Dans son livre « Dieu sans Dieu », John A.T. Robinson ne semble plus croire en Dieu comme être « personnel »? Christ accomplit les prophéties ?

Par : pasteur Marc Pernot

couverture du livre "Dieu sans Dieu" de J.A.T Robinson aux nouvelles éditions latines

la couverture du livre de John A.T. Robinson « Honest to God » (littéralement « Honnête avec Dieu »), traduit en français, afin d’être plus polémique encore, sous le titre « Dieu sans Dieu ».

Question d’un visiteur :

Bonjour

1) Je possède sur mes rayons deux livres de feu l’évêque anglican John A.T. Robinson: « Dieu sans Dieu » et « Ce que ne crois pas ». Il m’est malheureusement plus que très difficile de comprendre la pensée de J. Robinson au sujet de Dieu et pour lequel qui toute vision « théiste » ne reste plus possible. On a l’impression que ce théologien ne croyait plus vraiment en Dieu comme Etre « personnel ». Pourriez-vous m’aider à ce sujet?

2) Que peut-on penser de ces listes de références de versets de l’A.T. avec en concordance la référence du N.T. et le « titre » de l’évènement prophétisé et réalisé?

D’avance, Marc, je vous remercie. Que le Seigneur vous bénisse.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

A propos des théologiens libéraux radicaux

Vous avez raison, je pense à propos de Robinson dans ce livre qui a été un grand pavé dans la mare (ce qui est loin, parfois, d’être inutile), à condition de dépasser ce geste et ne ne pas de laisser être blessé par ce pavé. Souvent pour redresser une tige de fer qui est tordue, il faut la tordre avec excès dans l’autre sens pour qu’elle revienne ensuite à une bonne position. Tel sont parfois l’utilité de brûlots comme celui-ci.

Il y a des théologiens, des pasteurs, et des croyants comme ça, très radicaux dans leur théologie, ou dan sl’expression de leur théologie.

Personnellement :

  • Je suis très attaché à vivre ma foi et ma prière comme si Dieu était une personne que je tutoie. C’est pour moi essentiel. Car c’est ce qui aide à parler, à se dire et à dire son espérance, sa confiance à ce quelque chose qu’est Dieu.
  • En même temps, nous sommes d’accord, je pense : Dieu n’est pas une personne au sens où nous utilisons d’ordinaire ce mot. Car Dieu n’est pas un humain, ni même un sur-humain. Ni un extraterrestre.

A mon avis il est bon de tenir les deux en même temps. Cela ne me pose pas de problème. Il en est bien de même pour la lumière, deux théories existent : la lumière comme onde et la lumière comme particules, certaines expériences sont mieux expliquées par l’une des deux théories et d’autres expérience sont mieux expliquées par l’autre. Dans le domaine de la religion, il est bon d’avoir du sens pratique : penser Dieu comme une personne que l’on tutoie quand c’est ce qui convient le mieux, et comme quelque chose de tout autre et inconnaissable quand cela convient le mieux, voire comme un concept quand il s’agit de s’intéresser à cet aspect là.

Alors si des auteurs radicaux peuvent nous apporter quelque chose sur différents aspects, c’est tant mieux. On n’est pas obligé de les suivre sur tous les points, et rien n’empêche de garder d’autres aspects et en particulier le Dieu que l’on tutoie.

Ensuite, je me demande si ce n’est pas parfois une coquetterie de la part de ces auteurs ultralibéraux comme J.A.T Robinson, John Shelby Spong ou Klaas Hendrikse une façon de dire regardez comme je suis hardi, moderne, un penseur révolutionnaire.

2) Concernant le rapport entre l’ancien testament et le nouveau.

