Extrait d"un tableau de Spitzweg représentant un bibliothécaire
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La notion d’expiation est souvent associée à l’idée d’une dette à payer ou d’une punition pour une faute commise. Cet article explore comment la perspective biblique et l’enseignement du Christ transforment cette vision. Il met en lumière le passage d’une justice basée sur la stricte équité à une justice fondée sur l’amour, la guérison et la restauration, où Dieu agit non pas pour exiger un paiement, mais pour soigner l’humanité.


De la logique du donnant-donnant à l’équité

Une certaine idée de la justice est celle du donnant-donnant. C’est celle que nous voyons gouverner souvent les échanges dans la société civile. Selon cette conception, tout bien ou service doit être payé et quand une personne a fait une faute, cette faute doit également être payée d’une manière ou d’une autre, la faute doit être expiée, vengée. Parfois, cette logique est particulièrement cruelle, une simple offense étant punie de mort ou de mutilation, ou se porte vers les personnes de son entourage !

L’équité est déjà un progrès par rapport à cette vengeance, c’est ce que propose le principe « œil pour œil, dent pour dent » que l’on trouve dans la première partie de la Bible (Lévitique 24:20) : si quelqu’un crève un œil à un autre dans un accident, on lui crève un œil en échange, ou on paye un dédommagement équivalent. C’est déjà mieux que de le tuer pour ça, ou de faire du tort à sa famille. C’est déjà mieux que casser la mâchoire pour une dent cassée. Cette équité a été la base de la justice à une certaine époque selon la Bible, ce serait déjà un grand progrès dans des pays où l’on coupe une main à un voleur, ou quand une personne risque la peine de mort pour des questions d’opinion politique ou de pratique religieuse.

La justice de l’amour et du soin en Christ

Le Christ propose encore un autre type de justice que l’équité, il propose la justice de l’amour, de la bienveillance et du soin. À la place du principe « œil pour œil« , Jésus nous propose d’aimer nos ennemis, de bénir et de prier pour ceux qui nous font du mal, de chercher à leur faire du bien ! Et Jésus ajoute que c’est comme cela que Dieu agit envers le coupable (Matthieu 5:38-44). Quelle logique derrière cela ? Si une personne a son enfant qui est malade, cette personne le soigne, de même si une personne a un comportement problématique, Dieu la considère comme un de ses enfants malades à soigner. Nous pouvons parfois être amenés à considérer cet humain malade comme contagieux devant être mis à l’écart afin que son mal ne fasse pas du mal encore à d’autres personnes. Mais on n’assassine pas un enfant malade. On le soigne. En tout cas dans une société bienveillante, et encore plus en famille quand il s’agit de son enfant ! C’est comme cela que Dieu considère le coupable.

Notre péché n’est donc pas à expier, le problème n’est pas là. Dieu n’attend pas que le coupable paye pour sa faute, et encore moins qu’un autre paye à sa place, Dieu n’est pas dans cette logique-là du donnant-donnant, il est dans la logique de l’amour pour chacun de ses enfants. Le problème de la faute n’est pas l’offense à Dieu, le problème de la faute est double : 1) elle provoque des souffrances que l’on doit essayer de consoler, guérir et prévenir pour éviter d’autres victimes ; 2) elle révèle que le coupable a un problème, qu’il est malade de quelque façon.

Une approche de la réparation et de la guérison

Avec le Christ, l’expiation d’une faute marche alors dans l’autre sens que dans l’ancien temps. Avant, il fallait que le coupable paye pour équilibrer l’offense (ou que quelqu’un paye pour lui). Au contraire, avec le Christ, il faut que la victime soit secourue et que le coupable soit soigné. On paye donc pour soigner les victimes et on paye pour soigner le coupable, pour réparer le monde, l’humanité. C’est ce que fait Dieu, en tout cas, et il est prêt à tout donner pour qu’une personne se porte mieux, en premier lieu la victime, mais aussi que le coupable progresse et devienne quelqu’un de vraiment bien et de bienfaisant, si possible. C’est ce que Dieu nous montre en Christ.

L’expiation n’est donc pas pour acheter l’amour et le pardon de Dieu : de toute façon il nous aimait déjà et il nous aimera toujours. Mais l’expiation est donnée par Dieu pour que nous puissions enfin être guéris et aimer (2 Corinthiens 5:14-20).

La critique de l’expiation comme substitution pénale

À partir de quelques rares textes du Nouveau Testament, des théologiens chrétiens ont tenté de rétablir l’ancienne logique de l’expiation en disant que Dieu ne pouvait pas pardonner nos fautes sans que quelqu’un paye, et que le Christ en souffrant beaucoup et en mourant sur la croix avait acheté le pardon de Dieu pour l’humanité. On est en plein dans la logique humaine du donnant-donnant. Et même dans sa pire version puisque c’est un innocent qui est massacré. C’est surtout un théologien du Moyen Âge qui a bien diffusé cette théorie au XIe siècle (Anselme de Cantorbery) sur la base du droit féodal de l’époque. Cette théorie nous fait revenir bien des siècles en arrière avant le Christ, à l’époque où l’on pensait qu’un sacrifice humain pouvait plaire aux dieux ! (Cette théorie est déjà combattue dans l’histoire d’Abraham en Genèse 22 quand Dieu empêche le sacrifice de son fils et lui renouvelle une bénédiction qu’il avait déjà donnée avant son geste fou).

