Peut-on considérer Dieu comme un concept que l’on aurait personnifié ?

Par : pasteur Marc Pernot

un arbre dessiné par un ordinateur ?  Image: 'Prime Gap Tree'  by Mark 
 https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/15267728@N03/23640493048

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

Je ne sais pas bien par où commencer. Mes questions vont vous paraitre peut-être basiques et simplistes, car en effet, je ne connais la religion que d’un point de vue historique, mais depuis peu mon intérêt grandit et les questions se bousculent.

Tout d’abord, peut-on considérer Dieu comme un concept que l’on aurait personnifié, comme un ensemble de lois (assez naturelles) établies pour que fonctionne la vie en société? Est-ce que penser cela signifie que l’on est chrétien?
Si non, que veut dire être chrétien?

Ensuite, concernant les différences entre les protestants et les catholiques; j’aurais voulu savoir quel était le rapport que vous (protestants) entreteniez avec le Pape? Qu’est-ce que vous ne reconnaissez pas? Est-ce l’infaillibilité pontificale? ou qu’il soit le supposé descendant de saint-Pierre?

Aussi, je ne comprends pas bien ce que signifie le « Sola gratia » et ce qu’il faut en déduire?

Bien à vous,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo de vous poser des questions. C’est ce qui fait avancer. Il faut se méfier des croyants et autres idéologues qui ne se posent pas de questions, considérant leurs réponses comme des vérités transcendantes.

Pour certaines personnes, Dieu est effectivement un concept personnifié : le juste, le bien, le bon et le beau ultime. C’est déjà pas si mal. C’est même très utile.

Je pense personnellement que Dieu est plus que cela et qu’il existe en tant que réalité en dehors de l’univers matériel, indépendamment de la conscience humaine, et source de ce qui existe de bon dans cet univers. Cela me semble plus rationnel de penser que cette source existe, aussi bien en tant que scientifique que d’un point de vue philosophique. Mais ce n’est bien entendu pas une preuve. Mais même si Dieu n’existait pas en ce sens, il est très utile d’avoir une conception de ce que serait le juste, le bon et le bau ultime, comme un horizon à notre évolution personnelle en tant qu’individu et an tant qu’humanité. Il est donc essentiel de faire de la théologie, à mon avis. De déterminer quel est notre visée ultime, qu’est-ce que l’on place au dessus du reste comme priorités à sa vie. Et il est essentiel de travailler la mise en cohérence entre ce Dieu que l’on s’est choisi et la réalité de sa propre vie, c’est un travail quotidien. C’est la grande utilité de la prière. Elle n’est pas pour persuader un Dieu distant de venir nous favoriser, mais une mise en regard de notre vie, notre être et notre monde avec notre visée ultime.

Donc oui, même si Dieu n’était qu’un concept, ce serait déjà formidablement utile et bon pour prendre sa propre vie en main.
Mais de plus, il me semble que Dieu est plus qu’un concept. C’est l’expérience de bien des personnes de toutes les cultures et religions de tous les siècles. Ce n’est pas le cas de toutes les personnes mais d’une part importante de l’humanité quand même : il arrive d’avoir le sentiment d’une rencontre, d’être rejoint par « quelque chose » qui nous dépasse infiniment et qui est la source de tout, et qui s’intéresse à nous, qui nous aime. Là encore, ce n’est pas une preuve, mais c’est un indice. Ce n’est pas grave si l’on n’a pas vécu cela ou si ce n’est pas vécu de façon spectaculaire mais diffuse, et que finalement ce sentiment est simplement celui de vivre un instant de vérité avec soi-même. Ce serait déjà bien.

