Seriez-vous donc capable de m’expliquer ce qui fait qu’aujourd’hui vous êtes convaincu de l’existence d’un être créateur ?

montage séparant la main d'Adam et la main de Dieu dans la création de Michelangelo (chapelle Sixtine) - Photo by visuals on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour
déjà je vous remercie par avance de prendre ce temps pour lire mes propos. Afin de vous situer par rapport à mes positions, pour le moment je suis ce que l’on pourrait appeler un agnostique à tendance chrétienne. Autrement dit, je doute fortement de l’existence de Dieu mais j’ai en même temps cette part de moi qui voudrait y croire.
Je suis donc, et ce depuis un an, en questionnement sur les raisons qui permettent de tendre vers la croyance de Dieu ou de son inexistence.

Afin également que vous situiez où j’en suis, je vous présente les arguments que j’ai étudier jusqu’à présent.

J’ai tout d’abord regardé une bonne partie des arguments philosophiques. Pour le moment, je n’en vois pas qui me conviennent réellement :
– L’argument moral peut également s’expliquer par la sélection naturelle. Ce bien universel peut très bien être un propre de notre espèce pour permettre une cohésion sociale.
– L’argument de la contingence me pose également soucis. En effet, à « pourquoi cet univers plutôt que rien » j’ai simplement envie de répondre « pourquoi pas ? ». Je ne vois pas en quoi l’univers ne pourrait pas s’expliquer de lui même. D’ailleurs, si l’on inclut Dieu dans le raisonnement, il est censé s’expliquer de lui-même.
– J’ai également un soucis avec la question du mal mais je mettrai ça dans une autre question pour ne pas multiplier les problématiques.
– Un dernier argument (un peu plus convaincant que les autres) me pose question : dans un monde où il y a Dieu, notre cerveau a pour but de tendre vers la vérité. Nous pouvons donc faire davantage confiance en la science vue qu’elle ne découle pas de la sélection naturelle. Cela n’enlève néanmoins rien au fait que la sélection naturelle ait pu nous fournir un cerveau qui puisse découvrir le monde.

Je me suis également renseigner sur plusieurs autres aspects :
– Je me suis intéressé à la véracité des textes bibliques. J’avoue que là je suis totalement en doute sur le fait que quelqu’un ait pu ressusciter des morts. Cela semble tellement un phénomène hors du commun que j’attends des preuves incroyables. Hors nous avons simplement des retours historiques de personnes ayant été du côté du christianisme. J’ai donc du mal à croire que cela soit suffisant pour être convaincu que le Christ soit ressuscité. Je n’enlève bien sûr pas le fait que ce soit possible, mais cela me semble bien plus explicable par d’autres choses : le fait qu’il ne soit pas réellement mort après être allé dans le tombeau, peut être avait il un frère jumeau caché, ces histoires ont pu être inventées, …
– Je me suis également intéressé aux EMI qui pourraient donner des indices. Néanmoins, même si aujourd’hui nous ne sommes pas capable de les expliquer, il se peut qu’on explique cela par la médecine à terme. Je crois néanmoins que vous êtes d’accord avec moi sur ce point vu ce que j’ai pu lire de vos écrits sur ce site.

Je suis de formation mathématiques, vous êtes de formation informatique. Nous avons donc une formation dans la logique et les sciences.

Seriez-vous donc capable de m’expliquer ce qui fait qu’aujourd’hui vous êtes convaincu de l’existence d’un être créateur ? En quoi a-t-on besoin de Dieu pour expliquer le monde ? Ne pourrait-on pas l’expliquer par lui-même ou par quelque chose d’autre que Dieu ? Qu’est-ce qui fait que pour vous l’existence de Dieu est l’explication la plus rationnelle ?

Je vous remercie encore de votre lecture et du temps que vous me consacrez.

Si Dieu existe, qu’il vous bénisse.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Bravo de vous poser plein de questions :

Celle de l’existence, ou non, d’un créateur en dehors de l’univers est une question intéressante, voire passionnante, mais elle n’est pas essentielle. Personnellement, je pense que cette existence est l’hypothèse la plus plausible, de loin la plus raisonnable. Mais cela n’est qu’un hypothèse, et ce n’est pas cette croyance qui fait vivre. Voir https://jecherchedieu.ch/question/avec-l-avancee-des-decouvertes-scientifiques-comment-penser-le-dieu-createur-du-ciel-et-de-la-terre/