L’amour inconditionnel : le cœur de l’Évangile

Au contraire, la Bonne Nouvelle en Christ, l’Évangile, c’est que Dieu est amour, et que son amour, comme tout amour véritable, ne s’achète pas. Il est un cadeau gratuit, il se fonde uniquement dans l’être même de Dieu. Le cœur même de l’Évangile c’est que le premier à aimer (même ses ennemis) : c’est Dieu. Il n’a nul besoin et nulle joie, nulle « satisfaction » de voir un homme souffrir et être crucifié. Cela ne lui apporte aucune satisfaction, ni à son amour ni à sa justice (l’un et l’autre se confondent). Heureusement. Quand le Christ meurt sur la croix, ce n’est certainement pas à Dieu qu’il apprend à aimer et à pardonner, c’est à nous, les humains, que Jésus tente d’apprendre à aimer. Christ nous montre combien il aime l’humanité malgré tout, et cela nous donne une idée de l’amour infini de Dieu pour nous. Cela peut même nous inspirer de ne pas être dans la logique du donnant-donnant mais dans celle de l’amour et du soin.

pasteur Marc Pernot

Cet article est extrait de notre dictionnaire des Mots qui piquent (niveau 3),Voir aussi le Petit Dictionnaire de Théologie (niveau 2), les Définitions de base (niveau 1), et les Notions (niveau 4).

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11 Commentaires

  1. Andry dit :

    Merci de votre article qui, à mon sens, propose une réflexion fondée sur des principes bibliques. En complétant la réflexion, et se fondant sur le commencement, je dirais que l’homme et la femme (trompés par le serpent) ont commencé par avoir peur de Dieu et à se cacher (Genèse 3 : 10) car pour eux Dieu était devenu une menace à leur yeux. Cela a, de surcroit, fait de lui le « bouc émissaire » des fautes qu’ils ont eux-mêmes commises (Genèse 3 : 12). Depuis lors, cette idée de sacrifice pour le divin naquit. Effet, dans ce cas de figure, comment ne pas vouloir que Dieu s’apaise , lui qui est, aux yeux des pécheurs, devenu une menace pour la vie ? Ainsi, la vie et la mort de Jésus témoignent du contraire : Dieu n’est pas ce que les premier humains (et les générations suivantes) ont cru de lui. Par Jésus, représentant du Père (Jean 14 : 9), les lecteurs de la Bible peuvent constater que Dieu pardonne gratuitement, sans demander la mort, ou quoique ce soit, en échange (ex. Luc 5 : 20). Maintenant, la mort de Jésus dévoile le mensonge du serpent depuis le jardin en Eden : vivre selon sa parole mensongère mène à la mort (contrairement à ce qu’il prétendait en Genèse 3 : 4). En effet, Jésus a accepté d’être la victime de gens qui marchaient selon cette parole (qui mène à la trahison, ou encore à l’envie de meurtre). Cela permet de repenser l’intercession de Jésus en tant que Médiateur entre Dieu et les humains : si dans l’ancienne expiation Jésus a pour but d’apaiser Dieu pour que ce dernier accueille favorablement l’humanité qui souhaite venir à lui, dans une vision biblique, Jésus est le Médiateur qui permet à une humanité anxieuse et en colère (Genèse 3 : 10, 12) contre Dieu depuis « la nuit des temps », de s’apaiser. C’est tout l’inverse ! Là est, je dirais, le sens de la réconciliation entre Dieu et l’humanité dont parle Paul notamment (2 Corinthiens 15).

    1. Marc Pernot dit :

      Cette histoire d’Adam et Eve et du serpent qui parle ne parle pas d’un événement daté historiquement, trouvant place dans la chronologie. Ce récit parle d’un événement de tous les instants, d’un attitude que nous avons tous plus ou moins. C’est ce qui est intéressant dans le texte biblique. Il parle de nous afin de nous éclairer sur notre propre monde présent.

  2. Marie dit :

    j’ ajouterai que la souffrance de Jésus sur la croix n’ est pas une expiation, mais la conséquence du mal
    qui peut atteindre tout être humain. Il ne l’a pas recherchée, mais il a aimé jusqu’ à risquer la mort.
    Notre dette n’est pas effacée par sa souffrance, mais en étant reconnaissant et en aimant à notre tour
    comme lui, en donnant notre vie de plusieurs manières.

