Est-ce que la théologie, avec ses chicanes, ne finit pas par désespérer le croyant ?

Peinture du XIIIe siècle à Milan représentant des théologiens en pleine disputatio

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

J’aimerais vous poser une question, ne pensez-vous pas que la Théologie dans son ensemble, avec ses courants si divers, ses points de divergences (entre telle ou telle conception de l’interprétation), avec sa science qui parfois est incompréhensible pour le « commun des mortels », avec toujours cette soif de rechercher ce qui finira toujours à un moment par nous échapper, ne finit pas par desservir la foi , tout du moins par « l’ébranler » ….pensez vous qu’il soit toujours utile pour plus de compréhension ( via cet outil qu’est la théologie, dans son sens le plus large ) d’élaborer , encore et encore ce genres de « systèmes » ( et de sans cesse s’y référer) ce qui à mon sens , bien qu’utile certes a atteint ses limites ( il suffit de s’apercevoir des débats houleux entre théologiens ).

amitiés fraternelles.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

A mon avis, ce serait vraiment dommage que la théologie désespère quiconque. Elle peut au contraire être une nourriture pour notre foi, une stimulation pour notre cheminement, grandissant avec notre propre stature.

Mais pour cela il faut lui trouver sa juste place, ni trop élevée ni trop basse, juste comme un moyen utile pour vivre et pour témoigner. Juste pour stimuler notre vie, l’approfondir, l’affiner. C’est ce qu’essaye de mettre en place l’apôtre Paul par exemple dans ce fameux hymne à l’amour de 1 Corinthiens 13. Alors la foi est géniale, ébranlant nos certitudes trop ancrées (devenues des idoles, des grigris ou des doudous), et confortant l’essentiel, nous réconfortant.

Il est donc normal qu’il y ait une variété de théologies et une évolution de notre théologie, car une personne à un moment donné a besoin de Dieu comme Père, tantôt de Dieu comme mère, ou comme ami, ou comme roi ou comme créateur, et bien d’autres encore. Mais il n’y a effectivement pas lieu de se disputer pour cela. Ou alors c’est que nous avons besoin de plus prier pour sentir que Dieu est et restera toujours infiniment plus élevé que nos interprétations, leur échappant sans cesse. Si nous nous disputons, c’est que nous avons encore besoin de plus de théologie, pas moins. Plus précisément : nous avons besoin de plus de théologie faite d’une bonne façon, une théologie humble devant Dieu et devant nos frères et sœurs, une théologie au service de ce qui est vraiment l’humain (au sens où Christ est l’humain) et au service de la réconciliation entre les humains.

Et tout dépend ce que l’on entend par « la foi » ? Certaines personnes confondent « la foi » et « les croyances ». Ce n’est pas sans rapport mais il s’agit de deux choses différentes. « La foi » est une relation que l’on tient dans la durée. Celui qui cherche Dieu, doute, évolue, prie, s’interroge… celui là est certainement dans la foi. Et il a bien de la chance de voir alors ses croyances évoluer. La théologie ne doit donc pas prendre la place de la foi (c’est une catastrophe, et c’est le cas aussi bien des intégristes que de certains libéraux rationalistes). Mais en récoonciliant la foi et la théologie on peut avoir une foi vivante et une théologie qui s’affine. Avec une foi qui rend la théologie humble et l’éclaire de ce que l’Esprit ajoute à la raison. Et une théologie intelligente qui purifie notre foi de ce qu’elle peut avoir d’impur, tiré de superstitions anciennes et de projections de notre inconscient, peut-être.

Le récit de la Genèse décrit bien, avec cet histoire d’Adam et Eve avec ce serpent qui parle et qui est une figure de cette arrogance de l’humain qui prend sa propre pensée pour supérieure à Dieu. C’est aussi une image du croyant fou, du théologien pensant toucher le ciel avec son interprétation de la Bible, de Dieu et du monde. Interprétation qu’il pense être la seule valable.

Au contraire, nous dit Paul, pourtant formidable et inlassable théologien :

Même si je parlais les langues des hommes et des anges,
si je n’ai pas l’amour, je suis une cloche qui résonne ou une cymbale qui retentit.
Même si j’avais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance,
Si j’avais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes,
si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.
Même si je distribais tous mes biens pour la nourriture des pauvres,
même si je livrais mon corps pour être brûlé,
si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ;
l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil,
il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt,
il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal,
il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ;
il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.
L’amour ne meurt jamais.
Que ce soient les prophéties, elles seront abolies ;
les langues, elles cesseront ;
la connaissance, elle sera abolie.
Car c’est partiellement que nous connaissons ;
c’est partiellement que nous prophétisons.
Mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel sera aboli.
Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ;
lorsque je suis devenu homme, j’ai aboli ce qui était de l’enfant.
Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse,
mais alors, nous verrons face à face ;
aujourd’hui je connais partiellement,
mais alors, je connaîtrai comme j’ai été connu.

L’apôtre paul, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 13

Une théologie motivée par l’amour, nourrie par l’amour de Dieu et s’en inspirant, une théologie qui a conscience qu’elle ne voit que de façon confuse, qu’elle ne sera toujours que partiellement vraie. Alors le croyant peut faire de la théologie sans tuer Dieu en lui, et sans tuer son frère, sa sœur.

Amitiés

par : pasteur Marc Pernot

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