  1. Une question plus essentielle est de s’intéresser à ce qui me fait personnellement avancer, vivre, être meilleur. Il est juste de l’appeler « dieu » et « créateur », car cela l’est effectivement, et c’est intéressant de « prier » au sens de méditer sur ce qui est ainsi une source de vie pour moi, d’y puiser et d’y boire. Car c’est un moteur d’évolution positive dans ma vie. L’appeler « Dieu » me permet aussi de mettre mes impressions personnelles en rapport avec le meilleur de ce qu’on trouvé, creusé et affiné les générations passées, ce qu’ils ont exprimé dans des textes et des arts, des actions. D’en parler avec des contemporains de bonne volonté. C’est un grand enrichissement.
  2. Une autre question essentielle est de se demander quelle est aujourd’hui (cela peut et doit évoluer, s’affiner) quelle est ma conception du bon, du beau, du juste ultime, ce qui est élevé et noble. C’est une théologie que je fais en réfléchissant à cela. Une définition de Dieu. Et il est utile de prier pour se placer soi-même face à cela, tel que nous sommes aujourd’hui et tel que nous avons vécu, agi, subi, ce dont nous avons été témoin, ce que nous avons lu. C’est de la prière aussi. A la première prière qui était face à mon Dieu-source, cette seconde prière au Dieu-idéal et but. Jean appelle ainsi Dieu « le commencement et la finalité », l’alpha et l’oméga. Ce Dieu là existe réellement pour chaque personne, qu’il l’appelle « dieu » ou non. Qu’il existe par ailleurs une source d’évolution extérieure à l’univers ou non.
  3. Ensuite, il me semble intéressant de chercher ce qui est pour moi, en vérité (pas seulement dans ce que je prétends, ou espère), la priorité de mes priorités, ce pourquoi je pourrais sacrifier tout le reste (ma « préoccupation ultime »). Car c’est cela qui, actuellement est « mon dieu », que j’accepte de l’appeler ainsi ou non. C’est utile de le comparer avec le résultat du questionnement 1. et du 2. C’est plein d’enseignements, et c’est aussi de la prière, de la prière de conversion, d’évolution, de repentance et d’espérance.

Sous plusieurs aspects, Dieu existe donc absolument. Dieu comme créateur, effectivement, réellement, concrètement. Et il y a bien des raisons de s’intéresser à Dieu, et c’est extrêmement fécond. C’est une source essentielle de prise en main de son propre devenir et de sa vie, une source de libération intérieure.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

Marc

PS. En ce qui concerne l’existence du mal et de la souffrance : https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/mal-existence-du-mal-de-la-souffrance/

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Un lecteur dit :

    Bonjour Monsieur, Pasteur,

    Merci pour cette question et la réponse.

    Concernant l’argument de la contingence : « En effet, à « pourquoi cet univers plutôt que rien » j’ai simplement envie de répondre « pourquoi pas ? ». Je ne vois pas en quoi l’univers ne pourrait pas s’expliquer de lui même. »

    En fait il me semble qu’il y a trois possibilités : soit l’Univers a existé depuis toujours, soit l’Univers a commencé à exister en s’auto-générant, soit l’Univers a été créé (par un créateur ou un phénomène hors de l’Univers). Il ne s’agit pas du même type d’origine que l’origine de la vie sur terre par exemple. En effet, la vie sur terre a pu apparaître à partir d’un ou plusieurs environnements géologico-physico-chimique sur Terre, et peut-être de sources chimiques météoritiques ou cométaires (pour l’eau, des acides aminés…)…
    Mais quant est-il de l’Univers lui-même, définit en tant qu’ensemble de tout ce qui « existe physiquement », au sens d’une physique observable par des instruments de mesure actuels ou supposés possibles dans le futur (pas forcément depuis la Terre, mais depuis au moins un point point de cet Univers) ? Il n’y a pas ici de phénomène matériel pouvant le générer, à moins qu’il existe depuis toujours (certaines philosophies grecques antiques), ou qu’il se soit auto-généré (position de Stephen Hawking dans « une brève histoire du temps »). Ces deux solutions ne correspondent néanmoins pas à notre expérience (raisonnement par induction) : tout système évolue et a donc une origine hors de lui-même, par interaction avec un système extérieur. Si on envisage par une sorte d’expérience de pensée des débuts très lents, avec très peu de mouvements, cela pose néanmoins la question de pourquoi ces mouvements existent, comment les dimensions ont pu apparaître, plutôt que de ne pas exister ? …

    Le chercheur américain en théologie et philosophie William Craig a proposé une argumentation dite du « Kalam » :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Lane_Craig
    Son argument se résume en deux prémisses amenant à une conclusion :
    Tout ce qui commence à exister a une cause de son existence.
    L’univers a commencé à exister.
    Si 1) et 2) sont vrais, alors 3) l’univers a une cause de son existence.