C’est toujours intéressant de rapprocher les passages qui se font écho. Seulement, je ne pense pas que la vie de Jésus ait été écrite à l’avance dans un grand livre et que le prophète le dévoilerait. C’est plus complexe et plus intéressant que cela. Le prophète dévoile ce qui se passe à son époque et comment il discerne l’action de Dieu dans ces circonstances précises. Cela ne parle pas factuellement de Jésus de Nazareth. Mais cela parle d’une structure du salut que Dieu apporte à l’humain, structure qui va ensuite être déployée de façon ultime en Christ.

Par exemple, il est prophétisé que le sauveur s’appellera Emmanuel (Esaïe 7:14). Pas de chance, le Christ s’appelle Jésus et non Emmanuel. Seulement si Esaïe sent que le sauveur s’appellera Emmanuel (littéralement « Dieu avec nous ») c’est que le salut de Dieu, le vrai salut, est quand Dieu est proche, qu’il vient à nous, parmi nous, et même en nous. C’est comme cela à toute époque de l’histoire de l’univers. Et c’est particulièrement vrai en Christ, Jésus accompli donc bien cette prophétie même si il ne la réalise pas à la lettre, ce qui n’aurait pas grand intérêt, mais par sa vie même, et par ce que l’Evangile ouvre en nous.

Quand on dit que Jésus accomplit les Ecritures, c’est à lire dans l’autre sens : en découvrant Jésus vivre et parler, cela éclaire le sens de la Bible entière, il est la clef d’une lecture chrétienne des écritures.

La réalisation ou non à la lettre, des paroles de l’Ancien Testament par une anecdote de la vie de Jésus n’est donc pas toujours bien intéressante. ce qui importe c’est de travailler le sens que cela a dans ces deux passages, et ensuite de s’ouvrir au salut de Dieu que cela met en valeur.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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3 réponses

  1. Pascale dit :

    A propos des théologiens libéraux radicaux
    Personnellement ce sont des auteurs que je n’arrive pas à lire sereinement, et je ne parle pas du pavé cité ici mais seulement d’extraits ou de textes. J’en éprouve à la fois un peu de honte et un certain agacement, car d’un point de vue rationnel et intellectuel, on devrait être capable de lire n’importe quoi, qu’on soit d’accord ou non avec le propos. Et pour évoluer je pense qu’il est bon de savoir sortir de sa zone de confort. Mais là, peut-être parce que ma foi n’est pas une somme de certitudes absolues, je suis trop déstabilisée, je n’arrive pas à prendre le recul nécessaire. Pour moi cela dépasse le cadre du point de vue sur une question, je me sens en quelque sorte atteinte dans ce que je suis, ce que je vis.

    • Marc Pernot dit :

      Chère Pascale,
      Peut-être que je comprends ce qui vous insupporte dans ce genre de livres, parce que cela m’insupporte aussi : c’est l’extrémisme, de quel que bord que ce soit. C’est un manque de nuances assez urticant, niant les autres. Les « progressistes » se rient des autres comme s’ils étaient crétins, les « réactionnaires » excluent les autres et leur promettent mil peines éternelles bien méritées. C’est quasiment symétrique.

  2. !&? dit :

    Bonjour,

    merci pour cet article, question, réponse et commentaires. Je n’ai pas lu ce livre de 1963, mais en anglais, son titre original est « Honest to God » (« Honnête avec Dieu »), ce qui représente a priori un écart très important avec le titre en français. Il a aussi écrit par la suite d’autres livres qui semblent avoir été peut-être un peu moins dans le feu de la polémique.

    Pour relativiser un peu les critiques, j’ai fréquenté aussi au moins une Eglise où les pasteurs et la plupart des fidèles faisaient une lecture littéraliste de la Bible (guidée par le principe que tout ce qui y est écrit seraitjuste), avec « baptême par l’Esprit » pentecôtiste associé à une imposition des mains, et personnes (pas moi) qui se roulent par terre en criant et en se secouant, mais en fait en dehors de cela, c’est plutôt assez proches des autres Eglises protestantes : cours bibliques… souvent pas réactionnaire ni fondamentaliste. Avec des pasteurs très attentionnés, compétents… Je sais pas, c’est curieux et complexe, touchant quand même.

