Plutôt que de mettre en avant l’amour de Dieu, ne serait-il pas mieux de considérer comme l’essentiel d’aimer son prochain ?

Par : pasteur Marc Pernot

deux pommiers sans pommes dans un champ - Image par Hans Braxmeier de Pixabay

Question d’un visiteur :

Les plus grands commandements selon la bible sont:

Tu aimeras ton dieu de toute tes force
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Qu’est-ce qui est le plus important: croire en dieu et pas aimer les autres ou aimer les autres et pas croire en Dieu? La deuxième option me semble la meilleure.

Donc, le premier commandement ne devrait-il pas être s’aimer les un les autres?

On sait que si on aime dieu et on aime pas les autres, on est pas sur la bonne voie et il y a beaucoup de passage dans la bible qui l’explique.

Ma question est : est-ce qu’il y a des passages qui explique l’inverse? qu’est-ce qu’on peut reprocher à une personne qui aime les autre de toute ses forces (juge pas, généreuse , toujours au devant des autres…) mais qui ne croit pas en dieu? Comment va-t-elle être jugée?

Cette question remet en question toute l’église. On peut ne pas croire en Dieu mais croire en l’amour et être sur la bonne voie! Donc plus besoin d’église mais seulement des enseignements sur l’amour dans les écoles par exemple: comme la bienséance, l’éthique…

Même si je suis croyant , je comprends ceux qui ne crois pas: c’est bien plus facile de croire en quelque chose de concret que quelques chose d’abstrait..

Réponse d’un pasteur :

Cher monsieur

C’est une intéressante question, magnifiquement posée.

Je dirais que moi-même j’apprécie beaucoup les pommes, et surtout la tarte aux pommes. Mais je ne trouve pas grand intérêt dans le pommier. J’aime l’excellent vin, mais ne trouve aucun intérêt à voir de la terre occupée par des vignes.

Le « croyant » dirait que Dieu est la source ultime. Sans lui, point de pommes point de raisins, point de possibilité même d’aimer.

Mais présenter les choses seulement ainsi est un peu réducteur. Car si Dieu est pour le croyant le créateur. Il est aussi et il est peut-être avant tout ce qui, au plus profond, nous permet d’aimer, de grandir en qualité d’être, d’évoluer, de se sentir motivé par l’épanouissement du monde autour de nous et pas seulement de notre petite quiétude. Cette seconde définition de Dieu est très pragmatique, pas seulement conceptuelle. Elle a des implications directes :

  • « Aimer Dieu » est aimer, c’est chercher, c’est valoriser ce qui nous rend meilleur au sens de faire grandir la vie belle et bonne, la vie juste. C’est ainsi soigner le pommier en nous, les pommes viendront toutes seules ensuite, en leur saison, en notre saison. C’est pourquoi l’amour de Dieu est premier. Et que l’on ne peut aimer seulement l’amour du prochain. Un bébé n’aime pas son prochain, il cherche son biberon, sa maman à lui et pour lui, son propre confort. Pour qu’il se mette à aimer, il faudra que le pommier en lui grandisse d’abord. Ce qui demande du développement et donc des soins sous diverses formes (nourriture, affection, langage, éducation, culture…)
  • Bien des personnes n’ayant pas, voire même refusant, l’idée de Dieu sont des personnes qui aiment réellement leur prochain. Seulement, « Dieu », au sens de « ce qui nous rend capable d’aimer un peu plus véritablement », n’est pas seulement une belle idée à cultiver par la tête mais aussi par les tripes, et manifestement, toute personne est un peu touchée par cela de bien des façons. C’est vrai que l’intellect est important pour aider la personne humaine à évoluer, et que penser Dieu et le prier est d’un grand bénéfice pour une large proportion des humains depuis toujours. Mais une personne qui cultive la recherche philosophique de recherche de ce qui peut conduire au bien, et qui fait de cette recherche un exercice spirituel pratiqué régulièrement, celui là aime et cultive certainement son pommier, il n’aime pas seulement les pommes. A mon avis, ce serait dommage de se priver de cet immense patrimoine qu’est la théologie dans ce soin des pommiers, mais même en se contentant des seuls penseurs athées, il reste de magnifiques choses.

Votre question est particulièrement intéressante, à mon avis, car elle remet les choses en perspective. Elle ne remet pas en question l’église, elle remet en question la place que certains ont parfois voulu lui donner. La religion n’est à mon avis qu’une binette pour sarcler un petit peu le pied de la vigne. Et de le faire en équipe, ce qui n’est pas tout à fait inutile, au contraire, c’est enrichissant et motivant. L’église est ce qu’on veut bien qu’elle soit pour nous. Avec elle, nous pouvons travailler un petit peu ce que nous ont laissé les centaines de générations qui ont pioché ces questions, et dont nous pouvons faire maintenant, à notre génération, ce que nous voulons, et dont il serait quand même un peu ballot de ne rien faire, en tout cas.

La question est donc bien, je suis d’accord avec vous, une question d’éducation, transmettant une culture et des gestes, une façon d’être. Seulement, il y a plus qu’une éducation à recevoir, il y a quelque chose de plus profond, en amont de la vie, une dynamique d’évolution à vivre. C’est ce qui permet à chaque génération de ne pas seulement reproduire le meilleur de ce qui a été transmis, mais de devenir soi-même, d’inventer la façon d’être qui sera en phase avec ce que nous sommes, nous et ce monde dont nous sommes. C’est se connecter à la source de l’être.

Cela ne se voit pas, comme le temps de se voit pas. Cela est pourtant très concret comme « travail » d’aimer ainsi la source de l’amour et pas seulement l’amour. Et en fait il n’y a rien de plus beau quand c’est fait en vérité. Au point que Martin Luther (ou je ne sais qui) a bien raison de dire : que ferais-tu aujourd’hui si tu savais que tu allais mourir ce soir ? J’irais planter un pommier.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

PS. Comme passage biblique, mettant Dieu en avant et l’amour du prochain comme fruit :

  • Psaume 121 « Je lève les yeux vers les montagnes… »
  • Luc 10 avec la célèbre parabole du Bon samaritain qui creuse précisément cette question de savoir quel est le plus prioritaire entre aimer Dieu et aimer son prochain. Et qui conclut dans un certain sens, il me semble, sur cette question de savoir laisser aimer d’abord, et de se laisser ainsi construire par cet amour donc nous avons été aimé. C’est ce que Jésus place encore en exergue dans son testament spirituel de Jean 15 « comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimé »,
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2 réponses

  1. Jérôme Muhlbauer dit :

    Je trouve votre réponse pleins de justesse et féconde pour ma propre pensée, comme d’habitude.
    Merci infiniment, du fond du cœur, pour votre travail !

    Jérôme Muhlbauer, Mulhouse

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