  3. Marie dit :

    Bonjour,
    c’est le film de Fellini « la strada » » qui m’a permis de comprendre pourquoi Jésus a accepté
    d’être tué, alors qu’il pouvait se défendre.
    Quand il apprend que Gelsomina, la jeune fille devenue folle à cause de son meurtre, et
    qu’il a abandonnée est morte de chagrin, Zampano, le colosse s’effondre sur la plage en
    pleurant de tout son être, dans une douleur terrible qui peut conduire au suicide.
    Subitement son péché lui est révélé, l’état de son cœur, sa méchanceté, sa misère face
    à l’innocence de cette jeune femme.
    Prendre conscience que cet homme-Dieu Jésus qui n’a fait que du bien a été rejeté et tué parce
    qu’ on ne veut pas de la Vérité, cela. provoque le même effet, mais à la différence, cette
    douleur est calmée par son pardon.
    C’est ce moyen, le plus intelligent que Jésus a utilisé , le plus efficace pour nous changer,
    car le but de son amour est de nous sauver. Une condamnation protège un peu la
    société, mais elle a rarement le pouvoir de changer intérieurement un être humain.
    C’est le sommet de la JUSTICE, un esclave arraché à la domination de Satan.

    Oui, mais pour la victime ? Si elle aime de l’amour du Christ, sa consolation, c’est cette
    victoire, que l’autre déjà reconnaisse le mal qu’il a fait, la victoire de son Seigneur qui est
    glorifié, et peut-être(?)une place plus proche de l’Amour de Dieu, car il aura plus aimé………
    Mais sur la gestion sociale du mal, c’est peut- être un autre problème…..

    1. Marc Pernot dit :

      Merci pour cette magnifique réflexion.

      1. Marie dit :

        merci aussi à vous pour votre étude,
        je ne suis pas certaine d’avoir bien compris le début, mais il me semble que
        la pratique « œil pour œil, dent pour dent » n’ est pas une vengeance, mais une
        réparation. C’est ce que d’autres passages viennent confirmer, : il s’agit de
        réparer de la valeur de l’œil, ou de la dent, une compensation….merci de me
        confirmer, car c’ est une idée très répandue et qui déforme le sens de la bible.

        1. Marc Pernot dit :

          C’est ce que l’on dit, oui, en particulier dans la « loi orale » qui propose une interprétaion, les décrets d’application, pourrait-on dire, de ces lois.
          Néanmoins, le texte est très clair :

          « Si quelqu’un blesse son prochain, il lui sera fait comme il a fait:
          fracture pour fracture, oeil pour oeil, dent pour dent, il lui sera faite la même blessure qu’il a faite à son prochain.
          Celui qui tuera un animal le remplacera, mais celui qui tuera un homme sera puni de mort. »
          (Lévitique 24:19-21).

          En particulier en ce qui concerne le pire, bien entendu, qui est la peine de mort.
          Mais l’idée même est nocive, comme si la peine du coupable soignait celle de la victime ou de sa famille.
          Cette idée même est contraire à l’amour, à la volonté de vie et de bien.
          La vérité est utile, dire qui est la victime, quelle est la faute, cela aide la victime et le coupable. Empêcher la personne qui a été capable d’un crime d’en connaître d’autre est une nécessité, dont les moyens peuvent être plus ou moins justes, plus ou moins humains. Mais ajouter de la souffrance à la souffrance, cela fait deux souffrances, ajouter la mort à la mort cela fait deux morts. C’est une question d’optique, Dieu est le Dieu de la vie.

  4. Julie dit :

    Bonjour,
    Dans matthieu 26, Jésus, au moment du repas avec ses disciples, dit que son sang est répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés.
    Je comprends par là qu’il s’agit de pardon. Alors si l’acte de Jésus n’est pas un sacrifice, qu’est-ce ?

    1. Marc Pernot dit :

      L’Evangile selon Jean présente Jésus comme « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », c’est à dire qu’il est sacrifié, certes, mais pourquoi ? Pas pour calmer la fureur d’une divinité qui est contre nous, pas pour racheter quoi que ce soit. Mais pour sauver, pour libérer. Et l’agneau est offert pour que nous le mangions, que cela nous donne de la force pour avancer vers la vie à travers tout ce qui fait obstacle.
      Voir ces prédications :

      https://jecherchedieu.ch/temoignages/voici-l-agneau-de-dieu-qui-ote-le-peche-du-monde-jean-1-29-par-sandrine-landeau/
      https://jecherchedieu.ch/temoignages/predication/voyant-jesus-passer-il-dit-voici-agneau-de-dieu-jean-1/

      1. Julie dit :

        Je vous remercie pour votre réponse.

  5. LESCOUET Christophe dit :

    Merci,car le mot expiation me choque,DIEU est amour toute religion confondue,et meme sans religion l n’y a qu’à observer la viel
    pour voir notre cœur s’ouvrir à toutes ses merveilles,car le Divin est en nous dans notre cœur.Merci de votre éclaircissement il est vrai.J e vous aime

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