    A l’inverse, plutôt cette fois en ce qui concerne « le progressisme », soit dans un moment de doutes, soit pour la partie de notre esprit qui douterait alors que globalement la foi serait vive, il me paraît possible de « prendre ses quartiers d’hiver » plutôt dans l’agnosticisme, teinté de christianisme libéral relativement à une partie au moins de l’enseignement de Jésus ou des évangélistes dans les Evangiles. Car Dieu est possible rationnellement, et en dehors de suivre des textes d’une tradition religieuse, de son expérience personnelle, notamment lorsqu’on pense avoir peut-être un tout petit peu agit comme selon l’Evangile, ou de l’ouverture au témoignage d’autres personnes, et d’un complément à partir de la science et de la philosophie, difficile de « savoir » grand chose sur Dieu, au sens du mot savoir comme on sait que le soleil réchauffe l’atmosphère par exemple. Il s’agit de croyances.

    Moi aussi il m’arrive de faire des lectures qui me font mal à la tête, cela m’était arrivé avec un autre Robinson : le professeur James M. Robinson, et sa publication des écrits gnostiques de la bibliothèque de Nag Hammadi. Les textes sont exotiques, mais cela peut parfois heurter de lire d’autres croyances, d’autres récits, assez largement incompatibles avec le Nouveau Testament, mais non rationnelles, qui échappent un peu à la critique, dont on ne peut pas dire si elles sont vraies ou fausses autrement que par un jugement de croyance, ou de plausibilité… c’est là où cela me paraît pouvoir être potentiellement dérangeant selon la période à laquelle on le lit.
    Dans un filon qui me paraît proche du gnosticisme, je préfère les textes de la tradition hermétique d’Hermès Trismégistes, plus rationnels, réfléchis, philosophiques, avec des éléments sans doute issus du Nouveau Testament, mais avec beaucoup de considérations sur la nature qui aujourd’hui sont réfutés à mon avis, mais même presque tout faux, ces textes me paraissent assez touchants et rationnels, assez bien écrits.

    Ou encore avec certaines lectures d’apocryphes chrétiens, en dehors de quelques passages intéressants en eux-mêmes, ou de quelques textes, je me demande ce qui passait par la tête des chrétiens (souvent des moines ?) des 5ème-6ème et jusqu’au 12ème siècle qui ont écrit ces textes, beaucoup moins rationnels (et intéressants) que la Bible il me semble, alors que la Bible peut déjà présenter beaucoup de difficultés.

    Ou encore avec les écrits intertestamentaires, qui me paraissent de nettement meilleure qualité en moyenne pour ce que j’en ai lu par comparaison aux apocryphes chrétiens (sauf exceptions notables) ou aux écrits gnostiques, souvent plus rationnels en moyenne, là encore sauf quelques exceptions. Mais une autre difficulté peut surgir avec quelques éléments de théologie novatrice par rapport à l’Ancien Testament, et que l’on retrouve parfois dans le Nouveau Testament (notamment dans les textes non bibliques de la bibliothèque de Qumran, mais aussi dans d’autres textes intertestamentaires), d’où un questionnement sur la genèse historique complexe des textes du Nouveau Testament, qui semble moins une révélation par contre-coup, mais plus le résultat d’une recherche, d’une élaboration, avec sans doute de nombreuses influences.

    Aujourd’hui, suite à un processus historique d’évolution des religions et des croyances, en dehors des ramifications de l’ésotérisme, il est courant de ne pas croire en des dieux de type mythologie grecque ou d’autres civilisations antiques, ni à un ensemble rationnalisé de deux Dieux, l’un du Bien, l’autre du Mal, ni à un seul Dieu plus le diable, mais plutôt soit à un seul Dieu vivant, d’amour, aimant, lumière sans ténèbres, mais avec toutes les questions sur pourquoi le mal non humain, pourquoi le laid naturel… soit à un (ou plusieurs) Univers physique sans métaphysique divine.
    Aujourd’hui, en majorité, plus d’esprits chamaniques, plus de dieux d’un panthéon polythéiste, plus de conflit entre une puissance mauvaise dieu ou diable et un Dieu bon, mais l’alternative contemporaine serait plutôt celle-ci : Dieu, avec la science et la philosophie, ou science et philosophie sans Dieu. Les arguments de l’athéisme philosophique du XIXème ne me paraissent pas très convaincant, tout au plus indécidables.

