aller vers la voix de Dieu).
- Saint, sainte : ce mot est moins simple qu’il n’y paraît. Dans la Bible, « saint » signifie : appelé en particulier par Dieu pour un service confié. « Sainte » n’est ainsi pas à comprendre comme un label d’excellence. L’Église, quelle qu’elle soit, a besoin comme chacun de nous de l’aide de Dieu pour pallier ses faiblesses. C’est ainsi que l’Église est sainte : elle a un service à rendre envers chaque personne que sa vocation lui confie, sans discrimination.
- Universelle (Katholikos en grec : qui concerne tout le monde).
Pour l’époque du crédo au IVe siècle, dans le contexte d’un désir de verrouiller la liberté de pensée au sein de l’empire, il s’agissait de définir un cadre imposé universellement. À l’intérieur : les personnes jugées « convenables ». À l’extérieur : ceux qui étaient considérés comme hérétiques ou schismatiques. Cette logique exclusive me semble peu fidèle à la façon dont le Christ vivait, ni à la pensée de l’apôtre Paul qui rappelle que c’est l’Esprit de Dieu qui fait l’unité du corps du Christ dans la diversité (1 Corinthiens 12).
Je préfère donc lire l’idée de « sainte église universelle » dans un sens inclusif :
- En tant que communauté : l’ensemble des personnes que Dieu appelle englobe tout le monde, personne ne peut être exclu du dehors.
- En tant qu’institution : sa vocation sainte est d’être au service de toute personne, présente et future.
Et ceux qui sont perçus comme « dehors » ?
À l’occasion des conciles œcuméniques, le terme « hérétique » (qui vient du grec haireomai, signifiant « choisir ») est devenu une injure pour désigner ceux qui osaient exercer leur liberté de pensée. Pourtant, là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté et la diversité. Ce qui unit les croyants, ce n’est pas le dogme ou l’autorité d’une institution, c’est notre lien personnel à Dieu et nos regards qui convergent vers le Christ.
L’Église devrait être universelle au sens où elle permet une sincérité universelle, offrant à chacun la confiance nécessaire pour cheminer et prier selon sa conscience.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
En lien avec cette réflexion : Comprendre les fondements de la notion d’église grâce au Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Je crois la Sainte Église : sens et mystère du Symbole des Apôtres
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