« A-t-on encore besoin de salut ? »

Sauvetage en montagne par un hélicoptère - Image parPatrick Neufelder de Pixabay
C’est le thème sur lequel la Société Vaudoise de Théologie nous propose de débattre demain à Lausanne (Jeudi 9 mai 2019 de 19:00 à 21:00 – église Saint-Laurent)

En prévision, le journal Réforme (Anne-Sylvie Sprenger) nous a interrogé sur ce thème, et j’ai essayé de répondre de la sorte :

 

1) La question du Salut, centrale dans l’Evangile, est-elle également aujourd’hui aussi centrale dans les prédications d’églises?
Tout dépend de ce que l’on entend par « salut ». Je pense que nous parlons moins du salut au sens d’un jugement de Dieu sélectionnant certaines personnes pour aller au paradis dans la vie future. Mais nous ne cessons de parler de Salut au sens où Dieu garde dans son amour toute personne sans condition. Nous cherchons à nous ouvrir ici et maintenant à son Salut offert en Christ comme transformation de notre être, de notre façon de vivre et d’espérer, de notre vocation personnelle en ce monde. Il me semble que cette vision du Salut est assez proche du salut dont parlent souvent la Bible hébraïque et les évangiles.
2) Pourquoi le Salut est-il devenu si difficile à présenter? A quel moment cette Bonne Nouvelle n’a plus été considérée comme telle?
Le salut au sens du paradis est effectivement difficile à concevoir pour nos contemporains. A juste titre car notre vie dans le monde futur dépasse tout ce dont nous avons l’expérience en ce monde. C’est difficile d’en parler car bien des personnes aujourd’hui ne supportent pas que l’église leur dise « c’est le grand mystère de la foi » comme une façon de leur dire de cesser de réfléchir. Et c’est heureux. Pour parler de façon schématique, ce refus d’accorder la liberté de réflexion personnelle du fidèle de base a commencé avec les conciles œcuméniques du IVe-Ve siècle, jusqu’à la période des lumières à la fin du XVIIe. Mais la Bible est délibérément très discrète sur la vie future, il suffit à mon avis de dire que nous verrons bien, faisons confiance. En ce qui concerne ce Salut que nous apporte le Christ aujourd’hui, c’est quelque chose qui est à penser et à vivre, ce n’est pas si difficile à présenter.
3) La difficulté à faire entendre cette notion ne vient-elle pas précisément du fait que la notion de péché est devenue inaudible dans notre société?
C’est vrai qu’il est difficile de parler « du péché » aujourd’hui. Peut-être que nos contemporains ont été lassés du discours dogmatique et moralisateur des religions. À juste titre. Il me semble que l’Evangile du Christ évacue précisément cette question pour se concentrer sur la réconciliation de la personne avec son Dieu. Cette question me semble parfaitement adaptée à la personne d’aujourd’hui, dont le principal besoin de Salut est de se passer volontiers de Dieu en adorant son propre désir de l’instant, ou plus simplement en n’adorant rien du tout.
4) Quelles pistes voyez-vous pour aborder cette notion de Salut encore aujourd’hui?
Il me semble que ce qui peut être visé est de faire expérimenter les prémices de ce Salut à chacune et chacun. Cela peut passer par l’articulation entre une stimulation de la réflexion personnelle et une ouverture à la « spiritualité ». Il est souvent possible de mesurer les fruits de ce cheminement à la fois ambitieux et humble, mobilisant l’ensemble de nos qualités et s’ouvrant à une source de bienfaits infiniment supérieure à tout ce que la personne pouvait espérer de mieux : Dieu. La lecture plurielle de la Bible, la théologie articulée à la philosophie sont des approches qui retrouvent aujourd’hui une attractivité et une légitimité qui déborde largement sur l’espace culturel, politique, éthique.
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2 réponses

  1. Pierre-André dit :

    La notion de salut ainsi présentée suppose-t-elle forcément d’évacuer la notion de jugement divin ?

    • Marc Pernot dit :

      A mon avis, oui et non.

      • Oui si l’on entend le jugement divin comme une sélection de telle ou telle personne qui serait préférée par Dieu, ou telle ou telle personne plus performante du point de vue de la foi, des croyances, de la religion ou de la morale. Car « Dieu ne fait pas de favoritisme » (Romains 2:11), « Il veut que tous les humains soient sauvés » (1 Timothée 2:4), et donc la grâce est pour chacune et chacun, faisons confiance à Dieu, s’il veut sauver quelqu’un, il y arrivera.
      • Non, le jugement de Dieu n’est pourtant pas rien, ni inutile. C’est au contraire un excellent service, un salutaire service, un acte de soin de la part de Dieu : il consiste à aider la personne en développant le meilleur en elle, lui permettant de s’épanouir, et réduisant, soignant, éliminant ce qui la fait souffrir et la tire vers le bas.

      C’est ainsi que le jugement de Dieu traverse chaque personne. Voir par exemple https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/jugement/

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