Pourquoi alors « personnifier » ce concept, si Dieu n’existait pas comme une personne indépendamment de notre conscience ? Cela est à mon avis utile pour deux raisons :

  1. Cela nous permet de nous enrichir des millénaires de débats théologiques, en particulier de la Bible, qui parle ainsi de Dieu. C’est un inestimable trésor d’expériences humaines et spirituelles, philosophiques et éthiques, culturelles et artistiques.
  2. Cela permet la prière. Il n’est pas facile de « prier » un concept, mais de se présenter à un ami qui nous aime, pour bavarder un peu avec lui, cela passe mieux. Encore une fois, je pense que Dieu est « réellement » une personne qui m’aime, mais néanmoins je ne suis pas dupe et Dieu est d’un autre ordre que simplement un ami invisible à qui je parle. Qu’il est infiniment plus et autre, mais que néanmoins nous pouvons avoir ce rapport là avec lui.

Donc oui on peut être chrétien avec cette conception de Dieu.

Mais chrétien c’est d’abord et aussi un rapport à cette personne qui s’appelait Jésus de Nazareth comme déterminante. En particulier pour nourrir notre conception de Dieu. Et à mon avis, c’est tout à fait excellent. Dieu en tant qu’amour gratuit, hors de tout chantage à la performance, cela invite à une sincérité et à une créativité gratuite, pour la beauté du geste, qui me semblent digne d’inspirer une vie. C’est le sens du « Sola Gratia » : la fin de tout chantage. Nous ne sommes pas aimés et gardés, sauvés par Dieu parce que nous aurions atteint un degré de performance acceptable, mais nous sommes aimés par Dieu parce que Dieu est comme ça. Nous pouvons donc faire confiance tranquillement et joyeusement, chercher à faire au mieux pour la beauté du geste, pour le plaisir d’embellir la vie autour de nous, si possible. Parce que si nous faisons l’aumône à un pauvre ou si nous prions dans le but de gagner des bons points auprès de qui que ce soit, ce geste est alors encore un geste égoïste, intéressé, vénal. Et cela en tue la beauté, et souvent l’efficacité comme source d »embellissement du monde.

Je respecte le pape, et l’actuel est pas mal du tout, dans le genre. Mais c’est vrai que pour nous, protestant, tous les humains sont égaux devant Dieu, et chacune et chacun est appelé à être en ligne directe avec Dieu, se faire sa propre opinion, sa propre façon de se ressourcer, sa propre prière, sa vocation personnelle. Nous n’aimons donc pas trop l’idée d’avoir un pape. Ou un autre pape que Jésus-Christ lui-même. Mais bon, si les catholiques aiment cette idée, cela ne me choque pas non plus, tant qu’ils n’en font pas un absolu qui devrait s’imposer à tous les chrétiens. L’infaillibilité pontificale me semble être une aberration totale d’un point de vue théologique et d’un point de vue historique. Heureusement, de droit papal est fort peu utilisé par les papes. Ils ne sont pas toujours idiots non plus !

Avec mes vœux de bénédiction de Dieu

par : pasteur Marc Pernot

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4 réponses

  1. Clara dit :

    Est ce que croire en Dieu est psychologique? Que ça fait du bien.
    Croire en Dieu est ce personnel, quelque chose qu on ne peut pas expliquer aux autres.?
    Je ne crois plus en ce Dieu de mon enfance, ce père qui punit sans cesse, cette personne qui aime, qui pourrait vous envoyer en enfer, encore un mot bien étrange, l enfer, parce que vous ne faîtes pas ce qu il veut .
    Quand on dit Dieu a dit en fait c est l’homme qui le fait parler? Personne ne l a jamais vu.
    Merci

    • Marc Pernot dit :

      Merci pour ces encouragements !

      Vous avez raison, c’est difficile d’expliquer à quelqu’un qui n’a pas la foi ce que c’est que la foi. Nous rencontrions la même difficulté à expliquer le goût de la fraise à quelqu’un qui n’en aurait jamais goûté.
      Mais on peut dire peut-être plus simplement ce que cela nous apporte, par exemple que cela nous fait du bien de prier ? Que cela approfondit noter vie quotidienne. C’est encore plus difficile de dire ce que cela peut vouloir dire que l’on a senti la présence de Dieu. Et pourtant, plein de gens partagent cette expérience d’une façon ou d’une autre.

