Jean 5:19-29, ces versets me mettent en colère ! Quelle idée d’obéissance, de jugement, de sacrifice…

Par : pasteur Marc Pernot

extrait du tableau de Antonello da Messina - Christ couronné d’épines - The Friedsam Collection, Bequest of Michael Friedsam, 1931

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Ces versets me mettent en colère !
Pourquoi premièrement le Christ doit-il faire ce que le Père veut ? Alors que Dieu/Souffle/Vie nous veut libres ?
Pourquoi ensuite le Christ est-il venu pour « juger » alors que tout en lui, ce qu’il fait et dit se situe dans l’Amour ?
(Je connais des athées qui sont davantage dans l’humanité que bien des personnes qui se disent chrétiennes).
Pourquoi enfin le Christ a-t-il dû pareillement souffrir pour racheter nos erreurs, cibles manquées, etc…, pourquoi cet « agneau immolé en sacrifice, pratique païenne des anciennes religions ? Pourquoi alors rejeter celles et ceux qui sont perdus (alors que le « bon berger » abandonne son troupeau pour venir les chercher ?

En bref, pourquoi cette ambivalence dans la Bible ???

Celles et ceux qui sombrent dans les ténèbres, si puissants, sont-ils vraiment moins valeureux que les autres qui ont la chance d’avoir de « belles vies » ?
On est là dans le sectaire.
Tant de souffrances, de violence ici-bas, tant d’inhumanité, pourquoi faut-il en plus juger, rejeter l’autre ?
Pourquoi enfin cette dignité humaine, si bafouée, doit-elle être rachetée par la souffrance et non pas par la force d e l’Amour ???

Par moments, je retourne dans les ténèbres alors que je croyais discerner la lumière !
Il est des passages qui font pleurer tellement ils sont beaux et nous rendent libres. Il en est d’autres qui nous enfoncent…
Un grand merci par avance pour votre réponse et excusez-moi pour ma colère.

Chaleureusement.

Jean 5:19-30 
Jésus : « Amen, amen, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, sinon ce qu’il voit faire au Père ; ce que celui-là fait, en effet, le Fils aussi le fait pareillement. 20Car le Père est ami du Fils, et il lui montre tout ce que lui-même fait ; il lui montrera des œuvres plus grandes encore, pour que, vous, vous soyez étonnés. 21En effet, tout comme le Père réveille les morts et les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut. 22De plus, le Père ne juge personne, mais il a remis tout le jugement au Fils, 23pour que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.
24Amen, amen, je vous le dis, celui qui entend ma parole et qui croit celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, il est passé de la mort à la vie. 25Amen, amen, je vous le dis, l’heure vient — c’est maintenant — où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l’auront entendue vivront. 26En effet, tout comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même, 27et il lui a donné le pouvoir de faire le jugement, parce qu’il est fils d’homme. 28Ne vous en étonnez pas, car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix 29et sortiront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront pratiqué le mal pour une résurrection de jugement. 30Moi, je ne peux rien faire de moi-même : je juge selon ce que j’entends ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Traduction NBS)

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Bravo pour cette sainte et juste colère.
Cette salutaire indignation.
Je pense que vous avez raison dans votre perception de ce que sont le bien, le bon et le juste, et donc l’Evangile. Contre une certaine interprétation possible et très classique, il est vrai.
Pourquoi premièrement le Christ doit-il faire ce que le Père veut ? Alors que Dieu/Souffle/Vie nous veut libres ?
Ce n’est pas une question de soumission à un ordre, à une religion. C’est parce que les bonnes choses sont communicatives. Quand on est environné d’amour, de joie, de bon esprit, de pardon, cela peut attendrir, réjouir, élargir notre cœur, notre esprit, notre vie. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est assez communicatif. Et alors le fait d’aimer, et de répandre de la joie ne vient pas contre notre liberté d’action, au contraire, cela vient nous libérer de mauvaises choses et donner une saveur,une façon de regarder et d’être particulière, qui à son tour est source de vie, et de vie meilleure.
C’est vrai que les mauvais sentiments, l’agression, la dispute, la haine, la trahison, les mensonges sont communicatifs, ils sont également comme un virus qui se répand. Hélas. Cela dit, le bien et le mal ne sont pas symétriques dans le monde. Le mal et la mort sont naturellement infiniment plus simples et plus efficaces que le bien et la vie. En effet, n’importe quel imbécile peut tuer une personne en quelques secondes, alors que pour créer une personne à peu près en forme il faut investir des dizaines d’années de soins, d’amour, de rencontres. Comment existe-t-il encore de la vie et du bien ??? C’est que ce bien, cet amour, cette joie entrent nécessairement dans une résonance profonde avec ce que nous sommes, avec ce que Dieu espère. Bien plus que la haine et la trahison, et le mal.
C’est ainsi que le Christ reçoit ce qui vient du Père comme façon d’être, et qu’il en vit ensuite. A sa façon, selon sa vocation unique.
En ce qui concerne le jugement
Il circule effectivement l’idée que le « jugement » serait une sélection de certaines personnes, et donc l’abandon à la mort des autres personnes, « jugées » moins performantes et donc condamnées à des souffrances éternelles. D’accord, c’est faire de Dieu une personne sans doute « juste » (selon certains critères), mais que pourrait-on penser qu’une mère de famille qui aurait ce genre de « justice » avec ses propres enfants ?
Or voilà que le Christ offre une tout autre conception de la « justice » de Dieu qui est basée sur la tendresse et la fidélité (même unilatérale) de Dieu. Cette conception ne tombe d’ailleurs pas de nulle part, puisqu’elle est enracinée dans bien des pages de la Bible Hébraïque, dans les meilleures pages représentantes de certaines sensibilités théologiques, spirituelles et religieuses existant alors parmi les hébreux. La justice de Dieu est une tendresse et une fidélité, un attachement viscéral et permanent de Dieu pour la personne individuelle. C’est une façon de regarder ce qui est bien dans la personne et ce qu’elle pourrait devenir de meilleur, c’est une façon de voir aussi ce qui ne va pas sans cesser d’aimer, et de chercher à soigner, réparer, encourager, purifier, éclairer, accompagner, consoler, donner la force du pas suivant, aider à l’espérer… C’est ce que manifeste Jésus, et c’est ainsi que l’on voit que je jugement de Dieu rend la personne plus juste. Ce « jugement » est donc un service que nous pouvons attendre avec l’impatience, avec espérance, avec reconnaissance.
Vous avez bien raison en ce qui concerne les « athées » qui ont le cœur sur la main. Jean a cette magnifique affirmation dans sa première lettre « Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » (1 Jean 4:16).
Cela fait que le passage que vous citez parle de Jésus, bien entendu, et qu’il parle aussi de nous. C’est un envoi en mission pour 1) écouter « le Père », se laisser enfanter par lui comme capable d’aimer un peu de cette façon vivifiante et même ressuscitante (Jean 1:12,13), et être envoyé pour aimer, à notre façon, dans notre monde, notre environnement. Et ensemble, même en étant limités et imparfaits, nous ferons un boulot formidable entant qu’individu, et comme membre d’un corps plus vaste.
La question n’est pas d’avoir le ticket d’entrée gagnant, d’être sélectionné pour la vie future alors que d’autres seraient laissés à la porte par « le Père ». C’est seulement que « juger » ainsi, c’est à dire aimer, c’est vivre. Et ce qui est en nous nécrosé est une part de nous-même qui est souffrante. La question n’est pas de savoir à qui en revient la faute, la question est de soigner la personne de cette nécrose, de cette fermeture, de ce manque d’amour, car il est souffrance et mort.
En ce qui concerne l’agneau de Dieu
La question n’est pas de « racheter nos erreurs, cibles manquées » comme si Dieu gardait rancune et un compte des erreurs, comme si la souffrance de quiconque pouvait « satisfaire » Dieu en quoi que ce soit (et encore moins son sentiment de justice, puisqu’il est l’amour, et ne veut, ne supporte aucunement la souffrance, ni du coupable et pas plus celle d’un innocent !!!). Bien d’accord avec vous pour considérer cela absurde et même épouvantable comme notion de ce qui est bien, et injurieux en ce qui concerne Dieu, le traitant de pire que bien des tyrans de l’humanité, que bien des parents maltraitants.
Là encore, c’est dû à des théories épouvantables développées au cours des siècles dans certaines sensibilités chrétiennes, sur la base d’une « justice » humaine aimant la vengeance et le sang, imperméable à la notion d’amour, de tendresse, de miséricorde, de pardon, de don gratuit.
Voir dans les deux dictionnaires que j’ai écrit pour vous :
Bravo pour votre émotion qui rend libre, bravo pur votre recherche de la vérité (c’est à dire de la fidélité dans l’amour) qui rend libre même de la haine, bravo pour votre pensée pour l’humanité, pour sa part de ténèbres et pour sa part de lumière.
Oui, nous avons grand besoin de lumière.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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2 réponses

  1. Olivier dit :

    Seigneur j’ai besoin de ta lumière
    Tout est dit dans les béatitudes et le sermon sur la montagne.
    J’aime beaucoup la version de la pléiade où les béatitudes ne commencent pas par les mots heureux mais par les mots magnifiques

    • Marc Pernot dit :

      Chouraqui est excellent aussi sur ce point avec quelque chose comme « En marche les assoiffés du souffle » car en hébreu le même verbe est traduit pas « être heureux » ou par « être en marche ». Le bonheur est d’avancer, de cheminer, d’être vivant.

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