Ce qui reste et ce qui n’est plus valable dans la loi de Moïse (manger du porc, éliminer les ennemis…) ?

Par : pasteur Marc Pernot

Philippe de Champaigne - Moïse et les 10 paroles Wikicommons (Hermitage Museum)

Question d’un visiteur :

Dans Matthieu 5, 17-19, Jésus dit qu’il faut observer la loi. Il résume aussi ailleurs cette loi à aimer Dieu et son prochain. Il dit aussi, vous avez appris à détester votre ennemi, mais moi je vous dit d’aimer vos ennemis. Or dans l’ancien testament, il fallait exterminer certaines peuplades, il ne s’agissait pas de les gagner par l’amour (charbons sur leur tête), mais de les éliminer physiquement. Comment faire le tri, entre ce qui reste inchangé, comme Lév . 19.18 (tu aimeras ton prochain comme toi-même) et ce qui n’est plus valable. Il semble que ce qui est considéré comme « dépassé » par la nouvelle Alliance est très fluctuant selon les époques. Certaines choses qui étaient fixées dans la loi (ne pas manger de porc) sont aujourd’hui acceptées. Si le critère c’est l’amour, comment l’applique-t-on?

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Effectivement, ce passage que vous citez évoque le programme du Christ en ce qui concerne la loi. Entre les théologiens il est très discuté de savoir que qu’il entend par « je ne suis pas venu pour abolir la Loi mais pour l’accomplir ». Il me semble utile d’essayer de comprendre en voyant plus largement la façon dont Jésus parle et agit par la suite.

En ce qui concernes les grandes valeurs comprises dans la Loi, Jésus a des paroles qui sont souvent extrêmes : par exemple quand il dit qu’une pensée négative vis à vis d’une autre personne est à classer dans la catégorie du meurtre. Dans un sens, cela ne supprime effectivement pas la Loi (condamnant le meurtre) mais en même temps cela nous classe tous dans le groupe des meurtriers, ce qui rend cette Loi inapplicable concrètement. Elle est dont poussée au rang d’un idéal, d’une visée, et non plus comme une condamnation de certaines personnes. Dans le même sens, il nous appelle à être « parfait comme le Père céleste est parfait ». Sacré programme ! Là aussi, il s’agit plus d’une visée ultime, d’un idéal, d’une espérance en l’aide de Dieu, d’une confiance dans son pardon, dont nous avons tous besoin.
Mais si la loi est ainsi élevée au rang d’un idéal, comment vivre concrètement sans ces gardes fous qui étaient les commandements ? Jésus ajoute quelque chose au commandement fondamental d’aimer Dieu de tout son cœur de toute son âme et de toute sa force. Jésus ajoute qu’il faut l’aimer avec intelligence. Avec une réflexion personnelle, pas seulement des grands professeurs de théologie, mais pour chaque fidèle de base, homme comme femme. Que nous devenions tous prophète ou prophétesse par l’Esprit. Et que nous puissions ainsi tous discerner, en temps réel, quelle est la Loi particulière que Dieu nous proposera dans le dialogue avec lui, à chaque instant. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise car c’est ce qui était annoncé par les grands prophètes comme Jérémie « En ces jours-là, dit l’Eternel: Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur coeur » (Jérémie 31:33). L’accomplissement de la Loi, c’est notre conscience éveillée, s’adaptant de façon prophétique aux circonstances particulières, rendue capable de cheminer, de progresser dans sa conscience et sa capacité à s’adapter de façon créative et souple. C’est ce qu’annonce aussi le prophète Joël : “ Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute vie ; vos fils et vos filles prophétiseront, du plus jeune au plus âgé… ils prophétiseront”, ce texte est cité comme réalisé en Jésus-Christ, par le don de l’Esprit (Actes 2:17-18)

C’est ce que Jésus vit : un jour de sabbat, dans la synagogue, il remarque un homme ayant besoin d’aide. C’est interdit par la Loi, parait-il, de le soigner ? Jésus aurait facilement pu lui donner rendez-vous le lendemain ? En tout cas Jésus transgresse ce point essentiel de la Loi (inscrit dans le décalogue, le top-10 des commandements de Moïse), et soulage cette personne. Car il a choisi de placer l’amour du prochain comme plus prioritaire que la Loi sur la Sabbat. Ce n’est pas sans risque car cela pourrait être interprété comme si la santé du corps était plus importante que la santé spirituelle et même que l’honneur dû à Dieu. Mais pourtant Jésus le fait.

Pour les lois alimentaires comme de manger du porc, c’est dans cette logique, que poursuivent les premiers disciples de Jésus : Pierre, Paul et les autres apôtres. Pourquoi se priver de nourriture, ou de manger telle ou telle nourriture ? Dieu ne veut pas nous embêter, ni nous compliquer la vie. Dès lors que la viande de porc est bien cuite elle est un bon aliment, pouvant nourrir des personnes qui n’ont pas trop de ressources. C’est une bénédiction de Dieu. Se priver de viande de porc était, je pense, un exercice spirituel afin de penser à ne pas vivre comme un cochon dans l’existence. Il est possible de s’exercer à ne pas vivre n’importe comment par la lecture, la prière, ou de bien d’autres façons dans sa vie quotidienne, selon l’exercice que chacune et chacun pourra choisir de se donner. De cette façon, pourquoi pas aussi choisir de jeûner ou de se priver de telle ou telle nourriture, si l’on fait ce choix d’une manière personnelle, volontaire, si c’est un discernement par soi-même et que l’on n’impose pas aux autres, selon sa conscience éclairée par Dieu.

C’est vrai que dans certains passages de la Bible il est possible de lire que Dieu tue, massacre, ou appelle à massacrer les ennemis. Par exemple au déluge (Genèse 6), ou quand les hébreux reçoivent l’ordre de tout exterminer dans Jéricho (Josué 6:17).Comment comprendre cela alors que les tables de la Loi interdisent de tuer. Il n’est pas écrit qu’il est interdit de tuer le juste, ou l’innocent (personne ne l’est complètement), mais il est écrit de ne pas tuer, un point c’est tout. Comment comprendre cette contradiction ? En comprenant que quand la Bible parle de tuer le méchant elle nous propose pour avoir le projet d’éliminer la méchanceté. C’est totalement différent, car à divers degrés, la méchanceté est en toute personne, et la racine de la bonté est également en toute personne. Alors si l’on tue une personne, elle ne pourra plus être méchante mais un enfant de Dieu a été tué, ce qui est une méchanceté insupportable. Dieu est la source de la vie.

C’est donc cela la « Loi dans le cœur » : ne pas être prisonnier de la lettre des commandements anciens, mais chercher l’Esprit, chercher l’intention de Dieu pour créer et embellir la vie. Chercher ce que nous inspire le Christ. Réussir en partie à avancer de belle façon. Se tromper un peu, se présenter devant Dieu pour se réjouir et pour reconnaître son besoin de pardon et d’aide, se laisser éclairer, grandir, soigner, mettre en route… Avancer ensemble, faire corps avec les autres, grâce à Dieu.

Dans ce travail, la Bible est bien inspirante dès lors qu’on la considère comme un recueil de bonnes questions à se poser devant Dieu. Dans la liberté que donne le souffle que Dieu nous donne.

Dieu vous bénisse ainsi

Bien amicalement

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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1 réponse

  1. KOIVOGUI Jeannot Selé dit :

    J’en suis édifié !
    Dieu vous bénisse !

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