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Bible

Dans le nouveau testament, Dieu est appelé « le Seigneur » et Jésus et aussi appelé seigneur.. cela ne pose t-il pas une ambiguïté ?

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Le mot « Seigneur » est attribué à la fois à Dieu et à Jésus dans la Bible. Le pasteur Marc Pernot explique l’origine linguistique et théologique de cette désignation, ainsi que les évolutions de traduction entourant le nom divin YHWH et le titre donné au Christ.


Question posée :

Bonjour Marc,
J’espère que vous allez bien !
Dans l’Ancien Testament, le mot « Seigneur » est sans ambiguïté un des noms pour évoquer Dieu l’unique, source de vie, le créateur.
Mais dans notre religion chrétienne, avec le Nouveau Testament, Jésus est aussi appelé « seigneur »… Cela ne pose-t-il pas une ambiguïté ?
Pour une personne avec peu de théologie ou extérieure à la foi chrétienne, cela porte à confusion et pousse à penser que Jésus est Dieu, ce qui me paraît inexact.
Pourquoi avoir choisi le mot « seigneur » dans beaucoup de passages pour parler de Jésus ?
Je vous remercie d’avance et vous souhaite un bon dimanche.
Merci Marc

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir.

Bravo de lire la Bible, de la creuser et de l’interroger. En particulier sur ce terme de « Seigneur » qui pose effectivement question.

Le titre de « Seigneur » dans le Nouveau Testament

Dans le Nouveau Testament, effectivement, le mot « Seigneur » est souvent utilisé pour désigner Dieu, comme dans la traduction grecque de la Bible Hébraïque (traduction dite des Septante (LXX) datant de -300 avant Jésus-Christ). Et le titre de « Seigneur » est donné à un maître, comme dans l’usage gréco-romain de ce mot. C’était usuel qu’un élève appelle son professeur « seigneur », comme à l’école primaire les enfants l’appellent maître ou maîtresse. C’était normal que des vignerons appellent « seigneur » le propriétaire de la vigne. C’est donc tout à fait normal que des personnes appellent Jésus « Seigneur » dans la mesure où ils respectent son enseignement et se considèrent comme ses élèves ou ses disciples.

Il y a donc effectivement une ambiguïté quand Jésus est appelé « Seigneur ». Et cette ambiguïté est à mon avis voulue et entretenue par les théologiens travaillant sur la question de la personne du Christ, sa nature divine et notre nature divine. Je ne pense pas que du temps des apôtres de Jésus et de la rédaction des Évangiles, Jésus ait pu être déjà considéré comme étant Dieu. C’est venu plus tard dans l’histoire de la théologie, mais que le Christ ait une dimension divine sous-entendue par cette ambiguïté me semble vraisemblable.

Dans notre vie courante, nous appelons aussi notre père « père » ou « papa », avec le même titre que nous donnons à Dieu dans la prière du « Notre Père », ou quand le Nouveau Testament l’appelle « papa » (abba). Et pourtant, nous ne confondons pas notre père ou notre mère avec Dieu, même si tous les trois ont participé à nous donner la vie, d’une certaine façon. De même, je ne pense pas que l’ambiguïté soit si massive que cela entre le « Seigneur » utilisé pour nommer Dieu et le « seigneur » utilisé pour parler de Jésus ou d’un maître.

Le terme de « Seigneur » dans l’Ancien Testament

Dans l’Ancien Testament, à vrai dire, le terme de « Seigneur » n’est pas sans ambiguïté non plus. Ce terme de « adon » en hébreu n’était pas réservé à Dieu ou aux dieux, il était aussi utilisé pour les autorités, le propriétaire d’esclaves. Par exemple dans cette phrase : « L’Éternel fut avec Joseph, et la prospérité l’accompagna ; il habitait dans la maison de son seigneur, l’Égyptien. » (Genèse 39:2). Sans qu’il y ait une ambiguïté, Joseph ne prend pas une seconde son patron pour Dieu.

La complexité de la traduction du nom de Dieu (YHWH)

Le problème se complexifie encore dans les traductions de la Bible Hébraïque, en tout cas pour bon nombre d’entre elles depuis la traduction en grec datant de -300 avant Jésus-Christ (la Septante, ou LXX). En effet, cette traduction a choisi de traduire le nom de Dieu YHWH en hébreu par « adonaï », qui signifie littéralement « le grand Seigneur » (avec un pluriel de majesté), ou « mon Seigneur » avec le possessif. C’est un biais théologique considérable, car « Seigneur » (adon) en hébreu désigne une fonction qui a une connotation d’autorité, de propriété sur son sujet. Alors que le nom YHWH est un mot un peu curieux qui dérive du verbe être, conjugué à la fois au passé, au présent et au futur. Jean, dans l’Apocalypse (1:4), traduit ce mot YHWH par « celui qui est, qui était et qui vient », ce qui est parfait. Dans la Bible hébraïque, le nom de YHWH est utilisé quand Dieu est proche, aimant, secourable. Ce qui me semble bien différent de l’attitude d’un grand Seigneur.

La traduction chrétienne en latin par Saint Jérôme au IVe siècle s’aligne sur cette option théologique donnée par la tradition grecque, ce qui n’est pas très étonnant car il reprend ainsi l’usage des rédacteurs des évangiles qui écrivent en grec et donnent souvent les citations de la Bible en reprenant sa traduction grecque. Saint Jérôme traduit donc YHWH par « Dominus », ce qui a aussi en latin une forte connotation d’autorité, de propriété et de supériorité.

Quand l’étude du texte biblique s’est libérée à la Renaissance, au XVIe siècle, les humanistes, les réformateurs protestants et les rabbins juifs ont cherché à mieux rendre le sens de YHWH : ils ont proposé « l’Éternel » pour essayer de rendre un petit peu cette notion d’« être » à travers tous les temps qu’évoque ce nom de YHWH. Cette traduction est imprécise et un peu mystérieuse, mais le sens est moins effrayant qu’un grand Seigneur propriétaire de ses serfs, c’est déjà cela…

Aujourd’hui, bien des éditions de la Bible ont repris cette « traduction » de YHWH par « Seigneur », avec en général une note explicative en bas de page. Cette option rend compliqué le fait de rendre la locution « adonaï YHWH », littéralement « Seigneur YHWH » ou « Seigneur Éternel », car cela conduirait à mettre « Seigneur Seigneur », que les traducteurs remplacent souvent par « Seigneur Dieu », bien que le mot « Dieu » ne fût pas dans la locution de départ.

Une option théologique plus qu’une simple traduction

Dans ce cas non négligeable de la traduction du nom de Dieu, on n’est plus vraiment dans une traduction mais dans une prédication, où le traducteur propose une option théologique. Tout cela n’a pas beaucoup d’importance, dès lors que l’on sait ce qui est derrière ces différentes « traductions » des différents mots.

Votre attention à cette question me semble donc utile : elle permet d’être sensible à ce que les différents textes disent de Dieu, de sa personnalité et de son action, quand ils utilisent soit le nom de Dieu « YHWH », soit « mon Seigneur » (adonaï), soit « Dieu » (Elohim), soit le « Très-Haut » (Elyon), soit Shaddaï…

Dieu vous bénisse et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie Éternel – YHWH et ce que signifie Dieu – Élohim au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.

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Un commentaire

  1. Robert dit :

    Merci Marc d,avoir présenté ce thème car je m,interrogais sur cette question il y a très peu de jours. Que l,Éternel vous bénisse.

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