Une main d
Développement

J’ai de très graves ennuis de santé, je suis terrassée par le chagrin de quitter la personne que j’aime.

Par : pasteur Marc Pernot

Une main d'homme laisse partir la min d'une femme - Photo de Rémi Walle sur https://unsplash.com/fr/photos/uomo-e-donna-che-si-tengono-per-mano-sulla-strada-UOwvwZ9Dy6w

Question posée :

Bonjour
J ai de très graves soucis de santé et j ’attends quelque chose de pas bon.

Dans ma foi, je ne serais pas triste de quitter cette terre mais je suis terrassée par le chagrin de quitter la personne que j’aime, cela m’est insupportable. Je l’imagine avec une autre personne que moi dans l’avenir et comme ma douleur est grande. Je suis un monstre sans doute parce que je lui souhaite de retrouver le bonheur mais je ne peux m’empêcher d’en souffrir. Je sais que je retrouverai mes proches aimés mais le sentiment est différent avec mon ami, le regret de tout ce qu’on ne vivra jamais et d’avoir vécu si peu de choses avec lui. Je me demande comment on peut être heureux loin des personnes que nous aimons de l’autre côté même si nous retrouvons ceux qui nous ont précédés, de l ’être que nous avons choisi…. comment cela est imaginable.

Merci à vous.

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

Je pense sincèrement à vous, dans ce temps de souffrance. Que vous vous sentiez encouragée, soutenue, accompagnée, portée.

Nous mourrons un jour

C’est vrai que nous savons que nous allons bien devoir mourir un jour, et cela reste abstrait longtemps. Nous le savons sans le savoir. Quand nous tombons gravement malade, cela devient effectivement plus concret, peut-être plus proche, on ne sait jamais, en réalité, il existe des surprises de toutes sortes, plus ou moins bonnes ou mauvaises. C’est une occasion plus précise, plus concrète de se placer face à cela.

La première chose, me semble-t-il, est que cette pensée de notre mort, proche ou lointaine, nous fasse aimer la vie en chaque jour qu’il nous reste sur terre. Ce serait hyper dommage que la pensée de ce qui se passe après notre mort vienne nous pourrir notre vie présente. C’est ce que dit Jésus quand il nous conseille « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6:34).

Comment sera la vie future ?

La seconde chose c’est que c’est pour nous difficile de saisir ce que cela pourrait vouloir dire de vivre sans notre corps de chair, car nous sommes en ce monde un corps de chair. Ce corps est animé de multiple façons, en particulier du souffle de Dieu (l’Esrpit), mais en ce monde nous sommes ce corps de chair. Il est donc difficile de concevoir ce que sera la vie future autrement. Cela aussi relativise nos questions et nos inquiétudes en ce qui concerne cette vie. Ce que nous dit Jésus c’est que le meilleur de ce qui nous anime maintenant ne meurt pas avec la mort du corps, mais reste vivant. Cela me semble avoir du sens.

Je ne pense donc pas que « nous retrouvons ceux que nous aimons » dans la vie future, je dirais plutôt que l’amour authentique que nous avons pour eux maintenant reste en vie au-delà de ce monde où nous sommes, et reste ainsi vivant pour toujours. Et je ne pense pas que dans la vie future « nous serons loin de ceux que nous aimons et qui sont encore sur terre », nous ne serons pas « loin » puisque nous les aimerons encore tendrement, sans ombre. Ce qui nous trompe c’est cette image de deux mondes, comme deux pièces séparées par un mur. C’est une vision faussée. L’au delà n’est pas un lieu, c’est un autrement, tellement autrement que l’on ne peut pas en saisir grand chose si ce n’est que c’est l’amour authentique qui demeure et qui anime notre moi qui continue à être. Je ne pense pas que l’on puisse en dire beaucoup plus.

C’est ce qui permet, à mon avis, à Jésus de dire que la question ne se pose pas de savoir comment se vit dans la vie future les liens d’amour qu’auraient eu un homme avec des épouses successives (Lu 20:27…). Il répond en quelque sorte que la question ne se pose pas en ces termes.

L’amour est plus fort que la mort

Vous aimez votre mari, vous aimeriez avoir du temps pour vivre plein de belles choses ensemble, cela participe à vous animer maintenant, c’est manifestement authentique, c’est manifestement de l’amour, c’est pour vous aujourd’hui source d’une vie lumineuse ! eh bien cela restera vivant même au-delà de la mort de votre corps et continuera à vous animer.

