Que pense le protestantisme des Pères de l’église et du « Symbole des apôtres » ?

Illustration : différntes cordes nouées ensemble - Image parengin akyurt de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur le Pasteur,

Je suis maronite (catholique romain de rite oriental), et tiens avant tout à vous remercier ainsi qu’à vous encourager dans le travail que vous faites au niveau des questions/réponses, que je trouve très bon.

J’ai aussi une question à vous poser : Quel est le positionnement du Protestantisme (ou du moins de votre Eglise) vis à vis des écrits des Pères de l’Eglise, notamment en ce qui concerne ceux qui ont vécu dans le contexte de la rédaction du symbole des apôtres, qui est si je ne me trompe la seule profession de foi commune à l’ensemble des Eglises ?

Merci encore pour tout !

En fraternité dans le Christ,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Le protestantisme est assez divers, même au sein de l’église protestante de Genève. Néanmoins, dans une église comme celle-ci il y a un respect mutuel, et cela est déjà un élément de réponse à vos questions. Ce qui nous unit est la personne de Jésus-Christ, la libre interprétation de la Bible, l’ouverture à la prière personnelle. Et donc le respect des autres personnes. Je ne parle donc pas au nom de tous les protestants et encore moins au nom des chrétiens « évangéliques » qui sont souvent bien plus attachés à l’unité de doctrine dans leur église.

Les théologiens protestants apprécient en général grandement les « Pères de l’Eglise » (= théologiens chrétiens des premiers siècles). Leurs écrits sont souvent très riches et bien plus libres, bien plus divers que les textes produits après le IVe siècle. En effet, à cette époque, Constantin (le premier empereur de Rome à s’être converti au christianisme) a commencé à vouloir réduire cette diversité, d’abord par le dialogue, puis par la contrainte… Cette diversité, fondée sur une recherche personnelle de fidélité au Christ et sur des débats passionnés entre théologiens et entre croyants, était vive, depuis les premiers apôtres de Jésus, mais aussi dans l’église de la 1ère génération, et s’est poursuivie tout au long des 3 ou 4 premiers siècles. C’est de cet époque que nous viennent bien des écrits des « Pères de l’Eglise ». Cette diversité est une chose qui nous est chère dans le protestantisme, ressentie comme une richesse et non comme un scandale. Pour que l’amour se manifeste, il faut être plusieurs. Le scandale, c’est le jugement porté sur l’autre, c’est l’excommunication, l’anathème lancé sur l’autre. Cela demande toujours un effort à la personne humaine d’accepter que l’autre ne pense pas exactement comme lui, car elle se sent mise en danger dans ce qui lui semblait être une fondation solide et vraie. C’est un des avantages de la diversité, c’est de nous rendre compte que « ce qui est solide et vrai » n’est en réalité que l’amour de Dieu pour nous, pas une doctrine figée.

D’ailleurs, LA Vérité (avec des majuscules), pour les chrétiens, c’est le Christ, une personne vivante. LA Vérité n’est pas une liste de doctrines dont il faudrait absolument être tous unanimement convaincus. C’est là que l’on en vient au « Symbole des apôtres » (voir le texte en bas de page pour ceux qui ne voient pas ce que c’est). Ce texte a été écrit bien des siècles après la disparition des premiers apôtres. Quand ce texte a été baptisé « des apôtres », ils n’étaient plus là depuis bien longtemps et n’ont donc pas pu réclamer « pas en mon nom ! ».

Je ne pense pas que ce Symbole dit « des apôtres » soit une profession de foi commune à l’ensemble des chrétiens. Au contraire, ce texte a précisément été composé pour exclure certains chrétiens que le courant majoritaire voulait combattre. Cela explique pourquoi tout ce qui est essentiel et rassemble tous les chrétiens ne se trouve précisément pas dans ce texte, par exemple  : la grâce et le pardon de Dieu, le fait que Jésus-Christ ait fait quelque chose entre sa naissance et sa mort (!) : qu’il a parlé et qu’il a agit, vécu, ce texte n’en dit pas un mot. Ce « symbole des apôtres » ne parle pas non plus de foi, ni d’espérance, ni d’aimer Dieu, son prochain et soi-même comme Jésus nous y invite… Ce qui me gène le plus dans « le symbole des apôtres » c’est donc ce qui manque, c’est à dire l’essentiel de l’évangile et du salut en Jésus-Christ. Pour ce qui est dans ce texte, la principale difficulté est que bien des concepts sont absolument incompréhensibles pour le chrétien du XXIe siècle.

Par exemple, que peut bien entendre l’homme ou la femme de ce siècle quand on lui dit que « nous croyons » (ou pire : qu’il faudrait croire) que le Christ est « assis à la droite de Dieu » ? Il s’agit, bien entendu, d’une façon de parler qui rend compte d’un conviction théologique et spirituelle à laquelle on peut adhérer en toute bonne foi si on a étudié la question, mais, littéralement, cet énoncé est quand-même problématique…

Il m’arrive de dire néanmoins le « Symbole des apôtres », en particulier dans un contexte œcuménique, en pensant aux chrétiens qui, partout dans le monde et depuis de nombreux siècles, l’ont récité pieusement. Dans une célébration avec des chrétiens orthodoxes, il vaut mieux préférer d’autres textes car ils ne reconnaissent pas particulièrement celui-ci.

Dans notre église, chacun peut, par ailleurs, avoir ses propres convictions théologiques et spirituelles. Lors d’un baptême d’adulte ou une profession de foi, la personne prononce souvent une libre confession de foi qui peut être le « symbole des apôtres » ou une confession de foi que la personne rédige elle-même en toute liberté comme un résumé des points essentiels de ses croyances et de sa foi (pour elle-même, pas dans l’idée de combattre la foi des autres, évidemment).

Grand merci pour les encouragements, et pour ce partage œcuménique, réellement.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

 

Miniature d’un manuscrit du XIIIe siècle montrant les Apôtres en train de rédiger le Credo sous l’inspiration de l’Esprit Saint (figuré par une colombe).

Le « Crédo » ou « Symbole des apôtres » tel que dit en général dans les églises protestantes :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit
et qui est né de la Vierge Marie;
il a souffert sous Ponce Pilate,
il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli,
il est descendu aux enfers ;
le troisième jour, il est ressuscité des morts ;
Il est monté au ciel ;
il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ;
il viendra de là pour juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit Saint.

Je crois la sainte Église universelle,
la communion des saints, la rémission des péchés,
la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Amen.

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2 réponses

  1. Le Mecreant dit :

    Pour moi , c’est tout, sauf le symbole des apôtres et le symbole de Nicée , parce que justement je ne crois pas a un certain nombre de ces affirmations, et quand je dit que je n’y crois pas, c’est carrément aux antipodes de ce que je crois.
    Je ne prononce jamais ni l’un ni l’autre, parce que le faire serait un hypocrisie, et finalement une injure aux convictions de ceux pour qui ces textes sont porteurs de sens, ce que je trouve tout a fait respectable par ailleurs.
    « Ce qui nous unis, c’est la personne de Jésus, le christ » C’est bien la l’essentiel non ? Après la manière, dont chacun est en rapport avec lui est une affaire tout a fait personnelle et qui peut varier au cours du temps.
    Je pense par ailleurs que mettre sa foi dans un texte,(celui la ou un autre) c’est passer a coté de l’essentiel: le message que nous a délivré Jesus. On cite souvent cette parole prêtée a Lao Tseu: Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Je pense que cela décrit tout a fait la situation de celui qui « déifie » un texte (quel-qu’il soit) au lieu de laisser ce texte lui ouvrir un horizon sans fin.

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