L’homme nait pécheur ? Ou naît-il sans péché mais le devient-il ensuite ?

Par : pasteur Marc Pernot

Femme dans un jardin - In paradisium ? -  Image: 'Dolce'  by David VINSO  https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/133247444@N08/31386404530

Question d’un visiteur :

Bonsoir,

Je m’appel François (comme le pape ;-)) et je suis membre de l’église Protestante dans le Jura. Avec un ami dans le paroisse, il nous arrive souvent de nous interroger sur des thèmes théologiques.

Le problème qui est le notre actuellement concerne l’origine du péché. Voici les deux thèses qui s’opposent :

  • L’homme nait pécheur (est-ce une volonté de Dieu ?) et le reste toute sa vie. C’est l’une des raisons pour laquelle l’homme a besoin de Dieu,
  • L’homme nait sans péché et c’est la liberté que Dieu donne à sa création qui le pousse à choisir systématiquement le péché.

Pourriez-vous nous donner votre avis de pasteur et théologien sur ce sujet ?

Merci par avance pour votre aide.

Cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour, et bravo de vous poser des questions, et des questions théologiques en plus, c’est une bonne chose, cela fait avancer et cela maintient en éveil.

Je vous donne volontiers mon avis, qui est un avis de théologien et de croyant, mais à vrai dire, je pense que vous auriez autant de réponses différentes que de théologiens interrogés.

Je ne pense pas que l’on naisse pécheur au sens où nous serions marqués par une sorte de pourriture héréditaire. Cette théorie du « péché originel » développé par Saint Augustin (que j’aime énormément par ailleurs) est vraiment une horreur, à mon avis.

Mais oui, je pense que l’on naît pécheur, mais dans un autre sens : l’homme naît inachevé. Oui, c’est la volonté de Dieu, et que c’est une grâce immense. En effet, nous pouvons ainsi participer à notre développement, et influer sur ce que nous devenons. Le fait d’être inachevé est ainsi une grâce, celle d’avoir une liberté importante non seulement dans nos actes mais encore dans ce que nous devenons. Cela fait de nous un être doublement vivant : comme modifiant le monde autour de lui mais aussi en étant lui-même en mouvement, en évolution. Or  c’est vraiment ça, vivre et être heureux : c’est progresser, c’est se construire.

Mais à l’inverse, comme nous sommes inachevés, nous sommes pécheurs. Il reste une part de chaos en nous-mêmes, une part qui a besoin de grandir dans des dimensions essentielles. Par exemple, au départ, nous ne sommes que quelques cellules en train de se multiplier. On ne peut pas en vouloir à ces 8 ou 16 cellules de ne pas avoir de capacité à aimer, les pauvres, elles font ce qu’elles peuvent pour se multiplier et ce ne sera qu’ensuite, bien plus tard, que naîtra quelque chose qui est de l’ordre de cette vie supérieure qu’est la capacité à aimer et à faire le bien.

Fondamentalement, c’est d’abord cela le péché, un manque de croissance. C’est une sorte de « péché originel » si on veut l’appeler comme ça, un péché constitutif de notre nature. Mais il y a aussi un péché plus grave qui est le refus de progresser, ou simplement le choix de ne pas vouloir progresser. Peut-être est-ce cela le fondamental « péché contre l’Esprit » dont parle Jésus. Ce n’est pas que Dieu nous en voudrait de refuser ainsi d’aller de l’avant, mais notre situation est alors assez grave, puisque nous refusons non seulement son aide, mais même l’idée d’avancer dans le sens de la vie.

Personnellement je vois donc ces deux origines au péché :

  1. une bonne qui est un manque
  2. et une mauvaise qui est un refus.

Il y a ensuite les péchés, au pluriel, qui son les bêtises que nous faisons. Oui, elle sont le résultat de nos manques : manque d’amour vrai, manque d’intelligence, manque de force. MAis encore orgueil, et l’extraordinaire plaisir qu’il y a parfois à faire du mal, à écraser, à gâcher, détruire. Alorts, au sens propre, on est « diabolique » en dispersant la réalité, faisant l’opération inverse de la création : faisant passer d’un état organisé au chaos.

Parfois ces fautes sont inévitables, parce que nous sommes dans une situation complexe où nous n’avons le choix qu’entre des solutions qui sont toutes plus ou moins mauvaises, et que même en choisissant la moins mauvaise des solutions nous sommes quand même source de souffrance dans le monde, et donc nous faisons du mal. Dans un certain sens, même si nous avons fait au mieux nous commettons un péché. Jésus-Christ lui-même, qui est allé au sommet de ce développement dont je parlais en premier, était donc, si l’on veut, sans péché (au singulier, au sens du développement personnel), mais il ne pouvait pas être sans péchés (au pluriel), car ce n’est pas possible. Par exemple quand il guérit quelqu’un le jour du sabbat, il a raison de le faire, mais c’est quand-même contre cet excellent principe du décalogue qui consiste à consacrer une journée par semaine pour ne rien faire d’autre que de penser à Dieu et à la dimension spirituelle de l’existence. Jésus a donc bien choisi, mais il n’avait le choix qu’entre deux solutions qui avaient toutes les deux un inconvénient, un part de péché.

Ce n’e’st donc pas seulement à cause de la liberté que nous péchons. Mais aussi à cause de la complexité de ce monde dans lequel nous vivons.

Mais quel que soit le péché ou les péchés, Dieu ne se lasse jamais, lui, de nous vouloir du bien. Son attitude envers nous est donc plus aimante même que le pardon, elle est une attitude créatrice, par amour pour nous.

Bonne route à vous

Amitiés

pasteur Marc Pernot

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