    Plus délicats sont les arguments contemporains issus non de la science, mais de la technologie, certes un peu science-fiction, mais avec des projets de recherche réels sur le cerveau humain, en Suisse, aux Etats-Unis… : que penser face à une plausible (pour l’instant imaginaire) intelligence artificielle évoluée (projets coontemporains de simulation du cerveau animal et humain sur superordinateur…) qui aurait un corps biologique ou technologique, une conscience au sens de sensations physiques vis à vis de son environnement extérieur et de son intérieur, qui comprendrait le langage, développerait un discours sensé, cohérent, dont le paramétrage initial relèverait en partie du hasard mais qui serait libre ensuite d’évoluer, de modifier ses croyances, ses connaissances, ses paramètres internes…
    Qui en somme serait comme un humain, y compris avec des faiblesses, des possibilités limitées d’accès à l’information ou à la puissance de calcul sur superordinateur… Un robot conscient et libre presque « humain » créé par des humains, technologiquement, et non par la reproduction biologique. Est-ce que cela ne questionnerait pas par rapport à la création de l’esprit humain par Dieu ? Si ce robot conscient et libre, auto-évolutif, peut vivre et évoluer comme un humain, Dieu sera-t-il intervenu pour lui créer une âme, un esprit ? S’il vient à disparaître, à être cassé, détruit, son « âme », son « esprit » lui survivront-ils ?

    D’autres questionnements assez aïgus surviennent en considérant que les mathématiques existent peut-être indépendamment de Dieu, à moins qu’ils ne soient une exploration d’une partie de l’être de Dieu, ou bien que le Logos divin s’exprime aussi à travers les mathématiques considérés comme un langage ? En considérant que presque tout dans le monde réel est physique, et que la physique est comme automatique, intégration de milliards de milliards de processus à différentes échelles qui provoque l’émergence de propriétés statistiques à toutes ces échelles. Ou serait l’action de Dieu : quelque part dans la part de hasard, de chaos, la faisant tendre vers un but divin, vers la révélation d’un potentiel ?

    Comme Dieu est dans tous les cas raisonnablement tout à fait possible, très en dehors même de ce que l’on peut connaître ou imaginer, et étant donné ce manque d’informations dont nous disposons, la position agnostique paraît raisonnable. Mais il est possible d’allumer la foi dans cette position agnostique, par une sorte de pari de Pascal contemporain, pour aujourd’hui plutôt que pour un hypothétique avenir dans l’au-delà, bien qu’un tel avenir dans un paradis soit souhaitable il me semble, ou puisse relever d’une espérance importante.

    « Quartiers d’été » des croyances avec une foi christiano-libérale, « quartiers d’hiver » des croyances avec agnosticisme faisant quand même une sorte de pari de Pascal contemporain. Cohabitation de plusieurs systèmes de représentation et de croyances donc. Ouverture à plusieurs interprétations simultanées, y compris légèrements contradictoires entre-elles, toutes légèrement incomplètes, ouverture au pluralisme à l’intérieur de soi-même (mais pas forcément au pluralisme qui existe dans les différents courants religieux ou philosophiques)…

    Foi allumée d’une part, avec agnosticisme concernant de nombreux éléments ou détails d’autre part, questionnements multiples… voici une solution qui me paraît assez vivante, ouverte, assez stable, y compris vis à vis des possibilités d’évolution de la science, de la technologie (même en version science fiction très avancée), que j’aime assez en tout cas.

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