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Question

Que pense le protestantisme des Pères de l’Église et du Symbole des Apôtres ?

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Question posée :

Bonjour monsieur le Pasteur,

Je suis maronite (catholique romain de rite oriental), et tiens avant tout à vous remercier ainsi qu’à vous encourager dans le travail que vous faites au niveau des questions/réponses, que je trouve très bon.

J’ai aussi une question à vous poser : Quel est le positionnement du protestantisme (ou du moins de votre Église) vis-à-vis des écrits des Pères de l’Église, notamment en ce qui concerne ceux qui ont vécu dans le contexte de la rédaction du Symbole des apôtres, qui est si je ne me trompe la seule profession de foi commune à l’ensemble des Églises ?

Merci encore pour tout !

En fraternité dans le Christ,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur,

Le protestantisme est assez divers, même au sein de l’Église protestante de Genève. Néanmoins, dans une Église comme celle-ci, il y a un respect mutuel, et cela est déjà un élément de réponse à vos questions. Ce qui nous unit, c’est la personne de Jésus-Christ, la libre interprétation de la Bible, l’ouverture à la prière personnelle et le respect des autres personnes.

Je ne parle donc pas au nom de tous les protestants, et encore moins au nom des chrétiens « évangéliques » qui sont souvent bien plus attachés à l’unité de doctrine dans leur Église.

Le regard des protestants sur les Pères de l’Église

Les théologiens protestants apprécient en général grandement les « Pères de l’Église », c’est-à-dire les théologiens chrétiens des premiers siècles. Leurs écrits sont souvent très riches, bien plus libres et divers que les textes produits après le IVe siècle.

À cette époque, Constantin (le premier empereur romain converti au christianisme) a commencé à vouloir réduire cette diversité, d’abord par le dialogue, puis par la contrainte. Cette diversité, fondée sur une recherche personnelle de fidélité au Christ et sur des débats passionnés entre croyants, a perduré tout au long des trois ou quatre premiers siècles. C’est de cette époque que nous viennent bien des écrits des Pères de l’Église.

Cette pluralité est une richesse fondamentale pour le protestantisme. Pour que l’amour se manifeste, il faut être plusieurs. Le véritable scandale réside dans le jugement porté sur l’autre, dans l’excommunication et l’anathème. Accepter que son prochain ne pense pas exactement comme soi demande un effort, mais cela nous rappelle que ce qui est solide et vrai, c’est l’amour de Dieu, et non une doctrine figée.

La vérité et le Symbole des apôtres

Pour les chrétiens, la Vérité (avec une majuscule) est une personne vivante : le Christ. Elle ne se résume pas à une liste de doctrines sur lesquelles tout le monde devrait s’accorder unanimement.

C’est ici que l’on aborde le « Symbole des apôtres ». Ce texte a été rédigé bien des siècles après la disparition des apôtres, qui n’ont donc pas pu réclamer de droit de regard. Je ne pense pas que ce Credo soit une profession de foi véritablement commune à l’ensemble des chrétiens. Au contraire, il a été conçu à l’origine pour exclure certains fidèles que le courant majoritaire souhaitait combattre.

C’est pourquoi l’essentiel de ce qui rassemble tous les chrétiens n’y figure pas : la grâce, le pardon de Dieu, ou encore le fait que Jésus-Christ ait agi, prêché et vécu entre sa naissance et sa mort. Le Symbole des apôtres ne parle ni de foi, ni d’espérance, ni de la charité envers Dieu et son prochain. Ce qui manque dans ce texte, c’est l’essentiel de l’Évangile.

De plus, de nombreux concepts y sont devenus incompréhensibles pour le chrétien du XXIe siècle. Affirmer littéralement que le Christ est « assis à la droite de Dieu » pose question, même s’il s’agit d’une métaphore traduisant une conviction spirituelle.

Usage et liberté dans l’Église

Il m’arrive néanmoins de réciter le Symbole des apôtres, en particulier dans un contexte œcuménique, en pensant aux croyants qui l’ont prononcé pieusement à travers les siècles. En revanche, dans une célébration avec des chrétiens orthodoxes, il est préférable de privilégier d’autres textes.

Dans notre Église, chacun conserve ses propres convictions théologiques. Lors d’un baptême d’adulte ou d’une profession de foi, la personne peut employer le Symbole des apôtres ou rédiger librement sa propre confession, résumant les points essentiels de sa foi sans chercher à invalider celle des autres.

Grand merci pour vos encouragements et pour ce partage œcuménique.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

Par : Marc Pernot, pasteur à Genève

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Confession de foi, de Vérité, ou de Foi : voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

Miniature d'un manuscrit du XIIIe siècle montrant les Apôtres

Miniature d’un manuscrit du XIIIe siècle montrant les Apôtres en train de rédiger le Credo sous l’inspiration de l’Esprit Saint (figuré par une colombe).

Le « Crédo » ou « Symbole des apôtres » tel que dit en général dans les églises protestantes :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit
et qui est né de la Vierge Marie ;
il a souffert sous Ponce Pilate,
il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli,
il est descendu aux enfers ;
le troisième jour, il est ressuscité des morts ;
Il est monté au ciel ;
il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ;
il viendra de là pour juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit Saint.

Je crois la sainte Église universelle,
la communion des saints, la rémission des péchés,
la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Amen.

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En écho à ce texte :

2 Commentaires

  1. Le Mecreant dit :

    Pour moi , c’est tout, sauf le symbole des apôtres et le symbole de Nicée , parce que justement je ne crois pas a un certain nombre de ces affirmations, et quand je dit que je n’y crois pas, c’est carrément aux antipodes de ce que je crois.
    Je ne prononce jamais ni l’un ni l’autre, parce que le faire serait un hypocrisie, et finalement une injure aux convictions de ceux pour qui ces textes sont porteurs de sens, ce que je trouve tout a fait respectable par ailleurs.
    « Ce qui nous unis, c’est la personne de Jésus, le christ » C’est bien la l’essentiel non ? Après la manière, dont chacun est en rapport avec lui est une affaire tout a fait personnelle et qui peut varier au cours du temps.
    Je pense par ailleurs que mettre sa foi dans un texte,(celui la ou un autre) c’est passer a coté de l’essentiel: le message que nous a délivré Jesus. On cite souvent cette parole prêtée a Lao Tseu: Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Je pense que cela décrit tout a fait la situation de celui qui « déifie » un texte (quel-qu’il soit) au lieu de laisser ce texte lui ouvrir un horizon sans fin.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, Féalcréant

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