La vie éternelle : les évènements d’Amour seraient sauvegardés pour toujours en Dieu ? C’est tout ?

Par : pasteur Marc Pernot

sculture de pierre dans un cimetière représentant des mains qui se tiennent - Image par Michael Gaida de Pixabay

Une pierre tombale tenant lieu de vie ? Même dans un ordinateur, il y a une mémoire appelée « vive » qui est effectivement bien plus vivante que cela…

Question d’un visiteur :

Bonjour M. Pernot,

J’ai une « petite » question notre résurrection et la vie éternelle.

J’ai lu dans certains écrits protestants, que j’apprécie par ailleurs beaucoup, que la vie éternelle pourrait s’apparenter à une « sauvegarde en Dieu ». Si j’ai bien compris, notre vie actuelle, en tous cas, les évènements d’Amour seraient sauvegardés pour toujours en Dieu.

Si cette comparaison est juste, cela m’inquiète un peu car cela signifierait que la « vie après la mort » ne serait plus vivante, il n’y aurait rien de nouveau à construire, cela ne serait qu’une « mémoire » aussi belle soit-elle d’une vie d’Amour passée…

Qu’en pensez-vous? Il me semblait de mon côté que, comme le Christ est toujours présent et vivant aujourd’hui et pour l’éternité (et pas uniquement dans une mémoire de ce qu’il a accompli par le passé), il en serait de même pour nous.

Cette question est évidemment très importante à mes yeux, j’espère avoir votre avis éclairé sur la question, en espérant avoir été suffisamment clair dans mon inquiétude.

Encore merci pour tout !

Réponse d’un pasteur :

Bonjour monsieur

Je suis du même avis que vous. Il me semble que c’est la vie qui est éternelle, et donc une vie vivante, en cheminement et évolution, une créativité produisant des fruits uniques. Cela me fait d’ailleurs dire souvent que si certains pensent se reposer dans la vie future, ils risquent d’être déçus, car une case dans une mémoire divine, ou une couette douillette où nous reposerions pour l’éternité me semble être plus proche d’une épitaphe sur le marbre d’un monument funéraire. Ce qui est précieux et durable me semble être la vie dans sa qualité,

Quant au Christ vivant et présent, certes. Mais je pense que l’on parle là d’autre chose. Jésus serait-il présent autour de nous à la manière d’un fantôme ? Serait-ce là le sort des personnes dont le corps est mort ? Je ne le pense pas. La vie future me se semble devoir être dans une autre façon d’être et d’exister que celle là.

C’est Christ qui est vivant et présent aujourd’hui, ce n’est pas monsieur Jésus, ex-charpentier à Nazareth. Christ est présent en ce qu’il a semé dans la conscience de l’humain, une ouverture à l’Esprit, le laissant Dieu travailler en nous, nous ouvrir les yeux, les oreilles, le cœur et l’intelligence à ce qui vient de Dieu, Et que de ce processus un corps émerge progressivement, avec une confiance plus profonde en Dieu et de meilleures relations avec les autres membres de ce corps. Et ce corps est effectivement vivant, comme corps du Christ.

J’aime bien cette longue tirade de l’apôtre Paul dans le chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens. Il y développe l’idée de notre résurrection avec un corps glorieux, imputrescible, spirituel. C’est intéressant et c’est dit fort poétiquement. Dans la notion de corps il y a fondamentalement l’idée d’individu personnel avec ses traits et son histoire, avec la peau comme frontière et les sens comme média assurant l’interface avec l’extérieur. C’est ainsi que nous pouvons parler d’amour et de fidélité restant vivant au-delà de ce monde, car sans individus distincts est-ce que ces notions de relations, d’amour, de confiance, de fidélité conserveraient un sens ?

D’in côté, il me semble qu’avec la Bible Hébraïque il est sage de répondre à ces interrogations un : peu importe, nous verrons bien, faisons confiance à l’Eternel et attachons nous plutôt à vivre d’une belle façon la vie présente et notre vocation en ce monde. Je serais assez d’accord avec cela, mais en partie seulement. D’accord pour que la vie future ne soit pas pour nous une priorité au dessus de la vie présente, ce serait être hors sujet, sans cesse, et dans cette continuité entre ces deux vies, gâcher l’une et l’autre en pendant sacrifier la première au profit de la seconde. Néanmoins, précisément à cause de cette continuité, il me semble que réfléchir comme vous le faites à cette question du qu’est-ce qui demeure de la personne et de la vie humaine dans la vie future, c’est se poser la question de ce que nous choisirons comme étant l’essentiel à chérir particulièrement lors de cette vie présente. C’est là que la « petite » question un petit peu abstraite vue notre incapacité à penser ce qui est pour nous impensable, devient une grande question essentielle. Si l’on répond que ce qui reste est « la mémoire » répondra-t-on à notre époux que l’on ne regarde même pas ni n’écoute : mais, je pensais à toi, je te gardais dans ma mémoire ? Est-ce cela que nous voulons avoir avec notre ami, notre enfant ? Comme vous le dites, cela me semble passablement dénué de vie, de chair, d’évolution, de découvertes et de surprises, et donc d’efforts pour s’élever encore, pour créer du neuf, tisser de belles relations. Or, c’est cela, la vie vivante.

Avoir une conception de la vie future pour vivre d’une plus belle façon la vie présente, pour être dans l’admiration,la louange, et dans l’action afin de développer cette dimension de qualité d’être, de relation et de vie qui rendent la vie si vivante.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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