      Je ne crois pas non plus du tout en ce Dieu terrible, qui juge, qui punit et dont nous devrions avoir peur. Certains textes de la Bible pourraient faire penser cela. Mais quand on voit le Christ vivre, à mon avis, cela n’est plus possible. C’est pourquoi son message est appelé « l’évangile » (= « bonne nouvelle », et même « LA Bonne Nouvelle » par excellence), son message n’est pas appelé « dernier avertissement » avant la juste et terrible sanction de Dieu.

      Oui, la Bible est écrit par des humains, bien sûr. Mais elle n’est pas sans rapport non plus avec Dieu. Les personnes qui ont rédigé ces textes ont voulu offrir l’essentiel de leur foi et de ce que Dieu a apporté à leur vie. Ils y ont mis tout leur cœur, leur intelligence, leur foi. Cela dit, ils ont effectivement à faire face à la difficulté que vous exprimiez plus haut : ce n’est pas facile de dire quelque chose qui est une expérience intérieure très personnelle. Dieu n’est pas matériel et même s’il l’était et que nous aurions pu prendre une photo, elle serait floue car Dieu est si vivant qu’il bouge tout le temps. Et de toute façon une photo ne donne qu’un seul point de vue de l’extérieur d’une personne sans rien pouvoir laisser entrevoir de ce qui est dans son cœur. La Bible est donc à lire comme des témoignages sincères et subjectifs, dans un contexte particulier (une époque, une culture, des circonstances). Comme tout témoignage d’une relation qu’une personne (l’auteur du texte) a eu avec une autre (Dieu), la personnalité des deux personnes qui ont été en relation se reflètent dans le texte. C’est ainsi que les témoignages sont différents, multiples. C’est normal et passionnant, c’est libérant aussi pour avoir notre propre point de vue et notre propre prière.

      • Clara dit :

        Merci Marc comme d habitude.
        Et même si je suis perdue ou peut être pas tant que ça puisque je suis revenue ici grâce à vous, j essaie de comprendre de recommencer ou bien de continuer d une autre façon, possible que c’est cela qui m effrayé.
        Tout bouge dans ma tête. Qui est Dieu? Pour y croire dois je savoir? Ou je crois mais en qui?
        J ai crû pendant des années que je croyais puis je ne sais plus.
        Il me fallait m emanciper fuir des croyants, j ai crû que j’étais chrétienne mais en fait tout ce que j ai été viennent des autres. Mais une chose perdure c’est la peur de faire ou de ne pas faire croire oui mais peut etre à tort puisque je ne sais pas si Dieu existe. Et pourquoi DIeu pourquoi ce titre?
        Merci infiniment pour le travail que vous faîtes.
        Toutes mes bonnes pensées.

        • Marc Pernot dit :

          Vous essayez de comprendre : Bravo ! Nous en sommes tous là (en réalité, il faudrait se prendre carrément pour Dieu si l’on pensait l’avoir parfaitement compris).
          Tout bouge dans votre tête : Bravo, mais il reste ce lien, cette recherche, cette espérance. Comme l’écrit Blaise Pascal dans une de ses plus belles pensées, Dieu vous répond « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ».
          Mais il y a une chose qui est essentielle dans l’Evangile, et c’est cela qui permet de vivre sans trop d’inconfort de ne pas se rassurer avec des dogmes bien bétonnés : Dieu est amour, grâce, miséricorde. Vous pouvez donc tranquillement être qui vous êtes, pensez ce que vous pensez aujourd’hui, prendre le risque d’évoluer, de cheminer, de chercher à tâtons. Cette ouverture d’un cœur confiant en Dieu (et non en ce que pense untel, unetelle, ou l’église) : cette ouverture à Dieu est la meilleure des sécurités, il soigne amoureusement le meilleur de vous, il soigne ce qui est blessé, il cherche ce qui est perdu, il nourrit ce qui est affamé.

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