    Chapitre 3 du livre Natural Theology :
    https://www.difa3iat.com/wp-content/uploads/2014/08/William_Lane_Craig__J._P._Moreland_The_BlackwellBookZZ.org_-1.pdf#page=114
    Article de résumé :
    https://www.pdcnet.org/scholarpdf/show?id=faithphil_1997_0014_0002_0236_0247&pdfname=faithphil_1997_0014_0002_0236_0247.pdf&file_type=pdf

    Enfin, de manière générale mais aussi comme vous tous deux êtes mathématiciens, informaticiens…, je voulais signaler l’existence d’une preuve mathématique par Kurt Gödel de l’existence de Dieu. Elle peut être consultée ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Preuve_ontologique_de_G%C3%B6del. La vérification automatique de la cohérence de la démonstration a été effectuée en 2014 et peut être consultée ici : https://openresearch-repository.anu.edu.au/bitstream/1885/154104/2/01_Benzmuller_Automating_Godel%2527s_Ontological_2014.pdf

    Cette preuve est de Kurt Gödel est complexe à interpréter : le Dieu dont l’existence est ainsi prouvée peut-il correspondre au Dieu de la Bible, ou au Dieu des déistes comme Voltaire ? Kurt Gödel a par ailleurs eu recours a de la logique modale, qui n’est pas tout à fait la logique usuellement utilisée dans la plupart des branches mathématiques. Un des points critiqués est notamment l' »effondrement modal » : la contingence entraîne certaines formes de détermination… Est-ce que cela décrirait certains éléments de notre propre liberté (partielle, comprenant de la contingence, mais des contingences qui sont associés à des déterminismes…) ?

    Il y a peut-être un conséquence philosophique : une preuve (ou un argument) ontologique de l’existence de Dieu (au sens de celui d’Augustin d’Hippone) peut-elle (il) encore plus être considérée comme irrecevable ? L’argument ontologique consiste en résumé en l’affirmation de la possibilité de la conception d’un Dieu ayant toutes les perfections, plus grande chose parfaite que l’on puisse concevoir, et qui doit donc exister puisque exister en réalité et en conception est plus grand qu’exister seulement en conception.
    Cet argument a en effet été critiqué ensuite comme insuffisant (et indécidable) par Immanuel Kant dans sa « Critique de la raison pure », car elle contourne la difficulté de la possibilité d’un tel Dieu, en argumentant par ailleurs que les autres preuves de l’existence de Dieu, comme les 5 voies de Thomas d’Aquin elles-mêmes basées sur la théorie des 4 causes d’Aristote (matérielle, formelle ou essentielle, motrice ou efficiente, finale ou téléologique), se ramènent à celle-ci. Voir à ce sujet l’article Preuves de l’existence de Dieu dans Notions philosophiques, Encyclopédie Philosophique Universelle, qui elle-même se trouve assez souvent en bibliothèque municipale.

    A noter que Kurt Gödel a aussi prouvé l’indécidabilité de la complétude de l’arithmétique et donc de la majeure partie des mathématiques. Il est donc prouvé que la cohérence des arcanes fondatrices d’une grande partie au moins des mathématiques elles-mêmes, aussi rigoureuses soient-elles, est ainsi laissée dans l’indécidabilité. [Théorème d’incomplétude 1 : Dans n’importe quelle théorie récursivement axiomatisable, cohérente et capable de « formaliser l’arithmétique », on peut construire un énoncé arithmétique qui ne peut être ni démontré ni réfuté dans cette théorie. Théorème d’incomplétude 2 : Si T est une théorie cohérente qui satisfait des hypothèses analogues, la cohérence de T, qui peut s’exprimer dans la théorie T, n’est pas démontrable dans T. ]

    Cordialement,

    • Marc Pernot dit :

      Merci pour ce beau développent.
      En ce qui concerne la preuve ontologique (qui ne remonte pas à Augustin, me semble-t-il mais à Anselme), je ne suis pas certain que cela parle de Dieu en tant que créateur de ce monde physique (ma définition 1), ou plutôt à Dieu en tant qu’idéal que nous nous donnons (ma définition 2) dans l’article ci-dessus.
      En ce qui concerne l’existence de ce monde physique, j’ai trouvé intéressant votre développement. Au « pourquoi cet univers plutôt que rien » vous répondez « pourquoi pas ? Je ne vois pas en quoi l’univers ne pourrait pas s’expliquer de lui même. » C’est à cette question que je cherche à répondre sur la question citée dans l’article https://jecherchedieu.ch/question/avec-l-avancee-des-decouvertes-scientifiques-comment-penser-le-dieu-createur-du-ciel-et-de-la-terre/
      Belles recherches et questionnements à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *