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La notion de "décréation" (de la philosophe Simone Weil) et Paul "ce n'est plus moi qui vit, c'est Christ qui vit en moi" ?

La notion de “décréation” (de la philosophe Simone Weil) et Paul “ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi” ?

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6 réponses

  1. Claire dit :

    J’ai essayé de comprendre pourquoi Simone Weil employait pour elle le terme de dé-création, ce qui implique une re-création possible, je présume .

    Il y a quelques années, j’avais lu de Caroline Eliacheff, outre deux de ses livres, Les indomptables, les figures de l’anorexie, dont Simone Weil.
    https://www.payot.ch/Detail/les_indomptables_figures_de_lanorexie-eliacheff_caroline-9782738109873?fp=1

    et je me questionne : Simone Weil avait des migraines violentes. On sait que la douleur chronique non contrôlée peut engendrer de la dépression.
    Certains psychanalystes parlent même chez elle d’anorexie mystique, à défaut d’anorexie mentale.

    Alors, dé-création ? Déréliction ou dépression sévère ?

    Dans son livre, Les bienfaits de la dépression, Pierre Fedida parle de la dépression comme : anéantissement, dépression vitale (Kuhn), maladie du vivant humain, expérience de la vie morte, hémorragie vitale. (p.7, 9, 10, 12, 45).

    Serait-ce la définition de la décréation décrite par cette philosophe ?

    Qui est vraiment Simone Weil, excepté la philosophe ? Je suis un peu désemparée.

  2. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    Je ne suis pas assez savant pour vous répondre mais c’est bien intéressant. En tout cas, Simone Weil est bien intéressante, avec une démarche très mystique et très philosophique, c’est précisément cette tension qui me semble être la plus féconde qui soit pour la personne humaine et pour l’humanité.

    Il faudrait voir plus précisément, mais j’ai l’impression que sa décréation s’oppose plus à l’orgueil de s’être construit un personnage, un appel à se vider de soi, à disparaitre devant Dieu, en Dieu, se dissoudre. Je n’en suis pas complètement sûr. Je ne sais rien d’où cela lui vient, d’une dépression ? D’un catholicisme très ardent ? Dans ces milieux du genre de ces petites saintes comme Thérèse de Lisieux ou Marthe Robin il y avait une tendance à exalter cette extrême humilité. Personnellement cela me semble héroïque mais amputé, et même morbide. Il faudrait interroger un psychiatre, effectivement, il y aurait sans doute des cas cliniques intéressants. L’avantage de Simone Weil est que la philosophie peut équilibrer cette tendance, ou cette mode. Le protestantisme a longtemps bien tenu cet équilibre entre ces deux pôles que sont l”intelligence et la mystique. Je pense que ce serait vraiment à rechercher, que c’est le meilleur service que nous puissions rendre à nos contemporains et à la Cité.

    Désolé de ne pas connaître assez Simone Weil. Cela me donne envie de creuser la question.

  3. Claire dit :

    Dans le silence de la nuit, seule à mon domicile, j’écoute des philosophes parler de Simone Weil. J’en suis bouleversée.

    Je suis trop fatiguée pour prendre des notes, me réservant la possibilité de me plonger dans les livres de cette philosophe.

    Je note néanmoins sur un post-it : l’expérience mystique retourne l’absence de Dieu en présence de Dieu ( Auschwitz).

    Il faut aimer la vérité plus que la vie.

    La plénitude de l’amour du prochain est de lui demander : quel est ton tourment ?

    Comme dire d’elle : son mysticisme n’est jamais abstrait, elle cherche la clarté et la loyauté.

    En écoutant ces textes de Simone Weil lus par des philosophes, je pense à la notion de kénose, comme il est dit dans 2 Cor. 8: 9 :

    Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis.

    Allez expliquer cette notion de mort de l’ego à des psychanalystes lacaniens ou freudiens, lesquels, sans avoir eu de contact personnel et transférentiel avec Simone Weil puisque décédée, parleront de masochisme, de jouissance et toute-puissance phallique, d’anorexie mystique.

    Allez expliquer cette notion de kénose dans l’expérience mystique, à des neuropsychiatres qui parleront d’état prépsychotique , de délire mystique, voire de dysfonctionnement des lobes temporaux, nommé le “point de Dieu”, siège de la religiosité .

    Je comprends alors mieux ce que signifie ce texte de cette philosophe qui a tant à m’apprendre :

    “La Connaissance suppose un travail de décentrement que le malheur crée inévitablement : réciproquement, la Connaissance n’est possible que par le retrait de soi, le décentrement de l’ego. De plus en plus vidés de nous-mêmes, de notre « Je », la beauté du monde – qui est Dieu – nous interpelle alors. Et cet appel de (à) la grâce, ressenti devant la beauté du monde, permettrait d’atteindre la connaissance vraie. Par le vide qui la constitue et l’ouvre à un au-delà d’elle-même, la réalité du malheur deviendrait une sorte de « passage » vers Dieu, un metaxu, un pont entre l’homme et le divin, un « entre-temps ».

    La sagesse de Dieu est folie au yeux des hommes, dit la bible. Il y a des expériences entre le Divin et soi qui ne s’expliquent ni rationnellement, ni scientifiquement. Et qui n’ont rien à voir avec une pathologie psychiatrique.”

  4. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    Magnifique & très très touchant, inspirant !
    Mil mercis pour cela

  5. Claire dit :

    Cher Marc,

    je pensais à ce texte de Simone Weil :
    la Connaissance n’est possible que par le retrait de soi, le décentrement de l’ego. De plus en plus vidés de nous-mêmes, de notre « Je », la beauté du monde – qui est Dieu – nous interpelle alors.

    Je fais la corrélation de ce texte – le retrait de soi / vidés de nous-mêmes – avec la notion de dignité ontologique développée par le philosophe Eric Fiat.

    Ce n’est pas parce que le général de Gaulle a traité Simone Weil de “folle” que,

    ce n’est pas parce que Simone Weil parle de retrait de soi, de décentrement de l’ego, que

    elle ne porte pas en elle cette dignité intrinsèque de l’être, de l’être en Dieu.

    Je suis souvent interpelée par ce verset d’Esaïe 52 : 14 concernant le Serviteur souffrant : de même qu’il a été pour plusieurs un sujet d’effroi, – tant son visage était défiguré, tant son aspect différait de celui des fils de l’homme…

    Simone Weil devait être physiquement méconnaissable à la fin de sa vie, mais n’a-t-elle pas conservé cette dignité ontologique jusqu’au bout ?

    Je me pose la question : cette notion de dignité ontologique est peut-être un encouragement pour les personnes si dégradées dans leur corps malade par un dénuement progressif qu’elles en deviennent physiquement méconnaissables

    ( un peu comme Job) .

    Qu’en pensez-vous ?

    Merci de votre réponse et amitiés

  6. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    Bonsoir

    Effectivement, je trouve que le “le retrait de soi”, le “vidés de nous-mêmes, de notre Je” : cela sort de l’évangile. L’amour de Dieu est précisément celui qui nous rend capable de dire “Je”, à l’image de Jésus qui ose dire “Je suis”, et de l’aveugle guéri qui peut dire à son tout “Je suis” (Jean 9:9)

    Cette idée de se vider de soi-même, de son “Je” me semble plus s’approcher du bouddhisme. C’est une philosophie tout à fait respectable, cela peut effectivement être magnifique, plein de dignité, et de grandeur dans cet abaissement, voire héroïque. Il me semble seulement que ce n’est pas le chemin de la foi chrétienne qui est une résurrection, ou plus précisément une surrection de la personne, une force qui la dresse, debout, éveillée. C’est une exaltation, un épanouissement de son Je, mais aux antipodes d’un orgueil ou d’un égocentrisme. C’est un je qui aime, c’est un je au sens où Paul parle de membre irremplaçable dans le corps du Christ. C’est une divinisation, ce Je étant élevé au rang de temple de Dieu, de saint des saints.

    Quand une personne est faible dans son corps, je ne suis pas certain qu’il faille en plus lui demander de se vider d’elle-même, de son Je. Il me semble qu’elle est déjà atteinte dans sa dignité, dans l’estime de la valeur de sa personne et de sa vie. Par contre, oui pour “la dignité ontologique” que l’on appellerait chez nous “la grâce” et qui fait que chaque personne est aimée telle qu’elle est, que sa personnalité, son je, est un chef d’œuvre, que vie a sa beauté. Que son avis, son point de vue unique est important pour le monde et pour Dieu lui-même, qu’il l’attend dans notre prière. Que chaque aube est belle, chaque jour précieux. Chaque sourire une merveille, chaque bonjour et chaque merci, et chaque marque d’intérêt offert à qui que ce soit d’autre est un signe de cette grâce dont nous sommes alors la source.

    Il me semble que j’ai vu ce genre de posture dans l’introduction de “l’insoutenable légèreté de l’être” de Kundera.

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