Mais que, surtout, ce type de pensées, ces regrets par avance de ce qui n’a pu être vécu, que cela ne vienne pas pourrir la beauté de ce qui peut vraiment être vécu de bon, de beau et de vrai dans le présent qui reste. Ce serait un bien inutile gâchis. Ce serait ne pas boire une coupe délicieuse seulement parce qu’elle n’est pas entièrement pleine ! Ce serait pourrir son mois de vacances parce que les vacances se termineront trop tôt. Pour éviter cela, faire confiance. Confiance en Dieu. Confiance dans cette qualité qu’il a donné à l’amour d’être plus fort que la mort. C’est aussi, à mon avis, essentiel de faire preuve de bienveillance vis à vis de notre propre vie : regarder au meilleur, se réjouir et rendre grâce pour ce meilleur. Le goûter. C’est une simplicité dans notre façon d’être.

La beauté de la vie

Chaque jour de vie en ce monde est une merveille, un jour pour ressusciter, nous dit l’Evangile : pour nous éveiller à la vie qui n’a pas de fin. Comme le poète Rilke le fait dire au personnage d’Orphée « Être ici est une splendeur », que chaque instant puisse être illuminé par ce regard sur la vie.

Mais je comprends bien ce qu’il y a d’impuissance dans votre cri « mais je ne peux m’empêcher« . Non, vous n’êtes pas un montre à cause de ne « je ne peux pas m’empêcher », c’est tout à fait normal, c’est tout à fait naturel, comme vous le dites parfaitement, c’est plus fort que nous, chaque cellule de notre être est ainsi devant la mort. Et les bonnes intentions, les bonnes résolutions, la bonne théologie, la plus élevée des philosophies aident certainement, mais pinent à nous élever dans les hautes sphères du spirituel qui transcende ce qui est mortel en nous. C’est là que nous avons l’aide de l’Esprit qui vient au secours de notre faiblesse. L’aide Dieu qui nous ressuscite maintenant, alors que nous sommes encore dans ce corps de chair. Ce n’est pas du tout oui / tout non, c’est un rai de lumière, c’est une goulée d’air frais, c’est un pas de plus dans un chemin. C’est pour cela que nous prions avec vous.

En pensée fraternelles avec vous, avec votre ami, avec chaque personne qui vous aime, avec les personnes qui cherchent à aider votre corps à trouver sa force de vie.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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2 Commentaires

  1. Bernard dit :

    Merci à vous deux

  2. Rosset Claire-Lise dit :

    Bonjour,

    Cette réflexion m’appartient.

    Je réfléchis beaucoup depuis longtemps à ma finitude, tant j’ai des avis médicaux opposés :
    – soit le pronostic est sombre parce que j’ai des symptômes cliniques qui durent depuis trop longtemps et qu’on m’a pas écoutée
    – soit le pronostic est bon, parce que j’accepte ma maladie, que je la connais bien et que je la gère bien.

    Faudrait savoir ! Et si les médecins n’en savaient rien, tant la maladie doit être inscrite dans un contexte bio-psycho-social ?
    Si Canguilhem disait que la maladie est une « réduction des possibles », cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’autres possibles !

    Vous savez quoi ? Je pense à cet épisode de Jean 21 où Jésus explique au disciple Pierre de quelle mort il mourrait. Et il est ajouté :
    « Pierre, s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit: Seigneur, qui est celui qui te livre?
    En le voyant, Pierre dit à Jésus: Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ?
    Et Jésus a cette magnifique réponse : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi. » (Jean 21 : 20-22)

    Que t’importe le nombre d’années, de jours ou de semaines qui te restent à vivre, chaque jour qui vient est un cadeau de Dieu et de la Vie, vis ta journée le mieux possible, avec Dieu, ce sera quand même mieux et pour toi et pour ton entourage.
    Et quand ça s’arrêtera, ça s’arrêtera.
    La mort, c’est quoi ? Un passage où Dieu me tendra la main en me disant : « viens vers moi, mon petit, ça commence à bien faire ! »

    Ce que les membres de ta famille feront quand tu seras au ciel, ça ne te regarde pas. Qu’est-ce que les morts ont à imposer aux vivants ? Pourvu qu’ils vivent le mieux possible sans travail de deuil compliqué et insurmontable, c’est ce que tu peux leur souhaiter de mieux. Et qu’ils vivent !

    Bien à vous
    Claire-Lise

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